De l'antihumanisme théorique
De l’antihumanisme théorique
C’est sous la houlette posthume du philosophe Louis Althusser que je me suis débarrassé de l’humanisme bêlant et trompeur. Voilà qui renvoie à sa relecture novatrice de Marx, à l’instar de Jacques Lacan et son savant retour à Freud. Dans les deux cas, il s’agit de penseurs phares qui ne veulent pas que leur champ praxique s’édulcore dans une resucée révisionniste : le stalinisme pour Marx et Althusser, l’égo psychologie pour Freud et Lacan.
J’ai compris, grâce à Louis Althusser que je lis régulièrement depuis trois décennies, qu’il y avait eu deux Marx : il y a eu le jeune philosophe Marx développant un discours humaniste, emprunté à Hegel, Feuerbach et Kant, et après 1845, il y a eu un deuxième Marx, montrant que la structure sociale est imperméable à ses agents, et que seule l’idéologie dominante, liant la communauté humaine, procure l’illusion d’être libre et d’agir comme sujet de leur propre histoire.
La dissolution de cette illusion entraîne une nécessaire rupture avec l’humanisme, cette vaine prétention à vouloir fonder l’histoire sur une hypothétique essence de l’Homme. La coupure épistémologique qui s’accompagne des Ecrits de 1844 marque la rupture entre science et idéologie. Cette dernière, définie par Althusser comme « représentation du rapport des individus aux conditions réelles d’existence ».
Lire Marx de façon dynamique, restaurer et réhabiliter sa pensée -dévoyée par le stalinisme- cela signifie accepter l’assomption de cette coupure, et c’est lui rendre son tranchant, sa vigueur, sa plénitude, et sa qualité de pratique théorique.
En d’autres termes, sa praxis.
Serge DIDELET, psychiste althusséro-ouryen.