La blessure techno cognitive
Depuis que les trumains – ces animaux parlant, les parlêtres – sont appareillés au langage de l’Autre[1], leur souveraineté illusoire n’a pas cessé d’être ébranlée. Dans son texte de 1917, « Une difficulté de la psychanalyse »[2], Freud théorisa sa représentation des trois blessures narcissiques de l’humanité. Si elle est connue dans notre milieu de psychistes, il n’est pas inutile de la rappeler :
. L’humiliation cosmologique, avec Copernic[3], révélant que la Terre tourne autour du soleil, et non l’inverse, comme on le croyait, entrainant de ce fait une conscientisation que la Terre – et ses terriens – ne sont pas le centre du monde.
. L’humiliation anthropobiologique, avec Darwin[4] et ses lois de l’évolution, affirmant que l’homme n’est pas le produit d’une création privilégiée (ou divine), mais qu’il vient - et demeure - du règne animal et qu’il descend des grands singes.
. L’humiliation psychique (Freud évoque une humiliation psychologique). Il stipule que le Moi n’est pas maître en sa demeure, qu’il est assujetti à une zone inconsciente de la psyché, et que de ce fait, la conduite humaine n’est pas toujours logique et rationnelle, et que l’individu humain, pour reprendre la terminologie de Lacan, est le plus souvent dans « la clocherie », par ses ratages, ses lapsus, ses actes manqués - mais réussis pour l’inconscient -, ses répétitions mortifères induites par la pulsion de mort.
Il me semble intéressant, pour augmenter mon dire, de donner la parole à Freud, à travers quelques extraits de son texte, cité en référence, « Une difficulté de la psychanalyse » :
« (…) Je voudrais exposer comment le narcissisme, l’amour-propre de l’humanité en général a jusqu’à présent éprouvé, de par l’investigation scientifique, trois graves humiliations :
a) Au début de cette investigation, l’homme pensa d’abord que son habitation, la Terre, se tenait en repos au centre de l’univers, tandis que le soleil, la lune et les planètes se mouvaient dans des orbites circulaires autour de celle-ci. Il en croyait naïvement ses sens, car l’homme ne sent pas le mouvement de la Terre, et partout où il peut porter librement ses regards, il se trouve au centre d’un cercle qui renferme le monde extérieur. La position centrale de la Terre lui était d’ailleurs une garantie du rôle prédominant de celle-ci dans l’univers, et semblait en harmonie avec sa tendance à se sentir le seigneur de ce monde.
La ruine de cette illusion narcissique se rattache pour nous au nom et à l’œuvre de Nicolas Copernic, au XVI -ème siècle. Les pythagoriciens avaient, bien longtemps avant lui, eu des doutes sur cette situation privilégiée de la Terre et Aristarque de Samos, dès le III -ème siècle avant JC, déclarait que la Terre était plus petite que le soleil, et qu’elle devait se mouvoir autour de cet astre. Ainsi, même la grande découverte de Copernic avait déjà été faite avant lui. Mais lorsqu’elle obtint l’assentiment général, l’amour-propre humain éprouva sa première humiliation, la cosmologique (…)
b) L’homme s’éleva, au cours de son évolution culturelle, au rôle de seigneur sur ses semblables, de race animale. Mais non content de cette prédominance, il se mit à créer un abîme ente eux et lui-même. Il leur refusa la raison et s’octroya une âme immortelle, se targua d’une descendance divine qui lui permettait de déchirer tout lien de solidarité avec le monde animal (…)
Nous savons tous que les travaux de Charles Darwin, de ses collaborateurs et de ses prédécesseurs, ont mis fin à cette prétention de l’homme, voici à peine un peu plus d’un demi- siècle. L’homme n’est rien d’autre, n’est rien de mieux que l’animal, il est lui-même issu de la série animale, il est apparenté de plus près à certaines espèces, à d’autres de plus loin. Ses conquêtes extérieures ne sont pas parvenues à effacer les témoignages de cette équivalence qui se manifestent tant dans la conformation de son corps que dans ses dispositions psychiques. C’est là cependant la seconde humiliation du narcissisme humain : l’humiliation biologique.
c) La troisième humiliation, d’ordre psychologique, lui est cependant la plus sensible.
L’homme, quelque rabaissé qu’il soit au-dehors, se sent souverain dans sa propre âme. Il s’est forgé quelque part, au cœur de son Moi, un organe de contrôle qui surveille si ses propres émotions et ses propres actions sont conformes à ses exigences. Ne le sont-elles pas, les voilà impitoyablement inhibées et reprises. La perception intérieure, la conscience, rend compte au Moi de tous les processus importants qui ont lieu dans l’appareil psychique, et la volonté, guidée par ces renseignements, exécute ce qui est ordonné par la Moi, corrigeant ce qui voudrait se réaliser de manière indépendante (…)
(…) C’est de cette manière que la psychanalyse voudrait instruire le Moi. Mais les deux clartés qu’elle nous apporte : savoir, que la vie instinctive de la sexualité ne saurait être complètement domptée en nous et que les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, et ne deviennent accessibles et subordonnés au Moi que par une perception incomplète et incertaine, équivalent à affirmer que le Moi n’est pas le maître dans sa propre maison. Elles constituent à elle deux la troisième humiliation de l’amour-propre humain, je l’appellerai la psychologique. Quoi d’étonnant alors à ce que le Moi n’accorde pas ses faveurs à la psychanalyse et refuse opiniâtrement d’avoir foi en elle ! (…)
De nos jours émerge une quatrième blessure narcissique causée par les progrès considérables de l’IA. Je propose de l’appeler « l’humiliation techno-cognitive », elle vient bousculer les derniers remparts de la spécificité des trumains : la création littéraire, scientifique, artistique, la pensée symbolique, et la capacité de produire du sens et de nouveaux savoirs ; car jusqu’à aujourd’hui, la machine, même très sophistiquée technologiquement, ne faisait que prolonger le corps des humains et augmentait ses capacités. Avec l’Intelligence artificielle générative, les machines produisent du logos et des représentations que l’on croirait d’origine humaine. Pour les trumains appareillés au langage, voir des algorithmes générer des images, de la musique, ou du texte, en imitant talentueusement métaphores, métonymies, périphrases, style, syntaxe, voire des raisonnements en trois point de type unis vers Cythère, il y de quoi ressentir un vrai vertige ontologique.
Le risque perçu actuellement par beaucoup d’humains – pas par Donald, ce président pervers, idiot et inculte – serait que l’IA, devenant de plus en plus intelligente et performante pourrait s’autonomiser, se débrider, s’affranchir du joug humain. En d’autres termes, penser à sa place, voire décréter ce qu’il est correct de penser, et de créer du sens, voire induire une nouvelle idéologie. De nos jours, G. Orwell est passé du statut de fictionnaire à celui de visionnaire. Big Brother is watching you ! La réalité est en passe de dépasser la fiction si la société humaine ne ralentit pas le processus. Voilà qui me fait associer avec Alexander Grothendieck lequel préconisait la cessation de toute recherche scientifique, lui qui était alors un des plus grands mathématiciens du XXème siècle.[5]
Ces derniers temps, j’ai dépassé mes réticences de dinosaure mélancolique en testant plusieurs fois l’IA générative – en l’occurrence, Gemini, l’IA de Google - et je reconnais avoir été bluffé par la pertinence des réponses aux questions que je me posais. Par conséquent, l’IA peut aider à penser, et elle peut être un outil génial si elle a quelques limitations, et surtout si elle n’est pas entre les mains du technofascisme. Elle met les trumains à l’épreuve, celle d’un esprit désincarné, d’une parole sans sujet, et qui somme l’humain d’interroger ce qui en lui est irréductible.
Bien sûr, d’un point de vue psychanalytique – il faut bien parler de quelque part -, il y a quelques bémols à ajouter, une ponctuation distanciée, et une distinction fondamentale aurait le mérite d’être retenue, avant toute chose : Si l’IA manipule talentueusement des chaînes de signifiants, de la syntaxe, et des probabilités statistiques semblant infinies, elle se distingue des humains, car pour l’heure, elle est dépourvue d’inconscient, d’émotions, d’affects, de corps, et de désir. L’IA est antinomique à tout effet de transfert, même si elle sait imiter l’empathie et la complicité. Ainsi, l’IA produit du discours sans être le sujet de son énonciation, elle ne sait que produire des énoncés.[6] La blessure d’amour-propre de l’homme pourrait émerger de ce paradoxe : une machine simule la pensée humaine sans en connaître le coût pulsionnel, ni l’angoisse ontologique, celle de la finitude et de l’impermanence de toute chose. L’IA ignore l’entropie, elle méconnait la mort et l’incomplétude, à contrario des trumains, obnubilés par cette inquiétante question, damocléenne s’il en est.
Si l’IA inquiète et fascine, il semblerait que le danger réside en la tendance de l’homme à être tentée par une servitude volontaire[7], un des avatars de la pulsion de mort. En mettant de côté la vision catastrophique du remplacement de l’homme par des robots dotés de QI explosant les critères du WISC[8], le véritable enjeu réside dans le transfert volontaire de la charge de pensée. Si la machine en arrive à dicter ce qu’il convient de penser – au regard de l’idéologie[9] dominante -, l’individu humain, hormis une poignée « d’indiens instituants », avec sa propension pour la facilité, abandonnera tout effort de réflexion et d’élaboration psychique ; au profit de réponses « clefs en main », univoques, binaires, lisses et sans manque ; et si l’homme manque de manque, et s’il abandonne tout esprit critique, la catastrophe ontologique devient dès lors un horizon probable, avec à plus long terme, peut-être la mort de l’espèce humaine, et ce n’est pas l’écosystème terrestre qui s’en plaindrait ![10].
Or, l’IA générative invite à un monde sans manque, en phase avec un désir consumériste dominant, à savoir des réponses immédiates, en corrélation avec toutes demandes de textes, de savoirs, ou d’images, voire de symphonies ; et puis, pourquoi au collège, apprendre à résoudre une équation si une IA vous en donne la solution et la méthodologie pour y parvenir en quelques secondes ? C’est ainsi que dès les années 70, avec l’apparition des calculettes, il n’était plus nécessaire d’apprendre ses tables de multiplication. L’IA va-t-elle, à moyen terme, engendrer des générations d’imbéciles ? Pour cette raison, si l’IA continue à progresser, elle risque de générer un aphanisis de l’intelligence humaine, cette IA autre, l’intelligence ancestrale de l’homo sapiens, née dans des grottes…des gourdins pour la chasse des chasseurs-cueilleurs, des peintures rupestres afin de témoigner du réel, jusqu’à l’hologramme, les ogives thermonucléaires et l’IA générative…
Comme le disait si justement le regretté Charles Melman : « Le désir, normalement, est organisé par un manque symbolique, mais le manque qui se met en place dans la relation est seulement imaginaire. Pour être symbolique, il lui faudrait être en rapport à quelque instance Autre, où il trouverait sa justification ».[11] …mais il n’y a pas d’Autre pour la machine.
Ainsi, la psychanalyse, - c’est-à-dire les psychanalystes de toutes obédiences – nous a enseigné que le désir naissait du manque et de l’incomplétude. Dans le séminaire XI, Lacan évoque le trou, la fente, la béance, consubstantielle à la « clocherie » humaine. Le risque est que l’IA, mal maîtrisée, en tant que machine à combler le vide, risque d’installer dans la psyché humaine une illusion d’omniscience à la Big Brother[12], court-circuitant tout effort d’élaboration psychique ou de conceptualisation épistémologique ; et si elle est en capacité de satisfaite tous les désirs[13], l’homme perdra sa capacité à être désirant.
Si les trumains perdent le contrôle de l’IA, en déléguant aux machines l’effort de la pensée symbolique qui fait la création, ils vont ainsi se soustraire de leurs imperfections et de leurs limites qui augure d’un début de la fin. L’espèce humaine cesserait d’évoluer pour entrer dans une phase régressive qui pourrait lui être fatale. L’homme – le capitaliste, le grand maître du monde, avide et pollueur patenté – va rendre peu à peu la planète inhabitable et l’on en ressent déjà les effets. Alors, ne serait-il pas capable d’engendrer une machine en capacité de rendre obsolète l’espèce humaine ? Pulsion de mort à son apogée, qui fait associer avec les conclusions de Freud dans son ouvrage visionnaire, « Malaise dans la civilisation »[14]. Or, il ne s’agit pas de baisser les bras et se laisser impressionner, il va falloir résister, même si je doute du potentiel instituant des individus, la grande majorité n’aspirant qu’à consommer.
Si ces machines sont très intelligentes, elles ne savent rien, si leur puissance de calcul est démesurée, et si elle leur permet d’accumuler dans leur mémoire de la récurrence statistique, elle ne fait que stocker de l’information, de l’intelligence et de la culture d’origine humaine. L’IA est par essence plagiaire[15] et doit son existence à l’homme, cet apprenti sorcier, lequel préfère coloniser la planète Mars plutôt que d’éradiquer la pauvreté sur terre.
Le transfert des compétences à la machine et le refus du manque marquent les prémisses d’une nouvelle aliénation contemporaine. Cependant, et pour l’heure, la machine a ses limites, elle ne pourra pas imiter les humains dans ce qui demeure en eux comme irréductible : la jouissance, la pulsion de mort, la propension à l’amour et à l’amitié, la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir, le symptôme, la vie onirique et l’insu, car savoir ne pas savoir est le propre de l’espèce humaine depuis que Dieu est mort (Nietzsche). Cette singularité humaine agit comme garde-fou contrecarrant cette nouvelle aliénation.
L’opinion que je me suis construit à propos de l’IA est récente et s’illustre parfaitement avec cet énoncé rabelaisien très connu : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Ainsi, si l’IA peut accumuler des savoirs, elle n’a pas pour l’heure de conscience propre, au sens d’un désir, d’une éthique, d’un sujet marqué par le manque à être et la peur ancestrale de la finitude, qui restent consubstantiels à l’humain de nature. L’IA est un outil performant, accessible et pratique. Il faut peut-être ralentir sa progression, car actuellement le risque encouru est qu’elle soit exclusivement entre les mains du technofascisme et des milliardaires, notamment incarnés par les ennemis de l’humanité : ils portent les noms de Musk, Bezos, Zuckerberg et consorts, nouveaux apôtres de l’écrasement des plus faibles pour le renforcement exponentiel des plus forts.
N’ayant plus rien à en dire - je le croyais, et puis je ne suis pas un expert de ces questions - , je pensais en rester là, signer ce petit texte lequel m’a permis de clarifier ma pensée – fonction épistémique de l’écriture – et l’envoyer à son destinataire ; mais au cours de la nuit, une question subsidiaire m’est venue, tournant en boucle, et allant jusqu’à perturber un sommeil déjà précaire, une question que je ne saurais escamoter puisqu’elle prolonge cette réflexion sur les machines intelligentes : L’IA générative serait-elle en capacité de remplacer un psychothérapeute, voire même un psychanalyste ? Il me semble que cette question constitue un vrai point de tension riche à explorer ; et que je vais devoir « en rabattre » avec modestie, dans le cadre imparti d’un ouvrage collectif, je dois me restreindre, alors je ne pourrais que survoler cette question qui mériterait que l’on y consacre un livre. Avis aux amateurs !
Si l’IA peut simuler l’écoute, organiser des pensées, interpréter des symptômes, voire proposer des exercices issus des TCC, elle se heurterait à des limites structurelles majeures, si elle voulait remplacer un psychanalyste, ou un psychiste d’inspiration analytique.
N’oublions pas que l’IA est une machine sans corps, elle ignore la pulsion – ce carrefour biopsychique -, elle n’a pas d’inconscient. Elle traite le langage sous forme d’algorithmes et de probabilités statistiques, des corrélations sémantiques et sémiotiques, et si elle produit du sens, il ne s’agit pas de sens vécu. La psychanalyse se fonde sur la relation duelle entre deux individus incarnés. Le transfert ne se vit pas seulement à travers la fonction d’écoute, il est nécessaire que les corps soient présents[16]. Dans la relation analytique, le transfert concerne des sujets objets du désir, marqués par la béance du manque à être, la recherche éperdue de l’objet @,[17] et de l’angoisse existentielle causée par la peur de l’entropie. En outre, l’IA ne s’est pas confrontée à l’analyse, quant tout psychiste conséquent tire son savoir et savoir-faire de sa propre analyse et de son désir inconscient. L’IA n’a pas de père, ni de mère, n’a pas connu la dépendance à l’Autre maternel, elle ignore l’Œdipe et la fonction paternelle, le père séparateur ; n’ayant pas de fratrie, elle ne connait pas le complexe d’intrusion, en d’autres termes, l’IA n’est pas confrontée aux déterminismes familiaux, alors que la psychanalyse – c’est-à-dire le freudisme – c’est du « papa-maman », comme le disait notre ami regretté, Félix Guattari.
Le moteur de la cure analytique réside dans le primat du transfert, actualisation d’affects passés, se transférant sur la personne de l’analyste, sujet supposé savoir - du moins au début -, ainsi que de son maniement par le thérapeute, analysant aussi son contre transfert. Face à la machine intelligente, le patient pourrait vivre le fantasme d’un savoir absolu : la machine serait un sachant sachant tout sur tout, une machine idéale pouvant combler toute demande. Cependant, les réponses de la machine ne seront que des algorithmes adaptés à la fluidité des échanges langagiers et d’une empathie de surface qui est bluffante ; et elle ne pourra pas soutenir la vacuité du manque à être, ni la dimension complexe de l’altérité radicale et de sa subjectivité.
L’IA, conçue et programmée par des sujets humains d’un haut niveau technologique, est gratifiante, empathique – donc agréable – et utile ; elle peut aider à penser, à créer. Elle renforce le narcissisme par une forme de complaisance qui pourrait évoquer la flatterie. Une thérapie analytique nécessite l’imprévu, le contingent, et tous les avatars de la clocherie humaine ; or, l’IA risque d’offrir un miroir narcissique lisse et parfait, renforçant les egos et l’estime de soi, encourageant un discours normatif, discours de la raison sur la folie (Foucault 1961), plutôt que d’encourager et d’inciter aux expressions des émergences instituantes, l’irruption du lapsus, les manifestations symptomatiques…avec l’IA, il n’y a pas de « désir du désir de l’Autre » (Rouzel), pas de désir de l’analyste.
L’IA peut être un bon outil de verbalisation, mais elle ne pourra pas remplacer un analyste, parce qu’il lui manque l’essentiel : la présence d’un autre incarné et la triple dimension du désir, du besoin et de la demande[18]. Gageons, au risque de me faire détester, que l’IA serait peut-être en capacité de remplacer un thérapeute d’inspiration cognitivo-comportementaliste (TCC)…le « peut-être » fera la différence, je me pose la question, c’est tout.
Pour conclure provisoirement, il me semble que la question de l’IA est éthique. Selon son mode d’utilisation, l’homme aura la possibilité d’être augmenté ; à contrario, s’il s’en remet intégralement à la machine, il deviendra à moyen terme plus bêtes que les bêtes, qui ne sont pas bêtes, les bêtes…j’ai écrit ce texte -garanti sans IA – dans les jours qui ont suivi ce scandale relatif au succès d’un des meilleurs romans de la rentrée littéraire ; ce livre voué – et désavoué – au Prix Goncourt aurait peut-être été écrit avec l’aide de l’IA. Après les louanges de la critique, ce livre de Thélyson Orélien, intitulé « C’était ça ou mourir » est devenu l’objet de la vindicte populaire, organisée par ces mêmes médias qui l’encensaient il y a peu.
Encore faudra t’il prouver que ce livre a été écrit par une machine, ce que l’auteur dément. Ainsi, dans la production littéraire, nous entrons dans l’ère du soupçon, nous allons devoir apprendre à vivre avec cette lancinante question qui va hanter l’esprit des lecteurs : l’auteur du livre que j’ai choisi et aimé, a-t-il écrit lui-même son livre, ou est-ce la production d’une machine ? L’IA est dès lors omniprésente et il est impossible de l’ignorer. Elle pourra être utile pour chercher et classer des informations, ou tester des idées, ou relancer la pensée en cas de panne devant la page blanche ; mais un auteur digne de ce nom doit écrire lui-même son livre, c’est une question éthique. Si l’IA intervient dans l’écriture d’un livre, l’auteur et l’éditeur devront être tenus de l’indiquer clairement sur la page de couverture ; mais une écriture standardisée lasserait vite les lecteurs exigeants, la littérature est affaire d’émotions, d’intelligence et d’audace humaine.
C’est l’instinct de conclure : l’IA doit rester sous contrôle du peuple, et rester un outil d’intelligence et de savoir. Ni plus, ni moins.
Le 8 /10/2026, écrit dans ma grotte au pied du Mont blanc.
Serge Didelet, psychiste althusséro-ouryen, superviseur d’équipes et auteur de livres.
[1] « L’Autre est le lieu où se constitue le « Je », celui qui parle avec celui qui entend ». (Lacan).
[2] S. Freud, « Une difficulté de la psychanalyse » in « Essais de psychanalyse appliquée », Gallimard 1933
[3] Nicolas Copernic est un astronome polonais, également chanoine, médecin et mathématicien, né le 19 février 1473 à Thorn en Prusse royale, et mort le 24 mai 1543 à Frauenberg.
[4] Charles Darwin (1809-1882) est un paléontologue et naturaliste britannique, auteur d’une célèbre théorie de l’évolution.
[5] Si vous ne craignez pas de lire 2000 pages très denses : A. Grothendieck, « Récoltes et semailles », Gallimard 2021. Pour découvrir Grothendieck, l’ouvrage de Joseph Rouzel, « la folie créatrice », ERES 2016 est tout indiqué.
[6] « Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend » (J. Lacan, « l’étourdi » 1973).
[7] « Le Discours de la servitude volontaire » est un ouvrage rédigé par Étienne de La Boétie. Publié en latin, par fragments en 1574, puis intégralement en français en 1576, il a été écrit par La Boétie probablement à l'âge de 16 ou 18 ans. (Wikipédia).
[8] Le WISC-V (Wechsler Intelligence Scale for Children - 5e édition) est l'échelle d'intelligence de référence pour évaluer les aptitudes cognitives et intellectuelles des enfants et des adolescents de 6 à 18 ans. Il est souvent appelé « test de QI », mais son objectif principal est de dresser un profil cognitif détaillé (forces et faiblesses) plutôt que de se limiter à un seul chiffre. Si dans certains cas, ce test peut servir d’indicateur à des difficultés, le sujet ne se réduit pas à ce test utilisé souvent par les TCC.
[9] Selon le philosophe Louis Althusser, « L’idéologie est une représentation du rapport imaginaire des individus à leurs conditions réelles d’existence ». Citation tirée de « Idéologie et appareils idéologiques d’Etat » in « Positions », Editions sociales 1976.
[10] « Meuh ! » meugleront les vaches, ce qui signifie en langage bovin : « Bon débarras ! ». Pour l’anecdote, la seule chose que je partage avec Alain Finkelkraut est notre amour immodéré des vaches !
[11] C. Melman et J.P. Lebrun, « L’homme sans gravité », Denoël 2002.
[12] G. Orwell, « 1984 », Gallimard 1950.
[13] Enfin…presque : la machine, pour l’heure, ne baise pas !
[14] S. Freud, « Malaise dans la civilisation », Editions Point 2010. Je recommande cette édition car la préface de Clotilde Leguil est pertinente et éclairante.
[15] A l’instar de tous les créateurs, en particulier ceux qui écrivent, car chaque nouvel écrit et qu’on le veuille ou non, est un palimpseste. Nous écrivons la plupart du temps à partir d’écrits antérieurs qui ne sont pas de nous. Alors, il faut accepter l’humiliation de se savoir tous plus ou moins plagiaires, et comme le disait Philippe Sollers : « Quitte à plagier, autant le faire avec élégance ». Lacan, quant à lui affirmera qu’ « il n’y a pas de plagiat dans le symbolique », CQFD…
[16] D’où mes réticences à l’égard de ceux qui acceptent les analyses à distance, via le téléphone ou WhatsApp. Si ponctuellement le thérapeute peut y avoir recours, il ne faut pas généraliser cette pratique qui constitue une grave dérive.
[17] L’objet en moins, l’objet cause du désir, concept princeps de J. Lacan.
[18] Je vous recommande la lecture de « Besoin, désir, demande. Un débroussaillage théorique » in « Fragments épars de stécriture », l’Harmattan 2026, le dernier ouvrage que j’ai commis.
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