C’est déjà l’automne, mon 63 éme… En montagne, depuis le seuil de ma grotte, c’est flamboyant : des ocres, des jaunes, des rouges-vif, des rouge-sang. Le peintre-fou a craché son Haldol, et met le feu aux arbres, pour protester contre la mort de Jean Oury et de Pierre Hattermann. C’est l’ultime brasier avant l’avènement du froid et le déclin mélancolique de la lumière. C’est l’automne, « ces bandits jaunes qui font aux arbres des holdups mordorés » dirait le regretté Léo Ferré.

        Ainsi je me prépare mentalement au retrait solitaire de l’automne, après avoir marché en six mois plus de mille kilomètres. Je pratique depuis des lustres une forme de psychogéographie ; pour se faire, il faut être animé d’un esprit de dérive, d’errance, - de « lignes d’erre » dirait Fernand Deligny – Et il est indéniable et de toute évidence qu’une bonne dérive vaut mieux qu’une eucharistie, et comme l’écrivait Ivan Chtcheglov (1933/1998), interné comme schizophrène pendant 39 ans : « L’expérience (…) d’une dérive est plus apte à nous faire entrer en communication avec l’ensemble des énergies ». La marche est une dérive permettant à la fois de se réapproprier l’espace et son propre corps. Chaque jour, c’est ainsi : pour savoir qui je suis aujourd’hui, hier comme demain, il va falloir que je dérive à partir de chez moi. En outre, depuis de nombreuses années, je marche chaque jour afin d’échapper à la position assise de l’existence sédentarisée, cette assignation à résidence des avachis. La marche stimule la pensée, oxygène les synapses, et elle participe à la fonction épistémique de l’écriture. Tonton Nietzsche en est une bonne illustration.

        Se remettre à écrire. L’écriture d’un livre fait lien, topos, voire même pivot d’un agencement permanent, propice à une production de pensée, à une totalité signifiante qui se clôt, comme à regret, à l’issue du processus de cette écriture. L’idéal serait un livre interminable, une écriture pompée sur son propre sang, tendant vers un infini discutable, et que seule la mort en ponctuerait la scansion.

        La mort de Pierre Hattermann sera l’ultime scansion dans mon analyse. Ça laisse à désirer…

        Avec les éditions du Champ social, j’ai publié en juin un livre sur Jean Oury et la psychothérapie institutionnelle[1]. Mon lectorat, ce ne sont pas les potes d’Oury – encore vivants – Ils en savent plus long que moi. J’ai écrit ce petit livre, animé par le désir de transmettre une praxis dont on ne peut pas faire l’économie, dans une société dualisante, ultraviolente, injuste et inhumaine. A l’issue de la lecture de mon livre, il me plairait que certains sujets, pris dans les rets du social, puissent se demander – non pas comment « faire » de la psychothérapie institutionnelle dans leur établissement ; mais plutôt comment penser cette PI dans leur pratique à chacun, là où ils sont.

        Le nouveau texte d’Éric Jacquot fait lui-aussi œuvre de transmission. Il transmet une alerte, et ses lignes sont autant de signaux d’alarme. Il est de plus en plus difficile d’exercer ce métier singulier – métier de l’impossible disait Freud – qui consiste à aider les petits autres en proie à la déréliction psychosociale, c’est çà dire les vacheries de la vie. Il y a – qu’on le veuille ou non, c’est le Réel ! – une interaction mortifère entre le politique et l’analytique, entre la normopathie régulatrice et technocratique et les lignes d’erre des éducateurs du terrain, tels qu’Éric et ses complices : les poilus, ceux du front, ceux qui « y mettent les mains » … les trouvailleurs soucieux dirait mon père Joseph. Ce tout dernier texte d’Éric semble englué dans le pessimisme, mais après relecture, demeure un désir increvable, et de ne rien en céder. « Pessimisme de l’intelligence et optimisme de l’action » dirait l’excellent Romain Rolland.

        En attendant, il faut soutenir ces éducateurs et autres « petites mains » du travail social : s’ils œuvrent pour l’intérêt général de la civilisation[2], ils sont ignorés, méconnus, et l’on ne parle pas souvent d’eux en médiocratie, on préfère parler des traders et autres fondateurs de start up ; ces petits malins qui gagnent du fric, et ce dernier, Veau d’or imposé via l’idéologie[3], comme valeur dominante de cette civilisation qui va droit dans le mur.

        C’est toujours un plaisir pour moi d’ouvrir mon blog à Eric Jacquot. Nous sommes des amis, souvent des complices ; pris malgré nous parfois dans la con-fusion de la relation en miroir. Contrairement aux idées reçues, l’amitié déclenche les mêmes avatars que l’amour.

        Imprégnez-vous de la prose caustique – comme la soude – d’Éric Jacquot du LVA « La Bergeronnette ». Un Fernand Deligny ne la renierait pas.

(1/10/2017)

 

 

PETIT MESSAGE A L’ADRESSE DE CEUX QUI NE SAVENT PAS OU A CEUX QUI NE VEULENT PAS SAVOIR

 

Personne en dehors de la sphère du social ne sait réellement ce qu’est la réalité de notre travail d’éducateurs sur le terrain. Tout d’abord, les habitants de la cité qui nous disent soit je vous admire, vous faites un métier fantastique que je ne saurais faire ou nous critique avec la désobligeance de la facilité en disant que l’on obtient si peu de résultat. Ils se sentent complétement extérieurs à un problème qui pourtant est le problème de tous dans le vivre ensemble sociétal.

Ils rejettent d’emblée le problème sur les autres et l’autre devient alors leur seul problème. Ils votent      alors en conséquence. Ils ne sont ni de gauche ni de droite disent-ils. Coupables mais pas responsables comme Eichmann à Jérusalem en 1961 dans son appréhension de la banalité du mal selon Hannah Arendt !

Les LVA en termes de résultats de réinsertion sont pourtant au niveau national dans les tous premiers d’un classement qui n’existe pas vraiment.

Et puis il y a les politiques qui sont les financeurs avec l’argent de nos impôts, des solutions de prise en charge des enfants qui nous sont confiés par leur service de l’aide sociale à l’enfance. Eux c’est simple comme les fonctionnaires qu’ils emploient, ils ignorent la plupart du temps totalement, la réalité de nos quotidiens. Vous me répondrez avec justesse que ce n’est pas ce que l’on attend d’eux à priori. Mais comme à priori, ils ne sont jamais là où on les attend, j’en attendais mieux et qu’à minima ils s’intéressent aux jeunes qu’ils placent chez nous. Nous nous résumons pour eux qu’à des lignes de dépenses dans des budgets de plus en plus exsangues.

Ils viennent parfois nous rendre visite quelques minutes, souvent en retard sur l’horaire prévu et à chaque fois avant des élections avec une armada de photographes pour immortaliser leur engagement à la cause du peuple. Il faut que l’on soit sur la photo avec eux pour attester de leur présence et de leur sincérité de façade de Potemkine. En plus, ils pensent que cela nous rend heureux cet instant de notoriété à leur côté. Ils ont des comptes à rendre aux réseaux sociaux et l’on ne badine pas avec la société du spectacle, ils nous mettent au pied de leur mur Face Book. A ceux-là, je n’arrive même pas à leur en vouloir, j’ai plutôt de la peine pour eux.

Ils nous parlent en chiffre et nous on leur répond en êtres humains. Nous ne parlons pas la même langue, nos arithmétiques sont différentes. Ils parlent la novlangue et nous le néologisme car les académiciens sont à la traîne pour trouver les mots qui pourraient nous rassembler. Les mots nous divisent et multiplient dans un savant calcul économique de bas étages, les futures crises qu’il nous faudra encore payer et les sources de conflits potentiels à venir.

L’académicien, il fait pourtant sérieux, j’avais confiance en lui car il est hors d’âge et intemporel. C’est un immortel et pas question de parler ici de millésimes, la politesse nous l’interdit. Il prend son temps sur celui des autres et c’est pour cela qu’il a d’ailleurs l’air si vieux. Pour avoir l’honneur de lui dire bonjour, il vaut mieux se munir d’une éponge main droite et de son carnet de chèques main gauche…

C’est le garant d’un système bancal comme lui quand il est sans sa canne et qu’il n’a que son épée de Damoclès en point de suspension au-dessus de sa tête. Sous les plafonds de la coupole il nous lie, nous relie et nous menace du délit des mots, des mots cratie, en nous maintenant dans une certaine forme d’aliénation verbale… L’académicien est le gardien d’un temple passéiste qui déteste le changement et il veille aux grains des mots. Les mots râlent à zéro, ils en ont ras la coupole et pendant ce temps, la caravane passe...

La lenteur est l’essence même du moteur à inaction de l’académicien. Pour lui l’immobilité va déjà trop vite et pourrait finir par l’enrhumer !

Et nous les zéducs, les travailleurs sociaux en attendant le verbe qui ne vient pas et ne voulant pas aller chercher trop dans le stock dispendieux en énergie intellectuelle de Lacan, nous n’avons pas les mots nécessaires en réserve. C’est la panne de sens…

Alors que pouvons-nous dire de ce qui nous arrive ! Juste ce qu’ils ont envie d’entendre avec des mots vidés de leur substance et qui ne reflètent plus qu’une réalité prémâchée, prédigérée et très académique de nos pratiques.

La soupe est bonne ? Oui mon général répondrait l’oiseau de Prévert…

Nous sommes sous influence. Nous n’avons pas l’autorisation de dire ce que nous ressentons. Les mots qui tentent de décrire la Réalité sont en deçà du Réel. Nous sommes les sans dent du logos qui zozotons un réel apocryphe sans horizon d’amarrage dans le verbiage d’une société déshumanisée et déshumanisante. Nous sommes des boat people de la langue sans carte mémoire et sans territoire, à jamais apatrides si nous ne créons pas nous-même notre possibilité d’une île à vocabulaire. Faudra penser aussi à créer une presqu’île pour Cyrano pour qu’il ne nous ait pas directement dans le nez. Il faudra le noter dans le règlement… Philipe il faudrait t’en occuper ! Ceci est un message subliminal, veuillez s’il vous plait, ne pas vous en occuper si vous n’êtes pas concernés. Actuellement nos mots sont comme des bouées ou des ballons de baudruche que le discours du marché crève comme à la fête foraine sans aucun remord ni état d’âmes sous le rire des enfants. Il va nous falloir construire des armadas langagières pour nous libérer du discours du maître. La liberté est au prix d’un grand Trafalgar. Nos logiciels de compréhension réciproque ne sont pas en adéquation. Ils ne sont pas compatibles. Les politiques sont dans l’imaginaire et nous trop souvent happés par un réel qui parfois déforme notre réalité. Ce n’est jamais facile d’expliquer l’intersubjectivité à des gens qui se croient objectifs définitivement. Ils pensent et donc ils pensent la vérité et on ne peut donc pas contredire ce qui est de l’ordre de la vérité surtout si celle-ci est au service du pouvoir et des chiffres, nous dit-on. A vos ordres Obersturmführer, votre ministère et votre poésie binaire, glace mon cœur d’une langueur uniforme. L’indicible, l’inimaginable, l’innommable qui font le Réel, ne sont pas dans les algorithmes du logiciel en bien-pensance de ceux qui nous gouvernent.

Ils ne savent pas ce que nous vivons dans le réel de la prise en soin d’enfants aux histoires abominables et pittoresques pour le moindre journaleux en quête de sensation. Ils ne savent rien de ce que nous vivons à passer notre temps avec eux pour qu’ils ne passent pas à l’acte contre eux-mêmes, nous, les autres et la société toute entière.

Et je vais à travers ce texte, essayer de partager avec vous, un peu de notre vie professionnelle.

Je vais prendre des situations du quotidien pour expliquer là où vient se nicher notre engagement au service d’êtres en souffrance. Je vais tenter aussi de vous faire vivre un tant soit peu, ce que c’est qu’être confronté à la violence et l’absurde avec comme seules armes, les mots.

L’éducateur est un poète qui s’ignore…

Quand il dit non et c’est ce qu’il fait la majeure partie de son temps, il entre dans la divine comédie humaine du vivre ensemble coincé dans un étau inconfortable entre frustration et course effrénée à la consommation du pire. Sa poésie ne peut alors que s’inscrire dans le surréalisme d’un monde décadent qui transforme l’humain en un être unidimensionnel au service d’un asservissement volontaire par le biais de la consommation à outrance. Jouir sans entrave c’est le mot d’ordre de notre société contemporaine ! Et c’est dans ce genre de poésie que l’éducateur doit apprendre aux sujets à gérer leurs frustrations.

Je vais tenter de vous faire vivre ce que c’est que d’être pris entre le feu croisé des financeurs et des sujets que l’on accueille.

On est au front et l’on tire sur nous de tous les côtés à boulets rouges !

Personne ne sait ce que nous vivons, aucun compte pénibilité nous est ouvert en perspective à d’éventuels avantages pour nos passages en retraite. Les violences psychologiques et physiques que nous subissons tous les jours, sont totalement ignorées ou minorées.

Du travailleur social personne n’a envie d’en parler. Il est là pour que les autres puissent dormir tranquille qu’importe s’il a lui-même perdu le sommeil depuis longtemps. Ce n’est pas le problème de la société mais son problème personnel, il a sûrement un problème familial ou de couple… S’il n’arrive pas à trouver un bon équilibre psychologique, c’est en général, la réponse qu’on lui donne. « Qu’elle se paie un psy cette névrosée » murmurent les murs des réunions de direction.

CIRCULEZ IL N’Y A RIEN A VOIR, dans l’espace d’un dire qui se meurt dans l’estanco de ceux qui ne préfèrent pas savoir et qui ont le pouvoir que cela ne transpire pas trop.

ENTRONS MAINTENANT DANS LA ZONE DE FRETS A PULSIONS, ZONE DE LIVRAISON DE L’HUMEUR DES AUTRES. Attention livraisons H24 sans discontinuer jours et nuits.

Un endroit de placement, c’est un emplacement particulièrement particulier avec des partenaires particuliers. Un endroit où la particule devient élémentaire voire rudimentaire ou le terre à terre frôle le lunaire dans une spatialité débordante, inquiétante et imaginaire. C’est une terre à fusil angulaire qui n’a rien à voir avec un endroit normalisant bien que l’on voudrait idéalement que cela soit ainsi.

On est seul à soit dans cet endroit et cela même quand on tente de faire équipage. Le placement de l’autre va nous faire découvrir et éprouver notre rapport au monde et nous faire entrer dans le monde de l’entre-deux aux confins de la raison et de l’abandon d’un idéal de soi pour accéder à l’idéal de cet autre qui nous inquiète et que l’on voudrait soigner. La partie ne s’annonce pas facile. Il va falloir lâcher du lest pour se laisser aller en cette zone de découverte et d’inconfort…Dans ce monde, on ne survit pas si l’on n’apprend pas à lâcher prise sur ce que l’on tient pour fondations. Ici c’est adieu veaux, vaches et diplômes tout est à déconstruire pour tenter de reconstruire avec le sujet de nos attentions… Tout en aillant en ligne de mire, les contraintes budgétaires inhérentes à chaque action, à chaque innovation et le peu d’imagination des services de contrôles de l’obersturm d’astreinte. Toutes nos actions doivent être réfléchies et pouvoir être défendues devant le tatillonnage des gens qui n’inventent rien et qui veulent malgré tout, tout contrôler.Le placement c’est une terre où l’on voudrait jardiner de l’humain en permaculture, c’est à dire à la mode de chez nous quand on reste un utopiste hors norme. Je voudrais pour mon cas, essayer le bio à l’état pur, d’humain à humain en circuits courts du genre de bouches à oreilles, de singularité à singularité, juste du tout simple qui envoie du lourd, un discours d’intersubjectivité à intersubjectivité sans dépenser d’énergie fossile.

Je ne suis pas dépensier…

On ne veut pas dépenser l’énergie couteuse des fossiles, celle des casse-tuut à la rosace de services qui nous font la morale sans savoir ce que c’est que le terrain. Ils parlent de nous comme s’ils nous connaissaient à ceux qui ne nous connaissent pas. Je n’aime pas ce genre de méthode empruntée au sophisme et au manichéisme ambiant des gens qui savent !

En réalité, il faut le dire, le lieu de placement quel qu’il soit est une zone à pulsions très inconfortable. Il s’y passe les choses les plus dures, les plus farfelues, violentes, touchantes, incroyables et incongrues. L’imprévu, ici c’est la monnaie courante qui peut facilement se payer votre tête.

Une plaquette de shit représente parfois plus que votre salaire ou votre vie. Il est important de remettre les choses dans leur contexte et l’environnement dans lequel on praxie du bulbe disait Pépin en bref…

Le lieu de placement, c’est l’œil d’un cyclone où se concentrent des « Je et des moi » tempétueux et impétueux.

C’est une vraie zone d’intranquillité et d’inconfort où l’on vient s’éprouver au risque de la rencontre.

Un lieu de placement, cela peut se situer selon les endroits entre la cour des miracles, le bel endroit surréaliste trop beau pour être vrai, l’internement asilaire, la prison, l’hôpital, le lieu de soin inachevé et décalé, le produit d’un fantasme en dehors de toute réalité, l’aliénation ou la privation de liberté, l’illusion la plus totale juste pour faire croire. Le placement, ça s’associe au dé-placement, cette violence faite au sujet, et souvent un moindre mal.

Tous les coups ne sont pas permis dans ces espaces du dire et du faire mais l’ambiance y est souvent électrique. L’orage n’est jamais très loin et l’endroit en général se prête bien à l’expression d’un certain désarroi.

La pulsion vient faire ambiance avec sa boule multi-facette de boîte de nuit, pluridisciplinaires et perverses polymorphes en même temps, sans contrainte sans pudeur et sans remord la plupart du temps… Quand je fais état de perversion polymorphe, j’englobe dedans autant les soignants que les soignés car la violence des uns vient souvent faire écho ou miroir chez les autres. Nous sommes dans un imaginaire à l’état brut. Et quelquefois, il est difficile de comprendre qui est à l’origine du trouble de l’autre. Le placement est souvent un aggravateur de perceptions, il déforme, il transforme la réalité de tous. Il donne à voir ce qui est de l’ordre de l’innommable et de l’impensable. La violence des uns est la même que celle des autres et il n’y a pas de violence qui ne soit légitime.L’intersubjectivité en zone pulsionnelle, c’est quelque chose de l’ordre de l’indéfinissable qui ne se contemple pas car elle vous prend en général à la gorge et ce n’est pas l’idéal pour la contemplation et cela même si elle peut prendre l’apparence d’aurores boréales très esthétiques et en même temps très électriques. On ne ressort jamais complètement intact d’une rencontre dans cette zone mixe entre raison et déraison. Pour chaque sujet c’est différent mais dans cette zone, dans cet espace, il y a un monde où des problématiques singulières s’interfèrent, s’interloquent, se rencontrent, se nourrissent dans la négation et l’incompréhension et cela sème le trouble. Ici même le silence gronde quand il pèse ses mots…

On est la plupart du temps dans de la science- friction.

Comment serait-il possible qu’il en soit autrement quand on place un enfant à cause des problèmes de ses parents. C’est inacceptable et intenable pour le sujet et donc il se révolte contre ce qu’il ressent très justement comme la pire des injustices. Cela peut amener ensuite à un véritable sentiment de persécution ou de victimisation. Heureusement ils ne sont pas tous placés pour cette raison mais bon en écrivant cela, je m’aperçois qu’il faudrait vraiment en faire le compte pour en dire quelque chose de plus sérieux.

Il faudrait rapidement se renseigner pour savoir si CALIMERO n’est pas devenu djihadiste ou suicidaire, remarquez c’est un peu la même chose au bout du compte.

C’est pour cela que c’est si difficile de théoriser l’impensable mais en parler, c’est déjà commencer à en comprendre quelque chose.Et ce n’est pas la moindre des choses…

C’est comme dans le transfert ce n’est pas tant qu’il ait lieu qui soit important mais c’est ce qui en est parlé et ce qui en est fait ensuite qui peut éventuellement faire soin. C’est aussi pour cela que j’écris. Cette fonction épistémique m’aide à transformer une pensée brouillonne en un bouillon de culture indigeste pour les normopathes de service au service de la pensée dominante. Les fonctionnaires scribouillards de base et leurs chefs ne m’apprécient guère en général et j’ai la fâcheuse tendance, tout à tort et par Toutatis à trouver cela plutôt flatteur.

Fabriquer de l’humain réclame donc un détachement particulier qu’il va nous falloir trouver pour tenter de soigner ceux que l’on accueille. Passer de la culture hors sol de la bouffonnerie contemporaine à la permaculture humaine, cela va être le même chemin tortueux à faire que pour passer du prêt à porter standardisé, au sur-mesure d’une prise en soin de qualité. Cela ne va pas être facile à faire accepter, l’uniformisation règne en maître au service du moindre mal. Le risque zéro a pris le pouvoir et il ne le rendra pas.  

Il va nous falloir inventer des espaces de désinscription à préjugés pour pouvoir accueillir l’insolite et prétendre à la rencontre. Il faut apprendre à se sortir de soi-même pour pouvoir aller à la rencontre de l’autre dans son étrange étrangeté. Il faut que l’institution laisse la place à cette élaboration de la pensée. Il faut créer des espaces de supervision, d’Intervision et de réflexions laissant place aux questionnements et à l’interrogation.

Ici le temps, ce n’est pas de l’argent, n’en déplaise aux jeteurs de sorts de la pensée unique. Ici le temps est en mouvement et cela même quand il ne se passe rien. Rien ce n’est jamais rien… C’est toujours le début de quelques choses dans une relation éducative.

La psychothérapie institutionnelle fournit un certain nombre d’outils et de concepts qu’il serait bon de se saisir.

L’espace est de ce point de vue primordial. Il faut qu’il y ait des lieux de transitions, transitionnels dirait Winnicott. Des endroits là où le sujet puisse circuler, se rencontrer à travers l’autre, se reconnaître où il puisse avoir du dire et de l’éprouvé. Mais pas que, il faut aussi des espaces de fuites, de jachères où rien ne se passe. Il faut savoir accueillir l’ennui, la régression et accepter de ne pas savoir ni de tout maitriser. Ce concept n’a rien à voir avec ce que réclame les services payeurs, eux ils parlent monnaie sonnante et trébuchante qu’ils transforment ensuite en comptes de résultats sur de beaux tableaux Excel le peintre de la réalité virtuel ! Ils veulent du résultat à tout prix mais pas à n’importe quel prix. L’humain n’a pas de ministère régalien. Le cas social ne régale personne. Il faut pouvoir créer des greffes de transfert, des greffes d’ouvert disait Oury. L’espace doit être multidirectionnel, multi référentiel tant à l’intérieur du corps qu’à ces entours. L’exogène et l’endogène doivent flirter ensemble dans une proximité intellectuelle de situations. Il n’y a point de clinique sans transfert, la clinique est à ce- prix-là. Un exemple entre autres, si un sujet choisi la voisine du LVA pour passer un moment de répit, loin du groupe, du collectif et de ces zéducs qui ne savent que dire non, il ne faut pas y voir concurrence déloyale. Ni craindre le pire parce qu’il a affaire à une non professionnelle ou simplement penser que c’est juste une tentative d’esquive à ce qui a été demandé.  Il faut plutôt y voir le début d’une constellation supplémentaire dans le processus de soin, une sorte de greffe d’ouvert à travailler comme un plus.

Lacan racontait un jour qu’il avait un patient qui venait toujours en avance et passait une heure à parler avec le jardinier. Une fois arrivé dans son cabinet, il n’avait plus rien à dire et son temps c’était presque écoulé. Il payait la séance puis repartait et le travail dont il avait besoin avait été fait. Les positions d’extériorités d’un tiers non professionnel sont souvent d’une qualité intéressante et de toute façon non négligeable et ce n’est pas à la clinique de La Borde que l’on va me contredire.

Il n’y a pas de position dominante dans le soin. Il n’y a point de sous fifre, de directeur ou de stagiaires et de voisins… Le transfert, il se sème comme le bon grain et l’ivraie aux hasards de ce qui vient donner vie. Le tout c’est quand même de préparer le terrain comme un bon jardinier.

Dans un LVA comme le nôtre, l’espace est insuffisant en termes de mètres carré. Le sujet ne peut pas circuler suffisamment à sa guise sans retrouver la même personne en face de lui. Impossible d’offrir des clubs indépendants comme dans la psychothérapie institutionnelle avec des soignants différents un peu partout. Nous sommes 5 équivalent temps plein à se relayer sur l’année et aussi quelques intervenants dans des domaines variés, tel que le cirque, le hip hop, les arts du cirque, le détournement d’objet avec des objets de récupération, l’écriture, la danse, l’imprimerie, les constructions de cabanes, la musique… Et j’en oublie, on fait feux de tous bois surtout avec un petit feu de bois et quelques merguez.

Chacune de ses activités agrandissent l’espace. L’imaginaire se mesure alors en mètres carrés de cerveaux disponibles.

Ce que l’on ne peut gagner sur l’architecture du LVA, nous le gagnons en multipliant les rencontres possibles avec l’extérieur. Il y aussi beaucoup d’espace à découvrir à l’intérieur de soi et des autres. Les chemins sont multipliables à l’infini.

Les stagiaires nombreux qui viennent croiser notre route clinique sont un plus dans ce dispositif. Ils offrent souvent sans le savoir au début, d’autres possibilités d’un ailleurs possible. Ils apprennent de nous et nous apprenons d’eux et je me sens parfois comme un de leurs élèves.

Les différents intervenants viennent aussi par ailleurs de leur savoir-faire, à multiplier les zones de fuite d’un système qui aliène malgré tout et malgré nous, les sujets accueillis.

Dans un petit espace, il y a quand même des espaces du possible. La niche à transfert se situe quelquefois dans l’accueil de l’insolite, dans la surprise. Il est important de pouvoir se laisser surprendre et cela n’est pas donner à tous les psychorigides qui campent sur leur savoir, inscrit sur le marbre blanc de leurs diplômes. Nos intervenants divers et variés sont un sacré plus pour ce qui vient faire lieu dans l’ici et le maintenant de la prise en soin. Eux aussi, mine de rien, ils viennent nous apprendre sur ce qui nous échappe.Il nous faut donc toujours inventer des supports à transfert et c’est ce que nous tentons de faire en travaillant sur le quotidien. Réfléchir c’est un luxe et l’on se bat pour pouvoir le faire.

Mon travail se situe aussi au niveau de se donner les moyens financiers, intellectuels de faire ce qui ressemble le plus au projet d’établissement qui nous transporte ensemble. Ce projet, il n’est pas figé, il s’écrit dans une écriture singulière au jour le jour de chacun de ses acteurs, enfants et adultes embarqués sur le même bateau. Je ne maitrise rien, j’aime bien me laisser aller dans l’histoire de ces autres qui me font des histoires. Mais ça c’est de la théorie et en général en théorie tout se passe bien !

ET SI ON PARLAIT DU QUOTIDIEN D’UN EDUCATEUR EN DEHORS DE TOUTE THEORIE ?

« Educateurs, qui êtes-vous ? Instruits sans aucun souci préalable de savoir si vous avez dans le ventre un minimum d’intuition, d’imagination créatrice et de sympathie envers l’homme, abreuvé de vocabulaire médico-psychologique et de techniques esquissées, on vous lâche, pour la plupart enfants issus de bourgeois, en pleine misère humaine ». Fernand Deligny.

Pif, la porte d’entrée à trois mille euros vient d’être cassée par Cassandre qui ne supporte pas une remarque désobligeante sur son comportement négatif en général. Paf, Milos explose le mur de sa chambre car il vient de se prendre la tête avec son chien en peluche, boum, Riboche explose la porte du bureau parce qu’on lui dit que ce n’est pas normal de se faire renvoyer du collège cinq jours après la rentrée scolaire.

Broum broum Mimouille entre dans le hall d’entrée avec son tracteur en plastique tout crotté et il dégueulasse tout le hall qui venait tout juste d’être nettoyé. Bing Jolivent casse un verre et vient s’en excuser. Mais que fait Jupiter, on ne l’entend pas ? Il vide à l’aide d’un tuyau notre aquarium dans le séjour, 120 litres de flotte à éponger et des poissons pas nés encore pour longtemps.

Coup de téléphone du collège, Gervais feint un mal de tête, il faut venir le chercher, le collège n’a pas le droit d’administrer un médicament. Il fait ça trois fois par semaine, il connait la poloche. Nouvel appel téléphonique une mère nous reproche d’avoir interdit, il y a à peine dix minutes à son fils de sortir avec ses copains car il venait de casser notre porte d’entrée. Elle n’est pas sympa et parait avoir une grande connaissance en ornithologie, elle connait tous les noms d’oiseaux. Cassandre m’avertit d’un ton jubilatoire que les toilettes du bas sont bouchées et que tout refoule sur le sol. J’abrège l’instant téléphonique. Effectivement trois rouleaux de papier toilette obstruent l’évacuation.Milos qui a frappé dans le mur de sa chambre en détruisant le placo plâtre voudrait qu’on l’amène à l’hôpital pour lui faire une radio. Les toilettes refoulent comme un long fleuve tranquille. Jolivent et Riboche bourrés de boutons d’acné en viennent aux mains pour une sombre histoire de télécommande.

C’est la guerre des boutons.

Concerto rentre enfin de stage comme dans un requiem avec son scooter carbonisé. Il explique tant bien que mal qu’il ne sait pas ce qui s’est passé et que ce n’est vraiment pas certain qu’il puisse aller en stage demain, son pot de détente est fragilisé et cela le rend irritable. Il faudrait d’après lui déjà prévenir son patron. Il va en stage là-bas pourtant pour signer un éventuel contrat d’apprentissage.

Les toilettes continuent de couler, pas facile d’organiser la riposte. Le plombier est sur répondeur et dans cette odeur de merde, les enfants jubilent de nous voir en difficulté fixés au stade anal. Je plonge mes mains dans le réceptacle mais rien n’y fait. Le mal est plus profond.

La divine comédie se met en place. Les persona se mettent en place… Les masques vont tomber.

Bruit à l’étage ! En sautant sur son lit, Gervais vient de détruire son sommier à lattes. Ce sera impossible qu’il puisse dormir dessus ce soir. Cris stridents plus bas au salon, Jolivert vient de se prendre la tête avec Mimouille au sujet d’un programme de télévision. Mimouille a balancé la table du salon dans l’écran plat et il est fracassé. Il s’excuse en mettant les mains pour se protéger la tête. Il a peur que je le frappe. Nous voilà plongés dans l’archaïsme d’une scène qui parle de son vécu et il va falloir s’en sortir en y mettant du sens et garder son sang-froid. Ma collègue prend le relais.

A cette heure-là, on devrait faire l’aide aux devoirs et puis penser à préparer le repas. Tiens qui est de service ce soir ? C’est Concerto mais après sa journée de stage, il se fait prier un maximum et l’anarchie de cette fin d’après-midi et l’énergie que l’on déploie de tous les côtés lui laisse un confort tout à son goût. Il n’hésite pas à remettre de l’huile sur le feu en douce en manipulant qui il sait, juste histoire de gagner encore un peu de temps. Un bon pétage de câble ce sera un plus sur les réseaux des cas sociaux ! Il filme l’ambiance en douce sur son portable et rit bêtement ce qui a tendance à m’irriter. Il le sait mais le fait quand même.

Milos se confie sur Face book sur l’état de sa main, un comité de soutien s’organise autour de sa cause et notre prétendue inaction à ce sujet. Sur Face book, ils en parlent déjà comme d’un attentat contre la main de la Venus de Milos. Les bras m’en tombent...

Merde Gervais avait rendez-vous chez l’orthophoniste et l’on a zappé. On va encore en prendre plein la gueule, l’ortho nous prend déjà tellement pour des amateurs.

Le téléphone sonne, le maire voudrait pour hier, un article dans la gazette communale. La référente ASE de Riboche envoie un mail en nous demandant d’expliquer pourquoi nous n’arrivons pas à le maintenir au collège. Riboche qui a onze ans me traite de fils de pute car je n’ai pas empêché Jolivert de lui piquer son argent de poche qu’il avait planqué dans sa housse d’oreiller. Mimouille en profite pour me demander une avance sur son argent de poche à venir qu’il me remboursera quand il saura comment, pour acheter du forfait pour son smartphone dernière génération. Je l’envoie balader en lui disant que ce n’est pas le moment… Il ronchonne et part en reversant le mobilier sur la commode. Il suppose que je ne comprends jamais rien de lui comme d’habitude.

Les toilettes par chance ont arrêté de couler. Je condamne la porte avec une affiche. Mimouille qui ne sait pas encore lire, rentre dedans pour déféquer, je l’engueule en m’énervant. Il ne comprend pas pourquoi, je me mets dans un tel état. Cassandre vient me chercher quelqu’un a balancé un caillou dans le pare-brise de la voiture. Je m’assieds quelques instants, incrédule, histoire de souffler. Une fatigue nerveuse m’envahit, je me demande qu’est-ce que je fous là ? J’allume une cigarette mais elle s’est cassée quand je me baissais pour ramasser la râpe à fromage qui traînait par terre dans le jardin.

Retour dans le bureau, j’ai besoin de la clé du local technique pour arrêter l’eau qui finalement continue de couler. Appel téléphonique du département, une attachée auprès de l’obersturmführer-comptable voudrait parler au responsable du LVA. Je lui réponds que c’est moi et que là je suis bien occupé à autres choses. Je lui propose de convenir d’un RDV téléphonique pour demain. Rien à faire, il est déjà plus de 18 h et elle a besoin d’une réponse sur le champ sur un problème éminemment technique et méritant un peu de réflexion. Me voyant occupé au téléphone, Jolivert me dit partir en fugue car Gervais lui a pourri sa chambre en ramenant de la paille du jardin pleine d’excréments des poules. Je n’entends rien de ce que me dit ma correspondante téléphonique mais de ça elle s’en fout, ce qui l’intéresse c’est de dire ce qu’elle avait à dire. On raccroche enfin, je rattrape Jolivert qui faisait semblant de fuguer. Ça lui fait plaisir que je l’attrape et à moi aussi. La voisine arrive pour me demander des nouvelles d’un de ses potirons qui aurait disparu. Celle-là aussi, elle me fait tuut avec ses potirons à tentation ! Les enfants s’agglutinent autour de nous en donnant des versions pas très rassurantes de ce qu’ils disent en savoir. Ils en savent plus que de ce qu’ils en disent car ils en parlent avec intérêt. Le syndrome de Guillaume Tell flotte dans l’air, d’ailleurs un arc et des flèches sont posés contre un arbre…Plus de box TNT pour allumer la télévision, elle a disparu, Mimouille accuse Gervais qui l’apostrophe      immédiatement en insultant sa mère. De toute façon même si la télécommande est toujours là, ses piles ont disparu et c’est encore une fois personne. Personne c’est notre huitième enfant imaginaire... Et c’est de loin le plus agité et l’on n’arrive jamais à le prendre sur le fait !

Voilà rien de neuf à l’ouest de TTC Park... Juste un peu de réel qui vient croiser de la réalité dans le Bric à Brac de l’intersubjectivité...

On n’est pas dans un parc d’attractions. On se trouve là où le réel prospère et où il vient nous percuter. « Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse » me disait Nietzsche, hier soir au téléphone quand je lui racontais ma journée. Je crois bien que je vais le blacklister celui-là car lui aussi il ne se rend pas compte et cela me tape sur le système si même lui n’arrive pas à comprendre... Il fait pourtant parti de mes amis comme Winnicott. Je vous livre ici, une petite anecdote au sujet de ce dernier mais il ne faudra pas le crier sur tous les toits. Un jour avec son épouse, c’est véridique, ils ont décidé d’accueillir chez eux une jeune fille que l’on devait placer. Au bout de trois mois après avoir tout essayé, ils ont laissé tomber en désespérance de cause.

Comme vous avez pu le constater quand j’ai parlé de tous ces passages à l’acte, j’en ai fait une liste à la Prévert sans en faire le commentaire ni raconter tout le discours de l’éducateur qui assiste à ce qui se passe. Je livre ici de la matière à l’état brut pour laisser votre imagination galoper dans le grand champ de la prise en soin d’enfants placés. J’avais encore mille exemples plus incroyables les uns que les autres à vous citer mais j’avais peur que cela fasse trop alors que le trop est pourtant une réalité dont il est difficile de s’exonérer dans notre métier.

Pour finir, je pourrais dire que malgré tout cela, malgré cette démonstration par l’absurde que tous les enfants arrivent chez nous déscolarisés et qu’ils retrouvent tous le chemin des apprentissages en milieu ordinaire ou protégé. Pour certains c’est très chaotique mais au final, notre LVA peut se vanter de leur faire obtenir des brevets des collèges, des CAP, des BAC pro ou une simple scolarité et pour finir le chemin de l’emploi dans la singularité qui les définie et qu’ils vont construire tout au long de leurs vies d’adultes.

J’aurais sans doute l’occasion d’écrire la suite et je vous en tiendrai au courant.

 

                                                                      Eric Jacquot le 30 septembre 2017           

 

 1] Serge DIDELET « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, juin 2017. 

[2] Dans un précédent texte, j’écrivais que le LVA « La Bergeronnette » était une « anti-fabrique de djihadistes ». 

[3] L’idéologie comme « représentation du rapport imaginaire des individus à leurs conditions réelles d’existence » (Althusser 1970).