PRAXIS 74 . Travail social et psychanalyse.

18 janvier 2021

"Liberté, tu t'laisses aller !

 

 

« Il faut revenir à l’essence-ciel. Se parler, se déplacer pour acheter de la nourriture, prendre l’air, promener le chien…Essentiel. » [1]

 

En 2020, et pour cause de pandémie, l’humanité a été assignée à résidence pendant plusieurs mois. Nous avons été isolés les uns des autres, interdits de contacts, de liens, de toucher, et même privés d’odorat. C’est une vie sans saveur, une mascarade généralisée, cauchemardesque, et qui ne saurait perdurer sans imploser.

Insidieusement, nos libertés se réduisent peu à peu. Depuis la vague d’attentats de 2015, l’état d’urgence s’est substitué à l’Etat de droit. La nouvelle donne est qu’il est passé début mars 2020, du sécuritaire au sanitaire. Ce sont maintenant le Ministre de l’Intérieur et le Préfet de Police – supervisés par Castex – lesquels, en vase clos, décident arbitrairement des mesures de restriction de libertés qui concernent l’ensemble de la population. La démocratie parlementaire est bafouée. Il devient urgent de pouvoir penser ensemble, afin de définir démocratiquement d’autres stratégies sanitaires ; et non, passivement, s’en remettre à un Directoire sanitaire régissant les vies quotidiennes de chaque-un. L’Etat autoritaire installe son pouvoir en jouant avec la peur des gens, les conditionnant, les abreuvant de vérités -souvent contradictoires et issues du discours de la Science - , et d’injonctions culpabilisantes, saturant tout l’espace d’informations, mettant en place de nouveaux outils de surveillance et de répression. Comme l’écrivait Machiavel : « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes. »

Malheureusement, et du fait du niveau d’aliénation sociale dans ce pays, il y a peu de contestation, d’autant – et c’est là où le bât blesse – que globalement, les mesures sécuritaires – l’hystérie hygiéniste et le principe de précaution à son plus haut niveau d’absurdité ! – rassurent la majorité des individus. Convaincue de la nécessité de faire face au Covid, et quel qu’en soit le prix à payer, la majorité de la population a renoncé à la liberté ; liberté qui induisait des actes dans le libre arbitre de chaque-un, des pratiques essentielles, aux saveurs antécovidiennes : aller au cinéma (à défaut l’Etat magnanime vous autorise d’aller à la messe !), au bistrot, au restaurant, en bibliothèque, à la piscine, chez des copains…faire ce que l’on veut…c’était encore ainsi, en 2019.

Par une surenchère quant aux moyens, toutes les conditions sont dès lors réunies pour faire le berceau d’une dictature durable. Le Covid est devenu en un an le signifiant- maître, la première préoccupation des trumains qui aiment croire en l’unanimité illusoire, symbole d’une injonction qui dictera l’idéal-type des bonnes conduites.

Par contre, si, comme moi et beaucoup d’autres - critiques mais gens de bonne volonté -, vous pensez que l’Etat sur-réagit, en fait un peu trop, que nous pourrions peut être faire autrement, vous êtes le suspect à abattre, l’asocial, le mauvais sujet à surveiller. Ainsi, en moins d’un an, je me suis « brouillé » avec deux normopathes avérés que je prenais pour des amis. La situation est clivante, elle favorise la pulsion de déliaison, composante majeure de la pulsion de mort.

COVID…un signifiant qui sature l’espace d’informations depuis un an. On ne parle plus que de ça, et les recommandations de Big Brother (Orwell 1950) sont diffusées en boucle sur les ondes nationales. Il y a comme un défaut d’ambiance, celle-ci est normative, culpabilisante, anxiogène. Cela renvoie au concept de pathoplastie, cher à Jean Oury : l’émergence de pathologies générées pas l’ambiance. Et oui, beaucoup d’individus deviennent malades, non du Covid, mais de ses conséquences sociétales.

 La délation, que l’on aurait pu croire disparue depuis Pétain, réapparait. De bons français, ravis dans leur veule obséquiosité, dénoncent leurs voisins à la Police, ces derniers ayant osé transgresser les injonctions étatiques, et réveillonnés avec des amis, le soir du 31décembre. Cette soirée fut marquée par quelques descentes musclées dans des sphères privées, des coups, des humiliations, des amendes pécuniaires, des gardes à vue…il n’y a pas d’erreur, nous sommes en France !

En outre, j’ai pu observer une surenchère dans l’exécution des gestes dits « barrières », croisant quotidiennement des « mickeys » masqués sur des chemins forestiers déserts. Une catégorie d’hommes aurait donc perdu tout discernement ? L’obéissance et l’endoxalite fonctionnent à plein régime, les puissants de ce monde peuvent être rassurés, ils ont de beaux jours devant-eux. Nous sommes dans un pays qui se tient sage[2]

En attendant, les libertés s’amenuisent, se raréfient, nous assistons à un inéluctable rétrécissement des possibles et des marges de manœuvre, une vie-peau de chagrin pour beaucoup de catégories sacrifiées. Un seul mot d’ordre : « Travaillez ! » (télétravail pour les cadres, métros et autobus bondés pour la piétaille prolétaire), « Ne faites pas de vagues, rentrez chez vous et regardez BFMTV ; nous aurons des jours meilleurs. »

En outre, les avis dissonants sont écartés avec mépris, les bonnes nouvelles n’ont pas droit de cité. Les professeurs Tubiana, Toussaint, et Raoult (j’en oublie, il y en a d’autres…) sont devenus des complotistes extravagants, alors que ce sont des scientifiques aux travaux mondialement connus. A qui et à quoi sert cette ostracisation ?

Je ne suis pas un scientifique et j’avoue avoir du mal à me forger une opinion avisée, alors que chacun est envahi d’informations en boucle souvent contradictoires. Comme l’écrivait Hannah Arendt : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit en rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut pas se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez »[3]. Le quidam que je suis se permettra juste quelques remarques et questions.

Avec une régularité métronomique, Castex nous parle à vingt heures, c’est un discours descendant, celui du Maître à l’esclave. Comme le disait Aristote : « Jamais l’esclavage n’est aussi bien réussi que quand l’esclave est persuadé que c’est pour son bien ». Cet homme triste et vieillot a la tête des mauvaises nouvelles qu’il annonce, avec ses allures rétros de « père-fouettard », il incarne l’Autre qui punit, à grands coups de couvre-feux, de confinements, d’amendes pécuniaires, tout le monde est sous haute surveillance et chacun peut devenir le flic de l’autre. A défaut des sourires, la défiance de l’autre brille dans les yeux. Castex et consorts donnent des leçons de civisme aux français, comme si ces derniers, patients, disciplinés, résignés pour la plupart, et qui « en bavent » depuis mars dernier, étaient responsables de la situation :  cet état pandémique du monde qui, peut-être, fait signe d’une nature saturée et fragilisée qui se vengerait des (ex)actions humaines !?

Faute de compétences pour l’étayer, cette hypothèse ne saurait être négligemment écartée, et beaucoup de recherches, dans des champs différents, convergent en ce sens. Freud, visionnaire, écrivait en 1930 : « Les hommes sont arrivés maintenant à un tel degré de maîtrise des forces de la nature, qu’avec l’aide de celles-ci, il leur est facile de s’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier. Ils le savent, d’où une bonne part de leur inquiétude actuelle, de leur malheur, de leur angoisse ».[4]

Alors, l’Etat-Macron sur-réagit à grands coups de confinements, de couvre-feux, et de mascarades en plein air ; conscientisé de l’inadéquation de la structure hospitalière face à la recrudescence de la pandémie, et ne voulant pas être accusé de laxisme, il ne peut pas faire d’autres choix. Il faut rappeler aux amnésiques que, depuis plusieurs décennies, le système hospitalier, a été démantelé par les précédentes politiques, consacrées au culte du Dieu Gestion. Ainsi, si les citoyens de France sont assignés à résidence à partir de 18 heures, c’est pour limiter le nombre d’hospitalisations et parce que nos hôpitaux ne sont pas en capacité de soigner tous les malades, puisqu’on ne peut pas pousser les murs ! Il faut se souvenir de la dictature managériale, laquelle, pour optimiser les ratios financiers, supprimera 100 000 lits hospitaliers (et les emplois qui allaient de pair) entre 1993 et 2018.

En outre, il est déplorable de constater l’absence d’une réflexion sur ce que pourrait être un risque humainement acceptable. L’Etat surenchérit, fonce tête baissée, nous protégeant au besoin par la force et la coercition. Ce sont souvent les dictateurs qui choisissent seuls les chemins menant au bonheur de la population. Quand l’absurdité bouffonne de certaines mesures est érigée en système, la valeur humaine est niée, et le sujet, en dehors de toute logique, peinera à conserver une organisation psychique cohérente.

Ainsi, si protéger (de force éventuellement) devient liberticide, la société devrait se questionner quant à cette contradiction. En attendant, cette trouille étatique paralyse un pays, annule un million d’emplois et génère des pathologies psycho-sociales. L’Etat s’en prend délibérément au lien social, à ce qui fait société, et cela a des répercussions cliniques. La normose ambiante distillant morosité et ennui, en a fait décompenser plus d’un ; mais là, encore, l’infrastructure psychiatrique n’est pas à la hauteur de la demande. Souvenez-vous que les divers gouvernements ont supprimé 60 000 lits psychiatriques depuis le début des années 90, lorsque la gestion a commencé à supplanter le médical. Par conséquent, cet Etat d’urgence sanitaire induit une autre manière d’être au monde, faite d’enfermement, d’évitement des autres, de suspicion, et de repli sur soi. C’est l’esprit-même du collectif qui est en souffrance et s’il y aura beaucoup de victimes collatérales, faites de faillites financières et de chômage, il y aura aussi des catégories sacrifiées. Vivre ainsi, ce n’est pas une vie qui vaudrait la peine d’être vécue. Voir le niveau de désespérance et de précarité des étudiants, voir du côté des enfants, otages de cette période mortifère, freinés dans l’ auto-construction d’eux-mêmes, voir les personnes âgées dans les EHPAD, enfermées dans leur chambre pendant deux mois et demi, le printemps dernier, et beaucoup d’entre-eux, du fait de l’isolement affectif total, en sont morts de chagrin…syndrome de glissement dira l’Autre médical, augmentant sa nosographie.

On peut se demander quel est l’avenir de l’homme dans cette société sans visage. En menaçant notre santé, nos projets, nos aspirations, nos croyances en l’avenir, le virus tue aussi nos illusions et révèle cruellement les failles de cette société : Inadéquation du système de santé, impuissance des politiques, crise économique aux conséquences implacables, crise du lien social, signes ostentatoires de désespérance.

« Il faut bien composer avec la réalité et l’Etat fait ce qu’il peut » rétorqueront les pragmatiques. Oui, mais depuis le début, il le fait mal, le remède générant autant de nuisances que la maladie, tel le pharmakon.[5] Cette crise devrait unir les gens et les responsabiliser, plutôt que les cliver, les infantiliser, et les soumettre. L’Exécutif devrait cesser de distiller quotidiennement la peur via les médias[6], ces communications anxiogènes, qui, systématiquement, exagèrent les dangers sans jamais rien expliquer. Il y en a marre de cette infantilisation et de ces mesures imbéciles telle que l’obligation du port du masque en extérieur, dans la plupart des zones urbaines. Cela ne sert à rien et cela entretient une ambiance de bouffonnerie anxiogène où Ubu est devenu roi.

Alors, n’y aurait-il pas – pour vaincre l’épidémie – d’autres manières d’organiser les modalités du « vivre ensemble », plutôt que de paralyser un pays en obligeant les gens à rester isolé chez eux ? Les décideurs se posent-ils cette question ? Que pourraient-ils en dire ?

Enfin, il y a l’ultime recours qui peut être fonctionnera, les divers vaccins créés savamment en huit mois, qui – s’ils se pérennisent - vont générer un juteux marché financier, comme quoi il y aura des heureux du Covid, c’est indéniable ; cependant, et même si la campagne de vaccination démarre avec une lenteur inquiétante, ce vaccin est quand même une bonne nouvelle, dans ce pays qui forclot la mort, il va certainement permettre à moyen terme, la cessation des cas graves et des décès liés au virus. Au pays de Pasteur, nous devons lutter contre l’obscurantisme complotiste, laissons la peur des vaccins aux Témoins de Jéhovah (et la peur du rouge aux bêtes à cornes !).

Cependant, une grande fraction de la population demeure méfiante et sceptique, notamment les personnes de moins de quarante ans. A ce jour, seuls 55% des français ont décidé de se faire vacciner. Cette réticence fait signe du problème de fond : la perte de confiance des citoyens vis-à-vis des élites scientifiques et des décideurs des autorités sanitaires. On pourrait dire une défiance par rapport à l’autorité tout court, cet Autre sociétal ; un processus de déliaison qui fait malaise dans la civilisation. Oui, cette défiance est réelle, générée par la succession des scandales sanitaires de ces dernières décennies : sang contaminé, Médiator, amiante, et j’en oublie… « Qui sème le vent récolte la tempête ».[7]

 

 (Les Houches, le 17/01/2021)



[1] Joseph Rouzel, « Corona, psychanalyse », Editions le Retrait 2020.

[2] « Un pays qui se tient sage », un film de Davis Dufresne (2020).

[3] Ibid.

[4] Freud Sigmund, « Malaise dans la civilisation », Editions Point 2010.

[5] Pharmakon : mot issu du grec ancien qui pouvait signifier aussi bien le remède, la drogue, le philtre que le poison ou le venin.

[6] Depuis presque un an, il y a une confusion organisée dans le but de faire peur. Voir l’annonce quotidienne du nombre de personnes contaminées, assimilées à des malades du Covid dans l’inconscient collectif.

[7] Livre d’Osée 8,7 (Ancien Testament).

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05 octobre 2020

Supervision, formation, psychanalyse et travail social...

Superviseur certifié :

J’interviens sur site, à votre demande, pour :

-         Supervision clinique institutionnelle.

-         Analyse des pratiques professionnelles.

-         Groupes de parole.

-         Analyse institutionnelle.

-         Formations.

Dans le champ social, médico-social, et sanitaire…

Mon cadre de référence est la psychothérapie institutionnelle et la psychanalyse.

Quelques références :

MDEF 74, IRTESS de Bourgogne, IREIS d’Annecy, service petite enfance de Passy, Centre Hospitalier Alpes -Léman (CHAL), Hôpitaux du pays du mont blanc (supervision médecine et pédiatrie), Secteur psychiatrique de l’est vaudois (Suisse), ADMR, ESAT de Sallanches, EHPAD(S) de : Bonneville, Cluses, Ambilly, Marnaz, Megève, LVA « La bergeronnette » (71), CEMEA Ile de France…

 Contact : 06.16.13.26.48. /serge.didelet@wanadoo.fr

 

 Psychanalyste :

Je peux vous accueillir sur rendez-vous au 23 rue de Savoie (2ème étage) à Sallanches (74720).

En cas d’urgence, je vous reçois dans les 24 heures…

Contact : 06.16.13.26.48.

 

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29 août 2020

Parution de "Psychanalyse et question sociale"

Vient de paraître aux éditions de l’Harmattan :

 

Serge Didelet

 

PSYCHANALYSE

ET QUESTION SOCIALE

 

Passages… fragments instituants

 

Ce livre parle de l’homme comme objet d’une double détermination : sociale et psychique. L’homme qui marche sur deux jambes : Marx et Freud…

Avec, en filigrane, l’arrière-pays de l’auteur, marqué par la tentation révolutionnaire des années 70, l’horizon des hautes montagnes et la déraison ordalique, le risque de la folie et de la pulsion de mort, en butte à un instinct de vie inextinguible et chevillé au corps.

Ce livre, dans son désir de rencontre avec son lectorat, est un livre qui dit « je », c’est un ouvrage de sujet. Celui qui parle en son nom propre en est passé par la cure analytique, et, au terme de ce travail, n’est plus rempardé dans des défenses moïques imaginaires. Alors, l’écriture et le sujet se libèrent.

Deux corpus textuels charpentent ce livre atypique. Un intertexte autobiographique jalonne le texte de l’ouvrage : la supervision d’équipes et l’institution, le temps libéré, le travail d’éducateur, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans-grades », au service des personnes les plus vulnérables, les personnes très âgées, l’idéologie (funeste) managériale.

Dans cet intertexte foisonnant, l’auteur se livre en racontant le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ, mais où le sujet, au final, advint. C’est une histoire de passe, de passant, de passeur, de passages.

 

Vous pouvez commander l’ouvrage en librairie ou en ligne (FNAC, Décitre, Rakuten…), voire directement auprès de l’éditeur : www.editions-harmattan.fr.

280 pages, 28 euros.

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse. Il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes, Champ social Éditions, Nîmes 2017.

 

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17 juillet 2020

A paraître dans l'été...

« Psychanalyse et question sociale »

                            « Passages…fragments instituants.         

 

Paraîtra au cours de l’été chez l’Harmattan

Avec une préface de Joseph Rouzel 

 

Ce livre, le deuxième de l’auteur, dans son désir de rencontre avec son lectorat, est un livre qui dit « je », c’est un ouvrage de sujet. Celui qui parle en son nom propre en est passé par la cure analytique, et, au terme de ce travail, n’est plus rempardé dans des défenses moïques imaginaires. Alors, l’écriture et le sujet se libèrent.

Deux corpus textuels charpentent ce livre un peu atypique : un intertexte autobiographique jalonne le texte de l’ouvrage, composé de chapitres thématiques chers à l’auteur : la supervision d’équipes et l’institution, le temps libéré, le travail d’éducateur, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans-grades », au service des personnes les plus vulnérables, les personnes très âgées, l’idéologie (funeste) managériale.

Ce livre nous parle de l’homme comme objet d’une double détermination : sociale et psychique.

L’homme qui marche sur deux jambes : Marx et Freud…

Avec, en filigrane, l’arrière-pays de l’auteur, marqué par la tentation révolutionnaire des années 70, l’horizon des hautes montagnes et la déraison ordalique, le risque de la folie et de la pulsion de mort, en butte à un instinct de vie inextinguible et chevillé au corps.

Dans cet intertexte foisonnant, l’auteur se livre en racontant le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ, mais où le sujet, au final, advint. C’est une histoire de passe, de passant, de passeur, de passages.

 

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse, il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, Nîmes 2017.

 

 

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14 juillet 2020

Il y a quatre ans à Nice : le choc du Réel...

Il y a quatre ans à Nice, un crétin pseudo djihadiste assassina 86 personnes au volant d’un 19 tonnes. Parmi eux, Pierre Hattermann, psychanalyste, psychologue clinicien, formateur et conférencier. Il fut mon psychanalyste, il devint mon ami, mon interlocuteur principal, un vrai complice. Je l’avais encore vu la veille de son départ en vacances ; il était si content de partir en Corse, en famille. Alors comme beaucoup d’autres, la veille de prendre la bateau, il est allé voir le feu d’artifice. C’était un beau soir d’été, un de ces soirs où l’idée même de mort est hors scène, obscène. Son épouse Françoise et son fils Elouan sont morts sur le coup. Pierre est resté trois semaines en réanimation et décédé le quatre août. La douceur entoura les derniers jours de Pierre. « Il se dégageait de lui quelque chose de magnifique, de puissant » raconta son frère, touché par l’empathie du personnel soignant de l’hôpital Pasteur de Nice.

Pierre était un fédérateur, il rassembla des gens très différents, il anima des collectifs, des lieux -ressources, il créa même un Centre de formation à la psychanalyse, et c’est en ce lieu que j’ai connu les prémices propédeutiques de ma formation de psychanalyste. Il a laissé un vide et certains collectifs n’ont pas survécu, la pulsion de mort fut la plus forte. Seul un groupe de lecture continue à se rencontrer mensuellement. Que dire de plus ? Peut-être que l’existence (trop brève) d’un Pierre Hattermann peut nous réconcilier avec l’idée d’humain, il avait tout pour lui, l’intelligence, la culture, la volonté de transmettre, et…une rare gentillesse.

A Nice, ce paysage de carte postale, je ne peux me résoudre à y retourner, l’asphalte saigne.

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06 juillet 2020

A lire durant l'été...

« Psychanalyse et question sociale »

                   « Passages…fragments instituants"         

 

Paraîtra au cours de l’été chez l’Harmattan

Avec une préface de Joseph Rouzel

 

 

« Ce livre nous parle du social et de la psychanalyse, et au bout du compte, nous parle de l’homme comme sujet d’une double détermination : sociale et psychique. Voilà pourquoi, à l’instar de Tosquelles et Oury, je marche sur deux jambes : Marx et Freud.  Le corpus textuel, charpenté de chapitres, est entrecoupé et balisé par un intertexte autobiographique qui aborde les thèmes d’une vie socioprofessionnelle : le temps libre, le loisir, la supervision d’équipes,  le travail d’éducateur, la psychanalyse, l’idéologie funeste du néo capitalisme, les conduites riscogènes, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans grades », au service des personnes les plus vulnérables, c’est-à-dire les personnes très âgées.

Tout cela, inscrit dans le paysage d’un arrière-pays empreint par la tentation révolutionnaire des années post-soixante-huit, l’horizon des hautes montagnes et sa déraison ordalique, le risque de la folie et la pulsion de mort, en butte à un instinct de vie inextinguible, chevillé au corps. Dans l’intertexte, ce livre raconte aussi le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ, mais où le sujet au final advint » 

 

 

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse, il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, Nîmes 2017.

 

 

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17 avril 2020

Quelques informations...

Depuis plus d’un mois, on ne saurait parler d’autre chose que du SARS-COV-2, irruption intempestive du Réel qui fait trou, effraction de ce trou-matisme, une béance que les personnes humaines s’efforcent de symboliser, de border, de comprendre, d’apprivoiser. Un Réel ayant des effets observables au niveau social, économique, culturel et psychique ; effets notamment du confinement, lequel, dans sa façon de le vivre, réactive des inégalités sociales flagrantes.

Tel un colosse aux pieds d’argile, la construction qu’était ma vie de superviseur, de formateur et de psychanalyste s’est provisoirement effondrée. Tous mes groupes de travail sont en arrêt, et je ne vois plus personne au cabinet, ce qui induit que je me sens un peu orphelin. Dans cette activité de « psychiste », je suis le désirant, non le désirable, et c’est une question éthique importante.

Par conséquent, je repousse d’une année mon séminaire annuel ; le séminaire sur l’aliénation, prévu le 20 juin de cette année aura lieu l’an prochain à la même période. Il faut dire que la conjoncture de crise sanitaire a impacté la motivation des sujets à s’engager pour cette journée, à ce jour, il n’y a que quatre inscrits alors qu’il en faudrait à minima une dizaine.

Il y aura des jours meilleurs. La preuve en est, puisque va paraître prochainement à l’Harmattan mon dernier livre :

« Psychanalyse et question sociale »

« Passages…fragments instituants »

…avec une préface de Joseph Rouzel.

 

« Ce présent texte s’inscrit dans le passage d’un état à un autre, celui qui va du passant au passeur. Ce passage est chemin de vie, une vie marquée par la subversion et l’opposition instituante à toutes formes d’oppression ; et si je me suis toujours opposé aux discours réifiants et aliénants, si j’ai toujours privilégié le « je » au trop suspect « on », et si j’ai eu la chance de rencontrer des passeurs d’avenir qui m’ont tiré vers le haut et m’ont aidé à faire advenir le sujet que j’étais ; à la longue, je suis aussi devenu un passeur, ce qui justifie à mon sens le sous-titre de l’ouvrage : « Passages…fragments instituants ». Derrière ce chaos apparent demeure un cheminement cohérent. Comme le disait le poète Bernard Dimey : « Quand j’ai bu, j’suis saoul mais logique ! »

Alors, en réponse au questionnement du lecteur potentiel, je dirais que ce livre nous parle du travail social et de la psychanalyse. Le corpus textuel, charpenté de chapitres, est entrecoupé et balisé par un intertexte autobiographique qui aborde les thèmes d’une vie socioprofessionnelle : le temps libre, le loisir, la supervision d’équipes,  le travail d’éducateur, la psychanalyse, l’idéologie funeste du néo capitalisme, les conduites riscogènes, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans grades », petites mains du travail social au service des personnes les plus vulnérables, c’est-à-dire les personnes très âgées.

Tout cela, inscrit dans le paysage d’un arrière-pays empreint par la tentation révolutionnaire, l’horizon des hautes montagnes et sa déraison ordalique, le risque de la folie et la pulsion de mort en butte à un instinct de vie inextinguible, chevillé au corps. Dans l’intertexte, ce livre raconte aussi le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ. »

 

 

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse, il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, Nîmes 2017.

 

 

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15 février 2020

Les petites mains du travail social

Depuis quelques années, j’anime un groupe de parole pour des aidantes à domicile, en milieu rural montagnard. Les commanditaires, c’est-à-dire l’employeur, ont nommé le dispositif « Analyse des pratiques » ; cet intitulé – appellation mal contrôlée – est maintenant plébiscité dans les établissements sociaux, au détriment de la notion de supervision, que je préfère, même si celle-ci n’est pas sans inconvénients sémantiques.

On peut le déplorer mais là n’est pas la question. Du travail de ces aidantes professionnelles, j’ai le désir d’en dire quelque chose qui ne participerait pas d’un « dit » d’une langue de boa politiquement correcte. Il faut bousculer les évidences aveuglantes, les tautologies et les lieux communs, au risque de déranger certaines représentations sociétales, qui confortent l’idéologie dominante.

Question d’éthique, encore et encore… « Qu’est-ce que j’fous là ? »…dans ma vie d’humain, quelles sont les logiques que je sers ? Lesquelles je dessers ? Voilà qui questionne le désir de chaque-un.

De par sa nature, le travail des AVS[1] est très singulier, il implique le franchissement des frontières de l’intime, et cette intervention régulière au sein de la sphère privée n’est pas anodine. Le domicile se confond le plus souvent avec l’identité, tant pour la personne âgée que pour son existence aux yeux de tous les autres. « Arranger » son chez-soi ressemble à un exercice personnel de souveraineté, le lieu de vie porte les marques de celui qui en est l’habitant. Lorsque la personne vieillissante devient de plus en plus hétéronome, lui est le plus souvent proposée – et parfois imposée par la famille – une possibilité d’aide à domicile. Cette intervention extérieure pourra être vécue de façon ambivalente, il y a à la fois une notion d’aide et d’intrusion. Les AVS expérimentées en sont conscientes, elles savent qu’il leur faut tenir compte des habitudes de vie des personnes, elles veilleront à ne rien bousculer, sauf si le cadre de vie pose des problèmes d’hygiène et de sécurité. Une aidante inexpérimentée, par excès de zèle, pourra générer une forme de maltraitance, en imposant son point de vue sans solliciter l’avis du sujet. Avec des personnes dont la conception de l’hygiène est très approximative, l’aidante évitera, au forçage, d’imposer des douches. Le discours professionnel rationnel et hygiéniste, pourrait disqualifier les désidératas du sujet, la relation d’aide devenant nocive pour les deux protagonistes ; comme quoi l’enfer est pavé de bonnes attentions…

La complexité de ce travail s’origine sur la nécessité d’avoir une posture professionnelle organisée et rationnelle (le pratico-pratique), tout en étant ouvert à l’altérité du sujet, réceptif à sa dimension humaine. Difficile d’être disponible à l’autre, à son écoute, avec des interventions de trente minutes ! Dans ces conditions, le « faire », vite expédié supplantera la dimension relationnelle, et chaque partie, à juste titre, en éprouvera du mécontentement.

Pour la majorité des bénéficiaires, ce qui compte est d’abord cette possibilité de vieillir chez soi, et non dans une institution. J’ai connu une personne très âgée, elle est décédée à 104 ans, et son désir profond, inébranlable, était d’éviter à tous prix la maison de retraite. « Agrippée » à son appartement, elle vivait une forme de placement à domicile. Dans son « trois pièces », et toute la journée, c’était un maelstrom d’aidants qui se croisaient : AVS, infirmière, kiné, femme de ménage, et beaucoup de voisins. Ainsi, si ces personnes âgées sont conscientisées quant à leurs difficultés et leur hétéronomie, elles redoutent que l’aide à domicile leur pose des problèmes, entrainant trop de changements dans leur équilibre vital ; cette homéostasie des grands adultes. Adulte : celui qui arrive ad ultima, au bout du chemin.

 En outre, les AVS travaillent seules et cette autonomie apparente qui pourrait être attractive n’est pas sans inconvénients. En l’absence de tiercéité, cette relation en huis clos est parfois étouffante, éprouvante, voire enfermante. L’AVS va « ramener » le bénéficiaire chez elle, en pensant à lui de manière obsessionnelle. Dans le travail à domicile, il n’y a pas – comme en EHPAD ou à l’hôpital - la dimension institutionnelle qui régule et codifie la nature des actes de l’aidance, il n’y a pas d’équipe étayante, ni de collègues pouvant intervenir en renfort, au cas où…et elles le vivent parfois comme une véritable déréliction. L’AVS est seule, confrontée souvent aux pathologies du grand vieillissement, devant faire face à des situations difficiles, être en capacité à prendre des initiatives, à mobiliser des compétences éclectiques et beaucoup de « savoir-être ».

Il peut arriver que l’AVS soit providentielle et prenne des initiatives vitales, ça me fait associer avec ce qu’avait raconté Estelle (professionnelle expérimentée d’une trentaine d’année), il y a déjà quelques temps. Intervenant chez une dame âgée pendant l’heure du déjeuner, elle arrive chez elle, sonne, mais comme personne ne répond, elle entre et trouve la vieille dame allongée sur son lit, en proie à un malaise. Elle se lève, mais se plaint d’avoir la tête qui tourne. Soudain, elle tombe en syncope, elle est par terre, les yeux exorbités, c’est très impressionnant. Estelle la met en position latérale de sécurité, veille sur sa ventilation, tout en s’entretenant au téléphone avec le médecin du SAMU. Après l’intervention et une hospitalisation en urgence, Estelle dira : « Ce n’était pas évident, je m’occupais d’elle, j’avais peur qu’elle meure, tout en parlant avec les secours au téléphone. Je me suis bien dépatouillée, j’ai eu les bons réflexes ».

Il faut réaliser que la session que j’encadre une fois par mois, onze mois par an, est la seule occasion pour ces professionnelles de rompre avec cet isolement et de se retrouver entre collègues, et de se parler. De ce fait, et cela dès la troisième session (c’était début 2015) j’ai instauré un quart d’heure de bavardage pendant lequel nous buvons ensemble le café. Cela m’amuse de penser que j’ai institué ce temps social pour ne pas perdre la face (celle du superviseur !), car j’ai très vite compris que de ce moment, elles en avaient besoin, et que pour preuve : elles s’en saisissaient, alors il fallait l’instituer, afin qu’il fasse partie du cadre, et c’est toujours le cas, cinq ans après, ce temps social est très riche et devenu pérenne. Si un jour, quelqu’un me remplace, il devra l’adopter. En analyse institutionnelle, c’est ce que l’on appelle un processus d’institutionnalisation.

Dans une posture de totale disponibilité, je les écoute évoquer des situations de travail , parler de certains bénéficiaires[2], se donner mutuellement des conseils ou des mises en garde ; et malgré les apparences de « café du commerce », elles sont déjà dans un processus d’élaboration et d’élucidation du réel. Un travail praxique où le réel est traité par le symbolique. Pendant ce temps privilégié, j’occupe la fonction « moins un » (Lacan et Oury), fonction vacuolaire de l’institution, occupant durant ce temps une place vide permettant qu’il y ait « du jeu » - et du désir. Ainsi, sur un échiquier, même chinois, il faut qu’il y ait une case vide si l’on veut bouger les pièces !

Une fois passé ce moment, par un glissement du « moins un » au « plus un », je reprends les rênes de la supervision, en recentrant gentiment le groupe sur l’objet de notre travail : l’impact sur les professionnelles de leur relation avec les bénéficiaires. C’est un travail qui procède de l’allégement émotionnel et psychique, comme quoi, le superviseur que j’incarne est l’ouvrier d’entretien de l’outil de travail, à savoir ces personnes de bonne volonté, « petites mains du travail social » à domicile. Ainsi, et je le vérifie souvent dans mes divers lieux d’intervention : il y a une parole qui soigne de surcroit, elle fait effet de corps, c’est la fonction orthopédique de la supervision clinique institutionnelle, ce traitement institutionnel du transfert.

C’est la sixième année que j’écoute ces professionnelles et je ne peux que souligner combien elles sont courageuses, investies, patientes, et bien souvent inventives. Revers de médaille : elles sont également épuisées, découragées, exploitées et même parfois humiliées, car leur travail n’est pas apprécié à sa juste valeur, et le niveau des rémunérations n’en est pas le seul signe.

Pour un salaire du niveau du SMIC, les aidantes permettent à des personnes parfois très âgées de maintenir leur existence à domicile. Elles suppléent à des tâches que ces personnes n’ont plus la force d’assumer : maintenir un logement dans un état salubre, s’occuper du linge et des repas, aller à l’extérieur pour des achats alimentaires, aider dans les démarches administratives, faire la conversation, voire s’immiscer dans l’intimité des corps par l’aide à la toilette. Les AVS sont au cœur de la fonction phorique (portage de l’autre) et pour vivre pleinement cette fonction phorique, il faut soi-même être porté (soutenu) par l’établissement-employeur. La question de ce portage interroge la manière dont une institution peut devenir un espace d’accueil de la souffrance psychique, liée aux situations de travail, parfois effrayantes. Les sessions de supervision, à condition qu’elles s’inscrivent dans la durée, peuvent être une modalité de cet accueil.

Par cette suppléance dans la vie quotidienne, elles repoussent les limites du placement en maison de retraite ou en EHPAD, le plus souvent ressenti comme une menace damocléenne par les bénéficiaires. Le « vivre chez soi » se confond avec l’identité, et perdre cette possibilité est un drame dépersonnalisant qui accélère le processus de vieillissement. En outre, il faut savoir que l’EHPAD pathologise, et ce ne sont pas les professionnelles de ces structures qui prétendront le contraire. La plupart voudrait éviter ça à leurs propres parents.

Avec ces interventions à domicile, nous sommes là au cœur de la relation d’aide et il s’agit à chaque fois d’une rencontre entre deux sujets porteurs de leur historicité[3], deux sujets singuliers qui au départ ne se sont pas choisis, mais qui peu à peu s’adaptent mutuellement à l’autre et finissent le plus souvent par s’apprivoiser. Bien sûr, il faut faire avec le Réel, parfois difficilement symbolisable, d’où l’importance d’une participation des professionnelles à ces instances de parole avec le tiers extérieur que je suis. Cette mise en acte de la parole fera sens et aidera l’aidant à domicile à se confronter au réel du grand vieillissement, tout ce qui nécessite le soin quotidien des corps défaillants, à la maladie, aux pulsions, et à tout ce que peut induire la relation de dépendance, laquelle, et qu’on le veuille ou non est potentiellement mortifère du fait de la dissymétrie des places : autonomie de l’un, hétéronomie de l’autre. Pour rester dans la bientraitance, l’AVS se conscientisera par rapport à cette dissymétrie des places de chacun.

Dans ce travail, il faut du soin et du lien. L’aide à domicile – métier quasiment neuf - inaugure une nouvelle clinique du lien social, et si cette profession – compte-tenu du vieillissement de la population - est souvent vantée comme métier d’avenir ; c’est que, et compte-tenu du niveau des rémunérations, le double discours hypocrite et sociétal est vraiment sans limites. Il n’en reste pas moins que les contours et les problématiques spécifiques à ce nouveau métier demeurent encore flous, ce qui nécessite maintenant une théorisation fondée sur les savoirs expérientiels des aidantes. L’aide à domicile est une praxis d’utilité sociale qui permet une prise en charge des personnes dépendantes, et cela au moindre coût. Le placement en institution a un coût social beaucoup plus important.

A leur insu, ces professionnelles sont dépositaires d’un savoir multiréférentiel, fondé sur l’expérience. Ce sont elles qui savent, et pas toujours les employeurs qui pour la plupart méconnaissent la réalité vécue par sa base, et sont, malgré leur bonne volonté, trop souvent encombrés d’endoxalite[4] chronique et de représentations normatives, voire bureaucratiques. Ces établissements (tous en concurrence, le vieillissement étant devenu un marché !) et autres grandes fédérations de l’aide à domicile auront beau essayer de normer ce métier dans des modélisations (la démarche-qualité en est un exemple paradigmatique !), ils n’y arrivent pas, car chaque situation étant unique, il est difficile de codifier. A minima, devrait être écrite une charte éthique à laquelle se référer. Dans bien des endroits, une telle charte permettrait aux jeunes professionnelles de s’orienter dans leur agir tout neuf.

L’aide à domicile procède d’une rencontre (la tuché aristotélicienne) entre deux sujets, entre deux histoires de vie, entre deux générations, qui vont essayer de mutuellement s’apprivoiser, de rechercher une collaboration la plus agréable possible, afin de contrer les effets délétères du vieillissement et de la dépendance. Souvent, la visite de l’AVS sera le point de repère le plus important de la journée, temps social unique où le bénéficiaire va vivre pendant un moment une relation humaine, pouvoir se confronter à de l’altérité. Il y a des personnes qui pendant des années ne sortent jamais de chez elles, ce qui n’est pas sans évoquer un placement…à domicile !

En outre, il faut savoir que c’est un travail qui expose les professionnelles à des risques. La confrontation quotidienne à la souffrance peut générer des effets insidieux que l’on pourra observer chez la plupart des aidantes. Mal de dos, angoisse de ne pas être à l’heure chez le bénéficiaire, routine ennuyeuse, sentiment fréquent de dévalorisation, irritabilité, fatigue chronique, dépression et son cortège de nuits d’insomnies…comme autant de conséquences de l’assomption de cette place singulière.

De ce mal-être, la plupart des établissements et fédérations d’aide à domicile n’en veulent rien savoir[5], et, si l’AVS se plaint, on la renverra à questionner son professionnalisme et sa responsabilité individuelle dans cette souffrance : pour être efficace, efficiente, l’aidante ne devra pas se disperser, s’en tenir au cadre, et éviter une relation trop personnelle avec le bénéficiaire, car il ne saurait y avoir de place pour les états d’âmes. Il y a en filigrane comme un slogan généralisé, un mot d’ordre princeps érigé en dogme : « Ne pas s’attacher aux bénéficiaires, éviter les émotions et les affects, se concentrer sur les tâches observables du quotidien, primat du « faire » au détriment de « l’être avec ». »

Cette consigne généralisée – injonction paradoxale - nie la dimension relationnelle, interdisant de fait aux aidantes d’exprimer librement leurs éprouvés, ne leur permettant pas d’évoquer l’aspect émotionnel pourtant consubstantiel à ce travail, que l’institué le veuille ou non. La dimension transférentielle est complètement occultée. Il me plait de penser que nous touchons là peut-être à la cause apocryphe de ces médiocres rémunérations, comme un leitmotiv enfoui dans l’inconscient institutionnel : la part relationnelle du travail n’étant pas reconnue, elle ne saurait donc être rémunérée. C’est en tous cas mon interprétation et, bien qu’iconoclaste et provocatrice, elle est partagée par les participantes du groupe de supervision, lequel, avec le temps, est devenu un groupe-sujet et instituant.

Ecoutons Amélie, AVS expérimentée, elle a une trentaine d’année : « Cette personne que je visite presque chaque jour pendant une heure, et depuis deux ans, est de plus en plus envahissante. Elle m’a dit : « Vous me faites penser à ma fille quand elle avait votre âge » ; et elle voudrait que je la rencontre. Elle m’a demandé ce que je faisais le week-end, et m’a proposé de venir boire le thé et jouer aux cartes, le dimanche après-midi. Lorsque j’arrive chez elle, elle est derrière la porte, c’est très intrusif. Elle dit : « Ah vous êtes là ! ». On a l’impression qu’elle m’attend comme le Messie. En même temps, elle est gentille, elle m’aime bien, je me sens attendue, désirée, elle me fait même la bise ! »

Voici une illustration d’un transfert, lequel, même s’il demeure le concept-clé de la psychanalyse, n’est pas l’apanage de la relation psychanalytique. Dès qu’il y a une relation humaine, il y a transfert, il sera positif ou négatif, et même parfois ambivalent. Il s’agit là d’un déplacement d’affects, ça se passe au niveau émotionnel, et dans ce transfert, le bénéficiaire assigne parfois l’aidante à une place singulière qui n’est pas sans rapports avec des prototypes infantiles réactivés dans la relation avec un sentiment d’actualité très marqué. Ces prototypes sont le plus souvent des imagos[6] maternelles ou paternelles, la relation inconsciente du sujet avec ses figures parentales réinvestie dans le transfert. Parfois, et comme nous l’avons vu, c’est l’inconscient à ciel ouvert : « Vous me faites penser à ma fille. »

C’est cette relation de dépendance qui fait le lit du transfert, c’est aussi parce que l’AVS incarne cette personne qui permet à une personne âgée de pouvoir vieillir chez elle, alors, pour quelqu’un de vulnérable et fragile, rivé à son domicile, c’est une place d’exception. Dans la conscientisation de cette relation transférentielle, l’aidante devra prendre garde à ses velléités d’omnipotence, et ne surtout pas s’identifier à cette professionnelle idéale qui comblerait tous les désirs du bénéficiaire. Elle devra assumer son incomplétude, accepter d’être parfois manquante, et veiller à ne pas se prendre pour un grand Autre tout puissant.

L’AVS est au cœur de l’intime du sujet, et dans toutes ses composantes. Elle sera souvent confidente, parfois témoin des dysfonctionnements familiaux, ou encore confrontée à des pulsions paroxystiques où elle se sentira – à juste titre – maltraitée. Lucie (aidante non diplômée, 40 ans) nous a raconté avec beaucoup d’émotion l’agression verbale dont elle fut victime de la part d’un bénéficiaire : « Je vais souvent chez Mr G., je l’emmène dans ma voiture faire des courses à la supérette. Nous rentrons, et je me lance dans le ménage. Mr G. est handicapé et le plus souvent en fauteuil roulant. Je dois aussi l’aider à s’habiller, je lui prépare ses repas, je fais la vaisselle, son lit, le linge. Mr G. a des problèmes d’élocution à cause de son dentier qui est inadapté, et comme je ne comprends pas toujours ce qu’il me dit, je le fais répéter et ça l’énerve. Hier, j’arrive chez lui, il est assis sur le canapé et ne répond pas à mon « bonjour ». J’ai senti que quelque chose n’allait pas. Il réclame son pantalon qui est sur l’étendage. Je lui amène, un peu décontenancée par son attitude de froideur. Hors de lui, d’un coup, il se met à hurler après moi. Je lui dis : « Mr G. il faut me parler plus gentiment ou je m’en vais ». Il me répond : « Si tu n’es pas capable de travailler, laisse ta place aux autres ! »

Alors, je suis partie, je me sentais mal, je n’avais pas pu faire mon travail. La bénéficiaire suivante fut un vrai soulagement tant elle fut accueillante avec moi, ça m’a peut-être empêché de démissionner. Ensuite, j’ai téléphoné au bureau pour les prévenir de l’incident. Elles m’ont dit : « tu n’iras plus chez lui. ». De toutes façons, je ne voulais plus y retourner mais je ne me sentais pas nette avec ce qu’il s’était passé, ça m’angoissait d’y penser. »

Il est indéniable que si la situation relationnelle s’est dégradée, ce n’était pas de son fait, et c’est pourtant encore elle qui culpabilise de n’avoir pas pu faire son travail ; comme quoi l’espace langagier de la supervision n’est pas un luxe, et qu’il minimise les risques psycho-sociaux au travail. Dans cette institution, c’est dans ce seul espace de supervision où la dimension relationnelle peut être au centre des interlocutions, en dehors, ce n’est jamais parlé. Cette méconnaissance de la dimension humaine dans l’aide à domicile accentue le sentiment d’indignité et de dévalorisation des aidantes. Elles ont souvent la conviction que l’établi voudrait les conforter dans un rôle de femmes de ménage, alors qu’elles font parfois face avec beaucoup de professionnalisme, à des situations très complexes, à des pathologies (mentales et/ou physiologiques) parfois très lourdes : démences séniles, psychoses vieillissantes, paraplégies, Alzheimer, Parkinson, scléroses en plaques ; les corps en délire, symptômes de ce détraquage de la vieillesse…en d’autres termes : entropie.

Ecoutons Christine (AVS, 50 ans, elle travaillait avant en CHRS), une femme d’expérience, animée d’une éthique de la bonne volonté qui honore ce métier. J’ai envie de dire qu’elle incarne ce métier dans ses plus hautes exigences, alors qu’elle se sent souvent dévalorisée dans ses savoirs et savoir-faire : « Une vieille dame avait reposé toute sa confiance en moi. Elle m’a mis dans une position de substitut parental, elle attendait tout de moi, elle était très demandeuse. Je lui faisais ses papiers, ses comptes. Elle fermait toutes ses portes à clés, et elle vérifiait sans cesse si les portes étaient fermées. Un jour, elle m’a accusé d’amener des araignées chez elle. Elle souffrait d’une pathologie mentale d’un type paranoïaque avec des délires de persécution. Il me fallait sans cesse la canaliser, faire diversion par rapport à ses obsessions ménagères. Je suis AVS, la formation m’a aidé, mais là, je n’en pouvais plus. J’ai demandé à des collègues de me relayer. Je devenais obsédée par elle. Alors, avec cette dame, j’ai décidé d’arrêter, j’étais trop impliquée, il fallait poser des limites. J’étais avec elle depuis quatre ans. Elle avait trouvé mon numéro de téléphone dans l’annuaire, elle voulait que je vienne la voir en dehors de mon temps de travail, elle m’en demandait de plus en plus, et en plus elle était excessive et maniaque. Un jour, j’ai failli être agressive avec elle, j’ai eu peur de devenir maltraitante, alors, j’ai arrêté. ».

Le travail à domicile est très singulier, et le franchissement des limites de l’intimité a des conséquences qu’il faut savoir apprécier, et parfois contrecarrer en disant « non ». Les professionnelles doivent apprendre à poser ces limites, et je pense notamment aux plus jeunes engagées dans ce métier, que l’on envoie le plus souvent « au front » et se retrouvent dans des situations complexes alors qu’elles ne connaissent rien. Ce que l’on ne ferait pas avec des bébés en crèche, pourquoi le fait-on couramment avec des personnes âgées ?

Les professionnelles doivent pouvoir opposer un « non » à des demandes excessives et non fondées, si elles veulent sauvegarder le cadre de l’intervention et si elles ne veulent pas s’épuiser et tomber malade. Le taux d’absentéisme pour maladie est d’ailleurs un bon indicateur de la souffrance au travail.

Quant à la dimension institutionnelle, elle se réduit au pragmatisme, au pratico-pratique (le « faire »), à la logistique, l’organisation et la gestion d’emplois du temps, et d’éventuels remplacements. Si ces prérogatives organisationnelles sont nécessaires, cela ne saurait suffire, et ce serait réducteur si l’on veut comprendre ce que l’on fait et si l’on veut donner sens à son action. On ne peut pas se limiter à une conception bureaucratique de l’aide à domicile, car il s’agit d’humains qui en rencontrent d’autres dans une relation d’étayage. L’établissement devrait produire du sens, se doter d’une charte éthique, et en proposer une lecture guidée aux nouvelles embauchées, susciter des questionnements, traiter chaque situation au cas par cas, montrer une direction afin de ne pas laisser dans la déréliction les aidantes dans la mise en œuvre de leur mission. Actuellement, et c’est cette période nihiliste qui l’induit, les institutions du médico-social sont ramenées à la peau de chagrin de l’établissement. On ne connait plus que la gestion, au détriment de l’humain. Il y a manifestement un manque d’ambition et beaucoup de pessimisme.

En outre, les temps d’aide à domicile accordés par l’allocation sont le plus souvent trop courts (voir le scandale de ces interventions de trente minutes !), dans le meilleur des cas, deux heures par jour pour des personnes dépendantes (GIR 1 et 2)[7],cumulant parfois des incapacités physiques et des problèmes psychiques. En outre, on peut déplorer le manque de formation des aidantes, si elles veulent appréhender correctement ce travail difficile et pénible, où se conjuguent les compétences aux multiples tâches de l’aidance ménagère, à une aptitude à aider les corps dans les gestes intimes de l’hygiène, à accueillir l’autre dans sa dimension psychique et ses débordements pulsionnels, par lequel le « savoir être avec » sera la pierre angulaire d’une véritable alliance.

Et dire que la plupart de ces établissements nient l’importance de l’aspect relationnel ! Le monde marche vraiment sur la tête ! Si ces constats renvoient à la responsabilité des associations d’aide à domicile, ça interpelle surtout l’Etat dont la main droite, technocratique, veut ignorer ce que fait la main gauche, c’est-à-dire les travailleurs sociaux. Dans l’idéal, compte tenu des enjeux liés au vieillissement de la population, il faudrait mettre en place des politique sociales ambitieuses, en phase avec les besoins des personnes. Comme le disait Aline hier, à la fin de la session de supervision : « On prolonge la vie des vieux, c’est bien, mais pourquoi faire ? Comment ? A quel prix ? C’est quoi, ce métier ? Il ne se réduit pas à du ménage ! »

La société va de plus en plus requérir les services de ces Auxiliaires de vie.  De toute urgence, ce travail devra à l’avenir être valorisé afin qu’il soit plus attractif, car le besoin de professionnelles sera de plus en plus important. Il faut que ce métier soit mieux considéré dans les représentations, les AVS ne sont pas des femmes de ménage ; dans le même mouvement de revalorisation, les salaires devront être réévalués à la hausse, être du même niveau que celui des Aides-soignantes. De même, il faudrait qu’il y ait plus de personnel pour avoir la possibilité de travailler en binôme face à des situations difficiles, et pouvoir prendre le temps nécessaire à la satisfaction des besoins des personnes aidées, ne plus, dans l’angoisse, être rivé à la montre, hanté par l’écoulement temporel. Dans cet idéal sociétal, ça voudrait dire que les « vieux » seraient mieux considérés. Or, nous vivons dans un monde d’images et de représentations, où l’on cultive l’illusion du jeunisme, et, au-delà des discours hypocrites des politiciens, il sera toujours préférable d’être blanc, jeune, riche, beau et bronzé toute l’année, plutôt que vieux, pauvre et arabe. Il est vrai que les vieux font un peu désordre, ils sont inesthétiques, improductifs, ils ne servent plus à rien, et pire, ils coûtent ! Alors on les relègue en institution, les plus chanceux resteront à domicile, il faut bien qu’ils soient quelque part.

Le problème est politique et dans une société fondée sur l’humain et non sur la gestion, nous pourrions vivre dans cette utopie créatrice qui nous permettrait de passer de la prise en charge à la prise en compte.[8]

Serge Didelet, psychanalyste, superviseur d’équipes, formateur. Membre de l'association l'@Psychanalyse.

 



[1] Un Auxiliaire de Vie Sociale (AVS) est un professionnel chargé d'aider une personne en difficulté, malade ou dépendante, à accomplir les tâches et activités de la vie quotidienne. Il lui apporte également un soutien moral dans sa vie de tous les jours.  Il existe une formation et un diplôme : le Diplôme d'État d'Auxiliaire de Vie Sociale.

 

[2] Bénéficiaire est l’expression consacrée, et elle est inappropriée. En EHPAD, il s’agit de résidents. A chacun son euphémisme. Le champ médico-social qui a peur des mots, adore les euphémisations. Bénéficiaire ? Le travail des AVS serait un bénéfice en nature ?

[3] L’historicité (phénoménologie) est la façon dont le sujet comprend son histoire. Il s’agit de l’ensemble des facteurs constituant l’histoire personnelle du sujet et la signification affective qu’il attribue aux évènements de celle-ci, d’où son importance en psychiatrie.

 

[4] L’endoxalite est un néologisme « Ouryen », c’est la soumission à la Doxa, à la pensée dominante, c’est-à-dire l’opinion publique. L’endoxalite est au service de l’idéologie dominante et va de pair avec la normopathie.

 

[5] Je n’évoque pas particulièrement l’établissement pour lequel je travaille comme superviseur, on peut déplorer que c’est un constat généralisable à la plupart des associations ou fédérations d’aide à domicile.

[6] Imago : prototype inconscient de personnages qui oriente électivement la façon dont le sujet va appréhender autrui. Il s’élabore dans la petite enfance et dans le milieu familial.

[7] Le GIR (groupe iso-ressources) correspond au niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée. Il existe six degrés, le GIR 1 est le niveau de perte d’autonomie le plus fort, le sujet est complètement hétéronome et le plus souvent grabataire.

[8] Où l’Aide à domicile aurait enfin ses lettres de noblesse

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16 novembre 2019

Un bon livre sur la psychanalyse...

 

« Eloge indocile de la psychanalyse » de Samuel Dock,

Editions Philippe Rey 2019.

 

            Je suis immergé depuis deux jours dans la lecture du dernier livre de Samuel Dock, et cette lecture, tout sauf soporifique, m’a stimulé au point d’en avoir le désir d’en dire quelque chose. Je précise que si je n’avais pas aimé ce livre, je n’en dirais rien, je ne suis pas de ceux qui tirent sur le pianiste…si le pianiste est sincère.            Outre l’introduction – qui m’a beaucoup touché tant nous partageons certaines convictions – ce livre m’est apparu comme un Abécédaire de métapsychologie freudo-lacanienne. Il s’agit d’un bon « balayage » des concepts les plus utiles en psychanalyse ; hormis ces manques : aliénation, privation, frustration, acting-out et passage à l’acte, idéologie, introjection, dissociation, objet @, topique et persona.

L’auteur connait certainement les raisons de cette incomplétude, il a du faire des choix, car il est vrai que c’est déjà un gros livre. Ainsi, ce livre, comme toute production humaine – une sublimation réussie – est manquant, ce qui n’est guère étonnant pour un livre qui traite de la psychanalyse. Enfin, ce livre est bien écrit, c’est du français bien châtié, pas de la langue de boa, ni de la novlangue, c’est attrayant, vivant ; accessible sans déraper dans la vulgarisation, rigoureux sans jargonner, il explicite avec clarté des concepts parfois difficiles, il y a du style, c’est une belle écriture et je m’y connais.

Aucun obscurantisme : certains psychanalystes qui sévissent sur les réseaux sociaux ou ailleurs feraient bien d’en prendre de la graine et, dans leur adresse à l’autre, s’affranchir de leur logomachie. Durant toute l’écriture de son livre, Samuel Dock a dû penser empathiquement à son lectorat en prenant garde à la lisibilité de son livre. Je suis content de l’avoir acquis, et je sais dès lors que cet ouvrage va avoir pour moi un statut un peu particulier. Je vais le garder quelques mois à portée de main, sur ma table de travail, parce que j’aurai le désir de m’y référer : en psychanalyse, je serai un éternel débutant vérifiant le bien fondé clinique de ses concepts. Merci donc pour ce livre intelligent qui fait du bien à la psychanalyse ; laquelle en a bien besoin, dans ce climat de chasse aux sorcières, d’inquisition, et de refus de l’intelligence.

Un bon livre, cet éloge indocile et instituant ; un livre qui dis « je »…

 

Serge Didelet le 15 novembre 2019

 

 

 

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09 novembre 2019

Séminaire 2020 à Sallanches

L’association l’@Psychanalyse organise le samedi 20 juin 2020 :

Un séminaire sur l’aliénation, à Sallanches, en Haute Savoie.

Il sera animé par Serge Didelet (Psychanalyste, superviseur d’équipes, formateur).

Pour cette cinquième année du séminaire de Sallanches, j’animerai cette journée sur le thème de l’aliénation, qu’elle soit sociale ou psychique. Pour la troisième fois, il s’agit d’un séminaire de Psychothérapie institutionnelle.

Idée directrice : L’aliénation est double : l’une – dans la lignée théorique de Freud et Lacan – par l’entrée du sujet dans l’ordre du langage et de la problématique du désir. L’autre – dans la lignée théorique de Marx – par l’entrée du sujet dans l’ordre social. Mais l’une ne va pas sans l’autre, même si leur logique n’est pas la même.

Contenus : Intervention didactique, lecture commentée de textes, échanges en référence à la pratique de chaque-un.

Participants : Toute personne intéressée par la psychanalyse et/ou la psychiatrie.

Lieu : Cabinet de psychanalyse, 23 rue de Savoie, 74700 Sallanches.

Horaires : 9h à 12h30 ; 14h à 17h30.

Participation financière : 40 euros.

Inscriptions : joindre un chèque d’arrhes de 15 euros à cette adresse :

Serge DIDELET 121 rue de l’Essert 74310 Les Houches.

 

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