PRAXIS 74 . Travail social et psychanalyse.

17 juillet 2020

A paraître dans l'été...

« Psychanalyse et question sociale »

                            « Passages…fragments instituants.         

 

Paraîtra au cours de l’été chez l’Harmattan

Avec une préface de Joseph Rouzel 

 

Ce livre, le deuxième de l’auteur, dans son désir de rencontre avec son lectorat, est un livre qui dit « je », c’est un ouvrage de sujet. Celui qui parle en son nom propre en est passé par la cure analytique, et, au terme de ce travail, n’est plus rempardé dans des défenses moïques imaginaires. Alors, l’écriture et le sujet se libèrent.

Deux corpus textuels charpentent ce livre un peu atypique : un intertexte autobiographique jalonne le texte de l’ouvrage, composé de chapitres thématiques chers à l’auteur : la supervision d’équipes et l’institution, le temps libéré, le travail d’éducateur, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans-grades », au service des personnes les plus vulnérables, les personnes très âgées, l’idéologie (funeste) managériale.

Ce livre nous parle de l’homme comme objet d’une double détermination : sociale et psychique.

L’homme qui marche sur deux jambes : Marx et Freud…

Avec, en filigrane, l’arrière-pays de l’auteur, marqué par la tentation révolutionnaire des années 70, l’horizon des hautes montagnes et la déraison ordalique, le risque de la folie et de la pulsion de mort, en butte à un instinct de vie inextinguible et chevillé au corps.

Dans cet intertexte foisonnant, l’auteur se livre en racontant le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ, mais où le sujet, au final, advint. C’est une histoire de passe, de passant, de passeur, de passages.

 

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse, il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, Nîmes 2017.

 

 

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14 juillet 2020

Il y a quatre ans à Nice : le choc du Réel...

Il y a quatre ans à Nice, un crétin pseudo djihadiste assassina 86 personnes au volant d’un 19 tonnes. Parmi eux, Pierre Hattermann, psychanalyste, psychologue clinicien, formateur et conférencier. Il fut mon psychanalyste, il devint mon ami, mon interlocuteur principal, un vrai complice. Je l’avais encore vu la veille de son départ en vacances ; il était si content de partir en Corse, en famille. Alors comme beaucoup d’autres, la veille de prendre la bateau, il est allé voir le feu d’artifice. C’était un beau soir d’été, un de ces soirs où l’idée même de mort est hors scène, obscène. Son épouse Françoise et son fils Elouan sont morts sur le coup. Pierre est resté trois semaines en réanimation et décédé le quatre août. La douceur entoura les derniers jours de Pierre. « Il se dégageait de lui quelque chose de magnifique, de puissant » raconta son frère, touché par l’empathie du personnel soignant de l’hôpital Pasteur de Nice.

Pierre était un fédérateur, il rassembla des gens très différents, il anima des collectifs, des lieux -ressources, il créa même un Centre de formation à la psychanalyse, et c’est en ce lieu que j’ai connu les prémices propédeutiques de ma formation de psychanalyste. Il a laissé un vide et certains collectifs n’ont pas survécu, la pulsion de mort fut la plus forte. Seul un groupe de lecture continue à se rencontrer mensuellement. Que dire de plus ? Peut-être que l’existence (trop brève) d’un Pierre Hattermann peut nous réconcilier avec l’idée d’humain, il avait tout pour lui, l’intelligence, la culture, la volonté de transmettre, et…une rare gentillesse.

A Nice, ce paysage de carte postale, je ne peux me résoudre à y retourner, l’asphalte saigne.

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06 juillet 2020

A lire durant l'été...

« Psychanalyse et question sociale »

                   « Passages…fragments instituants"         

 

Paraîtra au cours de l’été chez l’Harmattan

Avec une préface de Joseph Rouzel

 

 

« Ce livre nous parle du social et de la psychanalyse, et au bout du compte, nous parle de l’homme comme sujet d’une double détermination : sociale et psychique. Voilà pourquoi, à l’instar de Tosquelles et Oury, je marche sur deux jambes : Marx et Freud.  Le corpus textuel, charpenté de chapitres, est entrecoupé et balisé par un intertexte autobiographique qui aborde les thèmes d’une vie socioprofessionnelle : le temps libre, le loisir, la supervision d’équipes,  le travail d’éducateur, la psychanalyse, l’idéologie funeste du néo capitalisme, les conduites riscogènes, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans grades », au service des personnes les plus vulnérables, c’est-à-dire les personnes très âgées.

Tout cela, inscrit dans le paysage d’un arrière-pays empreint par la tentation révolutionnaire des années post-soixante-huit, l’horizon des hautes montagnes et sa déraison ordalique, le risque de la folie et la pulsion de mort, en butte à un instinct de vie inextinguible, chevillé au corps. Dans l’intertexte, ce livre raconte aussi le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ, mais où le sujet au final advint » 

 

 

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse, il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, Nîmes 2017.

 

 

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17 avril 2020

Quelques informations...

Depuis plus d’un mois, on ne saurait parler d’autre chose que du SARS-COV-2, irruption intempestive du Réel qui fait trou, effraction de ce trou-matisme, une béance que les personnes humaines s’efforcent de symboliser, de border, de comprendre, d’apprivoiser. Un Réel ayant des effets observables au niveau social, économique, culturel et psychique ; effets notamment du confinement, lequel, dans sa façon de le vivre, réactive des inégalités sociales flagrantes.

Tel un colosse aux pieds d’argile, la construction qu’était ma vie de superviseur, de formateur et de psychanalyste s’est provisoirement effondrée. Tous mes groupes de travail sont en arrêt, et je ne vois plus personne au cabinet, ce qui induit que je me sens un peu orphelin. Dans cette activité de « psychiste », je suis le désirant, non le désirable, et c’est une question éthique importante.

Par conséquent, je repousse d’une année mon séminaire annuel ; le séminaire sur l’aliénation, prévu le 20 juin de cette année aura lieu l’an prochain à la même période. Il faut dire que la conjoncture de crise sanitaire a impacté la motivation des sujets à s’engager pour cette journée, à ce jour, il n’y a que quatre inscrits alors qu’il en faudrait à minima une dizaine.

Il y aura des jours meilleurs. La preuve en est, puisque va paraître prochainement à l’Harmattan mon dernier livre :

« Psychanalyse et question sociale »

« Passages…fragments instituants »

…avec une préface de Joseph Rouzel.

 

« Ce présent texte s’inscrit dans le passage d’un état à un autre, celui qui va du passant au passeur. Ce passage est chemin de vie, une vie marquée par la subversion et l’opposition instituante à toutes formes d’oppression ; et si je me suis toujours opposé aux discours réifiants et aliénants, si j’ai toujours privilégié le « je » au trop suspect « on », et si j’ai eu la chance de rencontrer des passeurs d’avenir qui m’ont tiré vers le haut et m’ont aidé à faire advenir le sujet que j’étais ; à la longue, je suis aussi devenu un passeur, ce qui justifie à mon sens le sous-titre de l’ouvrage : « Passages…fragments instituants ». Derrière ce chaos apparent demeure un cheminement cohérent. Comme le disait le poète Bernard Dimey : « Quand j’ai bu, j’suis saoul mais logique ! »

Alors, en réponse au questionnement du lecteur potentiel, je dirais que ce livre nous parle du travail social et de la psychanalyse. Le corpus textuel, charpenté de chapitres, est entrecoupé et balisé par un intertexte autobiographique qui aborde les thèmes d’une vie socioprofessionnelle : le temps libre, le loisir, la supervision d’équipes,  le travail d’éducateur, la psychanalyse, l’idéologie funeste du néo capitalisme, les conduites riscogènes, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans grades », petites mains du travail social au service des personnes les plus vulnérables, c’est-à-dire les personnes très âgées.

Tout cela, inscrit dans le paysage d’un arrière-pays empreint par la tentation révolutionnaire, l’horizon des hautes montagnes et sa déraison ordalique, le risque de la folie et la pulsion de mort en butte à un instinct de vie inextinguible, chevillé au corps. Dans l’intertexte, ce livre raconte aussi le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ. »

 

 

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse, il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, Nîmes 2017.

 

 

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15 février 2020

Les petites mains du travail social

Depuis quelques années, j’anime un groupe de parole pour des aidantes à domicile, en milieu rural montagnard. Les commanditaires, c’est-à-dire l’employeur, ont nommé le dispositif « Analyse des pratiques » ; cet intitulé – appellation mal contrôlée – est maintenant plébiscité dans les établissements sociaux, au détriment de la notion de supervision, que je préfère, même si celle-ci n’est pas sans inconvénients sémantiques.

On peut le déplorer mais là n’est pas la question. Du travail de ces aidantes professionnelles, j’ai le désir d’en dire quelque chose qui ne participerait pas d’un « dit » d’une langue de boa politiquement correcte. Il faut bousculer les évidences aveuglantes, les tautologies et les lieux communs, au risque de déranger certaines représentations sociétales, qui confortent l’idéologie dominante.

Question d’éthique, encore et encore… « Qu’est-ce que j’fous là ? »…dans ma vie d’humain, quelles sont les logiques que je sers ? Lesquelles je dessers ? Voilà qui questionne le désir de chaque-un.

De par sa nature, le travail des AVS[1] est très singulier, il implique le franchissement des frontières de l’intime, et cette intervention régulière au sein de la sphère privée n’est pas anodine. Le domicile se confond le plus souvent avec l’identité, tant pour la personne âgée que pour son existence aux yeux de tous les autres. « Arranger » son chez-soi ressemble à un exercice personnel de souveraineté, le lieu de vie porte les marques de celui qui en est l’habitant. Lorsque la personne vieillissante devient de plus en plus hétéronome, lui est le plus souvent proposée – et parfois imposée par la famille – une possibilité d’aide à domicile. Cette intervention extérieure pourra être vécue de façon ambivalente, il y a à la fois une notion d’aide et d’intrusion. Les AVS expérimentées en sont conscientes, elles savent qu’il leur faut tenir compte des habitudes de vie des personnes, elles veilleront à ne rien bousculer, sauf si le cadre de vie pose des problèmes d’hygiène et de sécurité. Une aidante inexpérimentée, par excès de zèle, pourra générer une forme de maltraitance, en imposant son point de vue sans solliciter l’avis du sujet. Avec des personnes dont la conception de l’hygiène est très approximative, l’aidante évitera, au forçage, d’imposer des douches. Le discours professionnel rationnel et hygiéniste, pourrait disqualifier les désidératas du sujet, la relation d’aide devenant nocive pour les deux protagonistes ; comme quoi l’enfer est pavé de bonnes attentions…

La complexité de ce travail s’origine sur la nécessité d’avoir une posture professionnelle organisée et rationnelle (le pratico-pratique), tout en étant ouvert à l’altérité du sujet, réceptif à sa dimension humaine. Difficile d’être disponible à l’autre, à son écoute, avec des interventions de trente minutes ! Dans ces conditions, le « faire », vite expédié supplantera la dimension relationnelle, et chaque partie, à juste titre, en éprouvera du mécontentement.

Pour la majorité des bénéficiaires, ce qui compte est d’abord cette possibilité de vieillir chez soi, et non dans une institution. J’ai connu une personne très âgée, elle est décédée à 104 ans, et son désir profond, inébranlable, était d’éviter à tous prix la maison de retraite. « Agrippée » à son appartement, elle vivait une forme de placement à domicile. Dans son « trois pièces », et toute la journée, c’était un maelstrom d’aidants qui se croisaient : AVS, infirmière, kiné, femme de ménage, et beaucoup de voisins. Ainsi, si ces personnes âgées sont conscientisées quant à leurs difficultés et leur hétéronomie, elles redoutent que l’aide à domicile leur pose des problèmes, entrainant trop de changements dans leur équilibre vital ; cette homéostasie des grands adultes. Adulte : celui qui arrive ad ultima, au bout du chemin.

 En outre, les AVS travaillent seules et cette autonomie apparente qui pourrait être attractive n’est pas sans inconvénients. En l’absence de tiercéité, cette relation en huis clos est parfois étouffante, éprouvante, voire enfermante. L’AVS va « ramener » le bénéficiaire chez elle, en pensant à lui de manière obsessionnelle. Dans le travail à domicile, il n’y a pas – comme en EHPAD ou à l’hôpital - la dimension institutionnelle qui régule et codifie la nature des actes de l’aidance, il n’y a pas d’équipe étayante, ni de collègues pouvant intervenir en renfort, au cas où…et elles le vivent parfois comme une véritable déréliction. L’AVS est seule, confrontée souvent aux pathologies du grand vieillissement, devant faire face à des situations difficiles, être en capacité à prendre des initiatives, à mobiliser des compétences éclectiques et beaucoup de « savoir-être ».

Il peut arriver que l’AVS soit providentielle et prenne des initiatives vitales, ça me fait associer avec ce qu’avait raconté Estelle (professionnelle expérimentée d’une trentaine d’année), il y a déjà quelques temps. Intervenant chez une dame âgée pendant l’heure du déjeuner, elle arrive chez elle, sonne, mais comme personne ne répond, elle entre et trouve la vieille dame allongée sur son lit, en proie à un malaise. Elle se lève, mais se plaint d’avoir la tête qui tourne. Soudain, elle tombe en syncope, elle est par terre, les yeux exorbités, c’est très impressionnant. Estelle la met en position latérale de sécurité, veille sur sa ventilation, tout en s’entretenant au téléphone avec le médecin du SAMU. Après l’intervention et une hospitalisation en urgence, Estelle dira : « Ce n’était pas évident, je m’occupais d’elle, j’avais peur qu’elle meure, tout en parlant avec les secours au téléphone. Je me suis bien dépatouillée, j’ai eu les bons réflexes ».

Il faut réaliser que la session que j’encadre une fois par mois, onze mois par an, est la seule occasion pour ces professionnelles de rompre avec cet isolement et de se retrouver entre collègues, et de se parler. De ce fait, et cela dès la troisième session (c’était début 2015) j’ai instauré un quart d’heure de bavardage pendant lequel nous buvons ensemble le café. Cela m’amuse de penser que j’ai institué ce temps social pour ne pas perdre la face (celle du superviseur !), car j’ai très vite compris que de ce moment, elles en avaient besoin, et que pour preuve : elles s’en saisissaient, alors il fallait l’instituer, afin qu’il fasse partie du cadre, et c’est toujours le cas, cinq ans après, ce temps social est très riche et devenu pérenne. Si un jour, quelqu’un me remplace, il devra l’adopter. En analyse institutionnelle, c’est ce que l’on appelle un processus d’institutionnalisation.

Dans une posture de totale disponibilité, je les écoute évoquer des situations de travail , parler de certains bénéficiaires[2], se donner mutuellement des conseils ou des mises en garde ; et malgré les apparences de « café du commerce », elles sont déjà dans un processus d’élaboration et d’élucidation du réel. Un travail praxique où le réel est traité par le symbolique. Pendant ce temps privilégié, j’occupe la fonction « moins un » (Lacan et Oury), fonction vacuolaire de l’institution, occupant durant ce temps une place vide permettant qu’il y ait « du jeu » - et du désir. Ainsi, sur un échiquier, même chinois, il faut qu’il y ait une case vide si l’on veut bouger les pièces !

Une fois passé ce moment, par un glissement du « moins un » au « plus un », je reprends les rênes de la supervision, en recentrant gentiment le groupe sur l’objet de notre travail : l’impact sur les professionnelles de leur relation avec les bénéficiaires. C’est un travail qui procède de l’allégement émotionnel et psychique, comme quoi, le superviseur que j’incarne est l’ouvrier d’entretien de l’outil de travail, à savoir ces personnes de bonne volonté, « petites mains du travail social » à domicile. Ainsi, et je le vérifie souvent dans mes divers lieux d’intervention : il y a une parole qui soigne de surcroit, elle fait effet de corps, c’est la fonction orthopédique de la supervision clinique institutionnelle, ce traitement institutionnel du transfert.

C’est la sixième année que j’écoute ces professionnelles et je ne peux que souligner combien elles sont courageuses, investies, patientes, et bien souvent inventives. Revers de médaille : elles sont également épuisées, découragées, exploitées et même parfois humiliées, car leur travail n’est pas apprécié à sa juste valeur, et le niveau des rémunérations n’en est pas le seul signe.

Pour un salaire du niveau du SMIC, les aidantes permettent à des personnes parfois très âgées de maintenir leur existence à domicile. Elles suppléent à des tâches que ces personnes n’ont plus la force d’assumer : maintenir un logement dans un état salubre, s’occuper du linge et des repas, aller à l’extérieur pour des achats alimentaires, aider dans les démarches administratives, faire la conversation, voire s’immiscer dans l’intimité des corps par l’aide à la toilette. Les AVS sont au cœur de la fonction phorique (portage de l’autre) et pour vivre pleinement cette fonction phorique, il faut soi-même être porté (soutenu) par l’établissement-employeur. La question de ce portage interroge la manière dont une institution peut devenir un espace d’accueil de la souffrance psychique, liée aux situations de travail, parfois effrayantes. Les sessions de supervision, à condition qu’elles s’inscrivent dans la durée, peuvent être une modalité de cet accueil.

Par cette suppléance dans la vie quotidienne, elles repoussent les limites du placement en maison de retraite ou en EHPAD, le plus souvent ressenti comme une menace damocléenne par les bénéficiaires. Le « vivre chez soi » se confond avec l’identité, et perdre cette possibilité est un drame dépersonnalisant qui accélère le processus de vieillissement. En outre, il faut savoir que l’EHPAD pathologise, et ce ne sont pas les professionnelles de ces structures qui prétendront le contraire. La plupart voudrait éviter ça à leurs propres parents.

Avec ces interventions à domicile, nous sommes là au cœur de la relation d’aide et il s’agit à chaque fois d’une rencontre entre deux sujets porteurs de leur historicité[3], deux sujets singuliers qui au départ ne se sont pas choisis, mais qui peu à peu s’adaptent mutuellement à l’autre et finissent le plus souvent par s’apprivoiser. Bien sûr, il faut faire avec le Réel, parfois difficilement symbolisable, d’où l’importance d’une participation des professionnelles à ces instances de parole avec le tiers extérieur que je suis. Cette mise en acte de la parole fera sens et aidera l’aidant à domicile à se confronter au réel du grand vieillissement, tout ce qui nécessite le soin quotidien des corps défaillants, à la maladie, aux pulsions, et à tout ce que peut induire la relation de dépendance, laquelle, et qu’on le veuille ou non est potentiellement mortifère du fait de la dissymétrie des places : autonomie de l’un, hétéronomie de l’autre. Pour rester dans la bientraitance, l’AVS se conscientisera par rapport à cette dissymétrie des places de chacun.

Dans ce travail, il faut du soin et du lien. L’aide à domicile – métier quasiment neuf - inaugure une nouvelle clinique du lien social, et si cette profession – compte-tenu du vieillissement de la population - est souvent vantée comme métier d’avenir ; c’est que, et compte-tenu du niveau des rémunérations, le double discours hypocrite et sociétal est vraiment sans limites. Il n’en reste pas moins que les contours et les problématiques spécifiques à ce nouveau métier demeurent encore flous, ce qui nécessite maintenant une théorisation fondée sur les savoirs expérientiels des aidantes. L’aide à domicile est une praxis d’utilité sociale qui permet une prise en charge des personnes dépendantes, et cela au moindre coût. Le placement en institution a un coût social beaucoup plus important.

A leur insu, ces professionnelles sont dépositaires d’un savoir multiréférentiel, fondé sur l’expérience. Ce sont elles qui savent, et pas toujours les employeurs qui pour la plupart méconnaissent la réalité vécue par sa base, et sont, malgré leur bonne volonté, trop souvent encombrés d’endoxalite[4] chronique et de représentations normatives, voire bureaucratiques. Ces établissements (tous en concurrence, le vieillissement étant devenu un marché !) et autres grandes fédérations de l’aide à domicile auront beau essayer de normer ce métier dans des modélisations (la démarche-qualité en est un exemple paradigmatique !), ils n’y arrivent pas, car chaque situation étant unique, il est difficile de codifier. A minima, devrait être écrite une charte éthique à laquelle se référer. Dans bien des endroits, une telle charte permettrait aux jeunes professionnelles de s’orienter dans leur agir tout neuf.

L’aide à domicile procède d’une rencontre (la tuché aristotélicienne) entre deux sujets, entre deux histoires de vie, entre deux générations, qui vont essayer de mutuellement s’apprivoiser, de rechercher une collaboration la plus agréable possible, afin de contrer les effets délétères du vieillissement et de la dépendance. Souvent, la visite de l’AVS sera le point de repère le plus important de la journée, temps social unique où le bénéficiaire va vivre pendant un moment une relation humaine, pouvoir se confronter à de l’altérité. Il y a des personnes qui pendant des années ne sortent jamais de chez elles, ce qui n’est pas sans évoquer un placement…à domicile !

En outre, il faut savoir que c’est un travail qui expose les professionnelles à des risques. La confrontation quotidienne à la souffrance peut générer des effets insidieux que l’on pourra observer chez la plupart des aidantes. Mal de dos, angoisse de ne pas être à l’heure chez le bénéficiaire, routine ennuyeuse, sentiment fréquent de dévalorisation, irritabilité, fatigue chronique, dépression et son cortège de nuits d’insomnies…comme autant de conséquences de l’assomption de cette place singulière.

De ce mal-être, la plupart des établissements et fédérations d’aide à domicile n’en veulent rien savoir[5], et, si l’AVS se plaint, on la renverra à questionner son professionnalisme et sa responsabilité individuelle dans cette souffrance : pour être efficace, efficiente, l’aidante ne devra pas se disperser, s’en tenir au cadre, et éviter une relation trop personnelle avec le bénéficiaire, car il ne saurait y avoir de place pour les états d’âmes. Il y a en filigrane comme un slogan généralisé, un mot d’ordre princeps érigé en dogme : « Ne pas s’attacher aux bénéficiaires, éviter les émotions et les affects, se concentrer sur les tâches observables du quotidien, primat du « faire » au détriment de « l’être avec ». »

Cette consigne généralisée – injonction paradoxale - nie la dimension relationnelle, interdisant de fait aux aidantes d’exprimer librement leurs éprouvés, ne leur permettant pas d’évoquer l’aspect émotionnel pourtant consubstantiel à ce travail, que l’institué le veuille ou non. La dimension transférentielle est complètement occultée. Il me plait de penser que nous touchons là peut-être à la cause apocryphe de ces médiocres rémunérations, comme un leitmotiv enfoui dans l’inconscient institutionnel : la part relationnelle du travail n’étant pas reconnue, elle ne saurait donc être rémunérée. C’est en tous cas mon interprétation et, bien qu’iconoclaste et provocatrice, elle est partagée par les participantes du groupe de supervision, lequel, avec le temps, est devenu un groupe-sujet et instituant.

Ecoutons Amélie, AVS expérimentée, elle a une trentaine d’année : « Cette personne que je visite presque chaque jour pendant une heure, et depuis deux ans, est de plus en plus envahissante. Elle m’a dit : « Vous me faites penser à ma fille quand elle avait votre âge » ; et elle voudrait que je la rencontre. Elle m’a demandé ce que je faisais le week-end, et m’a proposé de venir boire le thé et jouer aux cartes, le dimanche après-midi. Lorsque j’arrive chez elle, elle est derrière la porte, c’est très intrusif. Elle dit : « Ah vous êtes là ! ». On a l’impression qu’elle m’attend comme le Messie. En même temps, elle est gentille, elle m’aime bien, je me sens attendue, désirée, elle me fait même la bise ! »

Voici une illustration d’un transfert, lequel, même s’il demeure le concept-clé de la psychanalyse, n’est pas l’apanage de la relation psychanalytique. Dès qu’il y a une relation humaine, il y a transfert, il sera positif ou négatif, et même parfois ambivalent. Il s’agit là d’un déplacement d’affects, ça se passe au niveau émotionnel, et dans ce transfert, le bénéficiaire assigne parfois l’aidante à une place singulière qui n’est pas sans rapports avec des prototypes infantiles réactivés dans la relation avec un sentiment d’actualité très marqué. Ces prototypes sont le plus souvent des imagos[6] maternelles ou paternelles, la relation inconsciente du sujet avec ses figures parentales réinvestie dans le transfert. Parfois, et comme nous l’avons vu, c’est l’inconscient à ciel ouvert : « Vous me faites penser à ma fille. »

C’est cette relation de dépendance qui fait le lit du transfert, c’est aussi parce que l’AVS incarne cette personne qui permet à une personne âgée de pouvoir vieillir chez elle, alors, pour quelqu’un de vulnérable et fragile, rivé à son domicile, c’est une place d’exception. Dans la conscientisation de cette relation transférentielle, l’aidante devra prendre garde à ses velléités d’omnipotence, et ne surtout pas s’identifier à cette professionnelle idéale qui comblerait tous les désirs du bénéficiaire. Elle devra assumer son incomplétude, accepter d’être parfois manquante, et veiller à ne pas se prendre pour un grand Autre tout puissant.

L’AVS est au cœur de l’intime du sujet, et dans toutes ses composantes. Elle sera souvent confidente, parfois témoin des dysfonctionnements familiaux, ou encore confrontée à des pulsions paroxystiques où elle se sentira – à juste titre – maltraitée. Lucie (aidante non diplômée, 40 ans) nous a raconté avec beaucoup d’émotion l’agression verbale dont elle fut victime de la part d’un bénéficiaire : « Je vais souvent chez Mr G., je l’emmène dans ma voiture faire des courses à la supérette. Nous rentrons, et je me lance dans le ménage. Mr G. est handicapé et le plus souvent en fauteuil roulant. Je dois aussi l’aider à s’habiller, je lui prépare ses repas, je fais la vaisselle, son lit, le linge. Mr G. a des problèmes d’élocution à cause de son dentier qui est inadapté, et comme je ne comprends pas toujours ce qu’il me dit, je le fais répéter et ça l’énerve. Hier, j’arrive chez lui, il est assis sur le canapé et ne répond pas à mon « bonjour ». J’ai senti que quelque chose n’allait pas. Il réclame son pantalon qui est sur l’étendage. Je lui amène, un peu décontenancée par son attitude de froideur. Hors de lui, d’un coup, il se met à hurler après moi. Je lui dis : « Mr G. il faut me parler plus gentiment ou je m’en vais ». Il me répond : « Si tu n’es pas capable de travailler, laisse ta place aux autres ! »

Alors, je suis partie, je me sentais mal, je n’avais pas pu faire mon travail. La bénéficiaire suivante fut un vrai soulagement tant elle fut accueillante avec moi, ça m’a peut-être empêché de démissionner. Ensuite, j’ai téléphoné au bureau pour les prévenir de l’incident. Elles m’ont dit : « tu n’iras plus chez lui. ». De toutes façons, je ne voulais plus y retourner mais je ne me sentais pas nette avec ce qu’il s’était passé, ça m’angoissait d’y penser. »

Il est indéniable que si la situation relationnelle s’est dégradée, ce n’était pas de son fait, et c’est pourtant encore elle qui culpabilise de n’avoir pas pu faire son travail ; comme quoi l’espace langagier de la supervision n’est pas un luxe, et qu’il minimise les risques psycho-sociaux au travail. Dans cette institution, c’est dans ce seul espace de supervision où la dimension relationnelle peut être au centre des interlocutions, en dehors, ce n’est jamais parlé. Cette méconnaissance de la dimension humaine dans l’aide à domicile accentue le sentiment d’indignité et de dévalorisation des aidantes. Elles ont souvent la conviction que l’établi voudrait les conforter dans un rôle de femmes de ménage, alors qu’elles font parfois face avec beaucoup de professionnalisme, à des situations très complexes, à des pathologies (mentales et/ou physiologiques) parfois très lourdes : démences séniles, psychoses vieillissantes, paraplégies, Alzheimer, Parkinson, scléroses en plaques ; les corps en délire, symptômes de ce détraquage de la vieillesse…en d’autres termes : entropie.

Ecoutons Christine (AVS, 50 ans, elle travaillait avant en CHRS), une femme d’expérience, animée d’une éthique de la bonne volonté qui honore ce métier. J’ai envie de dire qu’elle incarne ce métier dans ses plus hautes exigences, alors qu’elle se sent souvent dévalorisée dans ses savoirs et savoir-faire : « Une vieille dame avait reposé toute sa confiance en moi. Elle m’a mis dans une position de substitut parental, elle attendait tout de moi, elle était très demandeuse. Je lui faisais ses papiers, ses comptes. Elle fermait toutes ses portes à clés, et elle vérifiait sans cesse si les portes étaient fermées. Un jour, elle m’a accusé d’amener des araignées chez elle. Elle souffrait d’une pathologie mentale d’un type paranoïaque avec des délires de persécution. Il me fallait sans cesse la canaliser, faire diversion par rapport à ses obsessions ménagères. Je suis AVS, la formation m’a aidé, mais là, je n’en pouvais plus. J’ai demandé à des collègues de me relayer. Je devenais obsédée par elle. Alors, avec cette dame, j’ai décidé d’arrêter, j’étais trop impliquée, il fallait poser des limites. J’étais avec elle depuis quatre ans. Elle avait trouvé mon numéro de téléphone dans l’annuaire, elle voulait que je vienne la voir en dehors de mon temps de travail, elle m’en demandait de plus en plus, et en plus elle était excessive et maniaque. Un jour, j’ai failli être agressive avec elle, j’ai eu peur de devenir maltraitante, alors, j’ai arrêté. ».

Le travail à domicile est très singulier, et le franchissement des limites de l’intimité a des conséquences qu’il faut savoir apprécier, et parfois contrecarrer en disant « non ». Les professionnelles doivent apprendre à poser ces limites, et je pense notamment aux plus jeunes engagées dans ce métier, que l’on envoie le plus souvent « au front » et se retrouvent dans des situations complexes alors qu’elles ne connaissent rien. Ce que l’on ne ferait pas avec des bébés en crèche, pourquoi le fait-on couramment avec des personnes âgées ?

Les professionnelles doivent pouvoir opposer un « non » à des demandes excessives et non fondées, si elles veulent sauvegarder le cadre de l’intervention et si elles ne veulent pas s’épuiser et tomber malade. Le taux d’absentéisme pour maladie est d’ailleurs un bon indicateur de la souffrance au travail.

Quant à la dimension institutionnelle, elle se réduit au pragmatisme, au pratico-pratique (le « faire »), à la logistique, l’organisation et la gestion d’emplois du temps, et d’éventuels remplacements. Si ces prérogatives organisationnelles sont nécessaires, cela ne saurait suffire, et ce serait réducteur si l’on veut comprendre ce que l’on fait et si l’on veut donner sens à son action. On ne peut pas se limiter à une conception bureaucratique de l’aide à domicile, car il s’agit d’humains qui en rencontrent d’autres dans une relation d’étayage. L’établissement devrait produire du sens, se doter d’une charte éthique, et en proposer une lecture guidée aux nouvelles embauchées, susciter des questionnements, traiter chaque situation au cas par cas, montrer une direction afin de ne pas laisser dans la déréliction les aidantes dans la mise en œuvre de leur mission. Actuellement, et c’est cette période nihiliste qui l’induit, les institutions du médico-social sont ramenées à la peau de chagrin de l’établissement. On ne connait plus que la gestion, au détriment de l’humain. Il y a manifestement un manque d’ambition et beaucoup de pessimisme.

En outre, les temps d’aide à domicile accordés par l’allocation sont le plus souvent trop courts (voir le scandale de ces interventions de trente minutes !), dans le meilleur des cas, deux heures par jour pour des personnes dépendantes (GIR 1 et 2)[7],cumulant parfois des incapacités physiques et des problèmes psychiques. En outre, on peut déplorer le manque de formation des aidantes, si elles veulent appréhender correctement ce travail difficile et pénible, où se conjuguent les compétences aux multiples tâches de l’aidance ménagère, à une aptitude à aider les corps dans les gestes intimes de l’hygiène, à accueillir l’autre dans sa dimension psychique et ses débordements pulsionnels, par lequel le « savoir être avec » sera la pierre angulaire d’une véritable alliance.

Et dire que la plupart de ces établissements nient l’importance de l’aspect relationnel ! Le monde marche vraiment sur la tête ! Si ces constats renvoient à la responsabilité des associations d’aide à domicile, ça interpelle surtout l’Etat dont la main droite, technocratique, veut ignorer ce que fait la main gauche, c’est-à-dire les travailleurs sociaux. Dans l’idéal, compte tenu des enjeux liés au vieillissement de la population, il faudrait mettre en place des politique sociales ambitieuses, en phase avec les besoins des personnes. Comme le disait Aline hier, à la fin de la session de supervision : « On prolonge la vie des vieux, c’est bien, mais pourquoi faire ? Comment ? A quel prix ? C’est quoi, ce métier ? Il ne se réduit pas à du ménage ! »

La société va de plus en plus requérir les services de ces Auxiliaires de vie.  De toute urgence, ce travail devra à l’avenir être valorisé afin qu’il soit plus attractif, car le besoin de professionnelles sera de plus en plus important. Il faut que ce métier soit mieux considéré dans les représentations, les AVS ne sont pas des femmes de ménage ; dans le même mouvement de revalorisation, les salaires devront être réévalués à la hausse, être du même niveau que celui des Aides-soignantes. De même, il faudrait qu’il y ait plus de personnel pour avoir la possibilité de travailler en binôme face à des situations difficiles, et pouvoir prendre le temps nécessaire à la satisfaction des besoins des personnes aidées, ne plus, dans l’angoisse, être rivé à la montre, hanté par l’écoulement temporel. Dans cet idéal sociétal, ça voudrait dire que les « vieux » seraient mieux considérés. Or, nous vivons dans un monde d’images et de représentations, où l’on cultive l’illusion du jeunisme, et, au-delà des discours hypocrites des politiciens, il sera toujours préférable d’être blanc, jeune, riche, beau et bronzé toute l’année, plutôt que vieux, pauvre et arabe. Il est vrai que les vieux font un peu désordre, ils sont inesthétiques, improductifs, ils ne servent plus à rien, et pire, ils coûtent ! Alors on les relègue en institution, les plus chanceux resteront à domicile, il faut bien qu’ils soient quelque part.

Le problème est politique et dans une société fondée sur l’humain et non sur la gestion, nous pourrions vivre dans cette utopie créatrice qui nous permettrait de passer de la prise en charge à la prise en compte.[8]

Serge Didelet, psychanalyste, superviseur d’équipes, formateur. Membre de l'association l'@Psychanalyse.

 



[1] Un Auxiliaire de Vie Sociale (AVS) est un professionnel chargé d'aider une personne en difficulté, malade ou dépendante, à accomplir les tâches et activités de la vie quotidienne. Il lui apporte également un soutien moral dans sa vie de tous les jours.  Il existe une formation et un diplôme : le Diplôme d'État d'Auxiliaire de Vie Sociale.

 

[2] Bénéficiaire est l’expression consacrée, et elle est inappropriée. En EHPAD, il s’agit de résidents. A chacun son euphémisme. Le champ médico-social qui a peur des mots, adore les euphémisations. Bénéficiaire ? Le travail des AVS serait un bénéfice en nature ?

[3] L’historicité (phénoménologie) est la façon dont le sujet comprend son histoire. Il s’agit de l’ensemble des facteurs constituant l’histoire personnelle du sujet et la signification affective qu’il attribue aux évènements de celle-ci, d’où son importance en psychiatrie.

 

[4] L’endoxalite est un néologisme « Ouryen », c’est la soumission à la Doxa, à la pensée dominante, c’est-à-dire l’opinion publique. L’endoxalite est au service de l’idéologie dominante et va de pair avec la normopathie.

 

[5] Je n’évoque pas particulièrement l’établissement pour lequel je travaille comme superviseur, on peut déplorer que c’est un constat généralisable à la plupart des associations ou fédérations d’aide à domicile.

[6] Imago : prototype inconscient de personnages qui oriente électivement la façon dont le sujet va appréhender autrui. Il s’élabore dans la petite enfance et dans le milieu familial.

[7] Le GIR (groupe iso-ressources) correspond au niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée. Il existe six degrés, le GIR 1 est le niveau de perte d’autonomie le plus fort, le sujet est complètement hétéronome et le plus souvent grabataire.

[8] Où l’Aide à domicile aurait enfin ses lettres de noblesse

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16 novembre 2019

Un bon livre sur la psychanalyse...

 

« Eloge indocile de la psychanalyse » de Samuel Dock,

Editions Philippe Rey 2019.

 

            Je suis immergé depuis deux jours dans la lecture du dernier livre de Samuel Dock, et cette lecture, tout sauf soporifique, m’a stimulé au point d’en avoir le désir d’en dire quelque chose. Je précise que si je n’avais pas aimé ce livre, je n’en dirais rien, je ne suis pas de ceux qui tirent sur le pianiste…si le pianiste est sincère.            Outre l’introduction – qui m’a beaucoup touché tant nous partageons certaines convictions – ce livre m’est apparu comme un Abécédaire de métapsychologie freudo-lacanienne. Il s’agit d’un bon « balayage » des concepts les plus utiles en psychanalyse ; hormis ces manques : aliénation, privation, frustration, acting-out et passage à l’acte, idéologie, introjection, dissociation, objet @, topique et persona.

L’auteur connait certainement les raisons de cette incomplétude, il a du faire des choix, car il est vrai que c’est déjà un gros livre. Ainsi, ce livre, comme toute production humaine – une sublimation réussie – est manquant, ce qui n’est guère étonnant pour un livre qui traite de la psychanalyse. Enfin, ce livre est bien écrit, c’est du français bien châtié, pas de la langue de boa, ni de la novlangue, c’est attrayant, vivant ; accessible sans déraper dans la vulgarisation, rigoureux sans jargonner, il explicite avec clarté des concepts parfois difficiles, il y a du style, c’est une belle écriture et je m’y connais.

Aucun obscurantisme : certains psychanalystes qui sévissent sur les réseaux sociaux ou ailleurs feraient bien d’en prendre de la graine et, dans leur adresse à l’autre, s’affranchir de leur logomachie. Durant toute l’écriture de son livre, Samuel Dock a dû penser empathiquement à son lectorat en prenant garde à la lisibilité de son livre. Je suis content de l’avoir acquis, et je sais dès lors que cet ouvrage va avoir pour moi un statut un peu particulier. Je vais le garder quelques mois à portée de main, sur ma table de travail, parce que j’aurai le désir de m’y référer : en psychanalyse, je serai un éternel débutant vérifiant le bien fondé clinique de ses concepts. Merci donc pour ce livre intelligent qui fait du bien à la psychanalyse ; laquelle en a bien besoin, dans ce climat de chasse aux sorcières, d’inquisition, et de refus de l’intelligence.

Un bon livre, cet éloge indocile et instituant ; un livre qui dis « je »…

 

Serge Didelet le 15 novembre 2019

 

 

 

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09 novembre 2019

Séminaire 2020 à Sallanches

L’association l’@Psychanalyse organise le samedi 20 juin 2020 :

Un séminaire sur l’aliénation, à Sallanches, en Haute Savoie.

Il sera animé par Serge Didelet (Psychanalyste, superviseur d’équipes, formateur).

Pour cette cinquième année du séminaire de Sallanches, j’animerai cette journée sur le thème de l’aliénation, qu’elle soit sociale ou psychique. Pour la troisième fois, il s’agit d’un séminaire de Psychothérapie institutionnelle.

Idée directrice : L’aliénation est double : l’une – dans la lignée théorique de Freud et Lacan – par l’entrée du sujet dans l’ordre du langage et de la problématique du désir. L’autre – dans la lignée théorique de Marx – par l’entrée du sujet dans l’ordre social. Mais l’une ne va pas sans l’autre, même si leur logique n’est pas la même.

Contenus : Intervention didactique, lecture commentée de textes, échanges en référence à la pratique de chaque-un.

Participants : Toute personne intéressée par la psychanalyse et/ou la psychiatrie.

Lieu : Cabinet de psychanalyse, 23 rue de Savoie, 74700 Sallanches.

Horaires : 9h à 12h30 ; 14h à 17h30.

Participation financière : 40 euros.

Inscriptions : joindre un chèque d’arrhes de 15 euros à cette adresse :

Serge DIDELET 121 rue de l’Essert 74310 Les Houches.

 

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27 octobre 2019

Idéologie, société, et inconscient freudien

 

En ces temps de néocapitalisme triomphant, le signifiant idéologie pourrait sembler désuet, voire douteux ou suspect. A la fin des années 80, la Doxa n’avait-t-elle pas annoncé la mort des idéologies ? Annoncer le déclin des idéologies, c’est plus que jamais de l’idéologie, laquelle avance toujours masquée. Cette annonce, largement relayée par les médias, était de la poudre aux yeux ; les détenteurs apocryphes du pouvoir planétaire voulaient surtout se débarrasser (enfin !) du marxisme, cette épine dans le pied du « talon de fer » capitaliste, pour faire un clin d’œil à l’homme admirable que fut Jack London. Annoncer qu’il n’y a plus d’idéologie, c’est, en filigrane acter le fait qu’il n’y en aurait plus qu’une seule, d’idéologie, désirable, viable et vendable ; une idéologie aboutissant à une pensée unique qui est celle du discours du capitaliste, par laquelle, l’agent, sujet de l’individuel[1], doit courir sans cesse après la queue de la comète de l’objet cause du désir, c’est-à-dire ce que nous appelons l’objet @, grâce à l’inventivité de Jacques Lacan. En d’autres termes, les individus de 2019 sont sommés de jouir, c’est-à-dire de consommer ; et cette jouissance sans limites – Cet au-delà du principe de plaisir [2]- l’a emporté sur le désir, lequel est toujours marqué par l’absence et le manque à être. Comme le disait le psychanalyste Charles Melman[3] en 2002 : « Nous avons affaire à une mutation qui nous fait passer d’une économie organisée par le refoulement, à une économie organisée par l’exhibition de la jouissance. Il n’est plus possible aujourd’hui d’ouvrir un magazine, d’admirer des personnages ou des héros de notre société, sans qu’ils soient marqués par l’état spécifique d’une exhibition de la jouissance. »[4]

Ce début de troisième millénaire porte l’empreinte de la perversion, alors que les siècles précédents fonctionnaient au refoulement, ce qui pouvait s’illustrer, à l’époque, par une généralisation des névroses ; ces états cliniques s’apparentant à une normalité médiane, résultante du conflit permanent entre le pôle pulsionnel et le Sur Moi de chaque sujet. Cette propension à la perversion a une incidence sur la clinique, dans le huis clos des alliances thérapeutiques. Pour en avoir parlé avec certains de mes ainés,  je sais que les psychanalystes les plus expérimentés constatent combien les patients ont changé dans leurs demandes et leurs symptômes. Faudrait-il déconstruire la psychanalyse ? Déconstruire ne veut pas dire détruire ; il s’agit de mettre à plat, de problématiser, d’interroger, de définir, d’identifier, un peu comme un gosse qui démonterait un jouet afin d’en comprendre le fonctionnement. Comme la psychanalyse n’est pas une praxis achevée et verrouillée sur elle-même, les psychanalystes de bonne volonté (et j’en connais) consentent à un effort théorique d’adaptation, sachant que « la donne » n’est plus la même qu’à Vienne, en 1920, ni même qu’à Paris en 1970.

 Nous sommes donc passé de l’ère névrotique à l’ère de la perversion, dans la mesure où la perversion ne tient pas compte de la castration. Comme le disait si justement ce même C. Melman : « Pour le névrosé tout objet se présente sur fond d’absence, c’est ce que les psychanalystes appellent la castration. Le pervers, quant à lui, va mettre l’accent exclusivement sur la saisie de l’objet, il refuse de l’abandonner. Et il entre de ce fait dans une économie qui va le plonger dans une forme de dépendance vis-à-vis de cet objet, différente de de celle que connait « le normal », autrement dit, le névrosé. »[5]

A l’inverse du psychotique qui a l’objet du désir dans la poche, le pervers n’ignore pas la castration, mais il la contourne. Jouissance objectale et perversion sont les deux mamelles-matrices de la société macronique. Elles s’inscrivent même dans les relations sociales et professionnelles, voire dans les relations amoureuses ; c’est observable, comment maintenant l’individu, et le plus souvent, n’hésitera pas à « jeter » son (ou sa) partenaire jugé(e) insuffisant(e), comme un objet obsolète qui a fait son temps, c’est-à-dire un déchet, puisque tous les objets sont remplaçables et interchangeables. Cette société est une fabrique d’obsolescence où les humains sont sérialisés, chosifiés, instrumentalisés, marchandisés ; en un mot : aliénés.

Voici venu le temps des assassins dirait Arthur Rimbaud…

En tant que déchet, je sais de quoi je parle, et de l’érosion du Moi qui l’accompagne lorsque l’ombre portée de l’objet perdu fait de vous son captif…mais je m’égare, et pourquoi, impromptu, l’éternel retour de cette question, alors que j’ai auparavant supprimé un chapitre entier lui étant consacré ? Il faudrait écrire avec un sabre de ninja, trancher dans le vif du sujet, car il faut bien en finir, surtout à mon âge, avec cette réitération du m’aime ! Dans cette société de gagneurs en exhibition phallique, le perdant est celui qui s’expose au manque, alors que chaque-un peut devenir milliardaire, et quand, pour trouver un emploi, il suffit de traverser la rue ! Tout est là, rien ne saurait manquer ! A quarante ans, si tu n’as pas créé ta « startup », tu n’es rien ! Le pauvre est un perdant, un incompétent à rééduquer, il sera stigmatisé, culpabilisé ; car ce qu’il vit, c’est de sa responsabilité, et ça, croyez-moi, les amis, c’est vraiment de l’idéologie ! Une représentation que l’établi voudrait comme collective. En 2019, les grandes figures paradigmatiques du marxisme – le couple d’opposition « bourgeois et prolétaires » – seraient dépassées par celles de « L’assisté au RSA » (l’incompétent, le looser, voire le fainéant) et le manager » (le gagneur, dynamique, compétent) ; les inégalités seraient de nature, alors qu’elles sont de structure. L’ancien banquier qui nous gouverne est le porte-voix le plus efficace de ces représentations, et la plus-value de Marx fonctionne de pair avec le « plus de jouir » de Lacan, ce qui nous renvoie à la pertinence d’une transdisciplinarité à inventer dans les pratiques.

Les gens sont dans une quête permanente des objets, et il y en a une infinité, chaque jour des nouveaux, à même de procurer au consommateur une satisfaction à la fois narcissique et objectale ; même si – et c’est de structure – l’objet n’est jamais à la hauteur de son désir, il y a comme un « reste » irréductible, alors la quête est sans fin. L’objet @, cette invention théorique de Lacan ne se (dé)montre que de ses effets, car si « ça » n’existe pas, « ça » agit !

Je mesure avec amusement, O combien je suis atypique, avec mon téléphone de vieux avec ses grosses touches! Alors, l’Autre sociétal se demande comment je fais pour vivre dans ce dénuement, alors que cela procède de mon choix, sous peine d’être disqualifié. Résultat : je suis sans cesse inondé de propositions commerciales afin d’acquérir un Smartphone.  Hors de l’IPhone, point de salut !

Samsung objet cause du désir ? Quelle dérision !

 Certes, il y a les apparences de la liberté dans cette jouissance objectale, celle de pouvoir assouvir ses passions pulsionnelles (ou de ne pas pouvoir, alors le sujet s’endettera) ; mais en contrepartie, nous assistons à un collapsus de l’intelligence qui en sera le prix à payer. Comme le chantait Jacques Brel, dans les années soixante : « Il faut dire, monsieur, qu’avec ces gens-là, on ne pense pas, monsieur, on ne pense pas ! ».

Pourquoi et comment penser, alors que chaque-un, esclave consentant et aliéné, est rivé H24 à la machine, connecté en permanence à cette société spectaculaire et marchande ?[6]

Et à défaut de lire (ne parlons pas d’écrire !), les petits Mickey de la macronie feront des selfies, ces monstrations narcissiques ; artefacts d’une apogée du miraginaire, au détriment du symbolique. Ce qui compte, c’est d’exister, en se montrant ! Malaise dans la civilisation dirait Freud ? Qu’en penserait-il, de ce déclin du symbolique ?

Cette idéologie dominante – arrogante, rectifierait un Roland Barthes[7], pour qui toute idéologie est par essence dominante – distille de l’aliénation en continu, les Appareils Idéologiques d’Etat (Althusser 1970) tels que les médias tous puissants jouent pleinement leur fonction nivellatrice par le bas. Il ne s’agit plus d’éduquer, de tirer vers le haut. Il faut satisfaire le bon peuple, les gens veulent surtout du pain et des jeux, ils recherchent avant tout le divertissement, c’est la tendance naturelle de l’humain moyen. Et surtout, il y a cette fascination pour l’image : il s’agit de voir, d’être vu ; l’exhibitionnisme prolongeant le voyeurisme qui est en chacun.

Depuis longtemps, je suis travaillé par ce concept d’idéologie, il est au centre de mon épistémè, c’est-à-dire mon cadre théorique de référence. J’ai commencé à le fréquenter au début des années 90, alors que je participais avec assiduité et passion théorique au séminaire « Déconstruire le social », animé talentueusement par le philosophe et sociologue Saul Karsz[8]. C’était à la vieille et vénérable Sorbonne, amphi Durkheim, en soirée, un rendez-vous mensuel que je ne ratais pas, car je travaillais alors en région francilienne. (En cas d’absence, nous pouvions lire sa transcription, le rapport mensuel). Je n’oublierai jamais que nous sortions de ces soirées avec l’impression d’être plus intelligents, quelle allégresse ! C’est vous dire ! Je dois notamment à Saul Karsz de m’avoir fait découvrir Louis Althusser, qui fut, est, et demeurera un de mes cinq piliers de référence ; je nommerai Marx, Freud, Lacan, Althusser, et Jean Oury, ce qui, pour ce dernier, n’étonnera personne, compte-tenu de mon livre précédent[9].

L’idéologie fait associer avec la Doxa, c’est-à-dire l’opinion publique, la pensée majoritaire, le consensus sociétal, les préjugés conformistes, les représentations imaginaires, du genre : « Il y aura toujours des riches et des pauvres ». Qui n’a pas entendu ça quand il était môme ? L’aliénation à la Doxa génère l’endoxalite chronique (concept cher à Jean Oury), cette propension, consubstantielle à la majorité des individus, à accueillir l’opinion publique et médiatique comme une vérité[10] invariable ; ce qui signifie ne jamais pouvoir penser par soi-même. Cette soumission au « prêt à penser » (la pensée unique) produit aussi une doxologie (Barthes), c’est-à-dire « toute manière de parler adaptée à l’apparence, à l’opinion, ou à la pratique »[11] ; cela peut générer aussi une « novlangue » (Orwell 1950), cette simplification lexicale de la langue et cet appauvrissement langagier rendent impossible l’expression des idées instituantes : par la diminution du nombre de mots et la disparition de certains concepts. Nous sommes déjà sur cette voie, c’est très insidieux, mais la réduction du langage à quelques centaines de mots va peu à peu rendre les individus (et là, je ne parle pas de sujets) de plus en plus manipulables quant à leur opinion sur les choses de la vie. L’idéologie agit sur l’inconscient de chaque sujet. Bien sûr, à son insu. Elle induit une culture des dominés.

Le moment est venu de définir, d’entrer dans le vif du sujet par une démarche définitionnelle qui va de pair avec une nécessaire déconstruction. Une définition est une construction théorique charpentée par une problématique, c’est une élaboration conceptuelle qui sous-tend des hypothèses et un travail de mise à l’épreuve, c’est-à-dire, autant que faire se peut, un travail de vérification. Cela demande une rigueur théorique, il ne s’agit pas de se payer de mots. Des mots, il faut s’en justifier, et, à l’instar de Freud, ne rien lâcher sur les mots au risque de lâcher sur les idées.

Pour le philosophe Louis Althusser (1918-1990), « L’idéologie est une représentation du rapport imaginaire des individus à leurs conditions réelles d’existence »[12]. Pour le sociologue et philosophe Georges Lukacs (1885-1971), « L’idéologie est une projection de la conscience de classe de la bourgeoisie, qui fonctionne pour empêcher le prolétariat d’atteindre une conscience réelle de sa position, sur le plan politique et révolutionnaire »[13]. Ces deux définitions, bien que formulées différemment s’articulent entre elles. Dans celle d’Althusser, les individus humains perçoivent leur existence sous une forme imaginaire. Ils n’ont, de ce fait, pas accès à la réalité. Dans celle de Lukacs, et du fait de l’idéologie, les prolétaires[14] ne peuvent accéder à une conscience réelle de leur existence. Ainsi, dans l’idéologie, il n’est jamais question des conditions réelles d’existence, mais plutôt de la représentation (imaginaire) que les individus en ont. Lukacs et Althusser s’accordent sur un fait : l’idéologie dépossède les individus d’une conscience de la réalité ; j’en conclurais que l’idéologie serait par conséquent un vecteur d’aliénation.

Au risque de faire hurler certains psychanalystes, il n’est pas inintéressant de chausser de temps à autre les lunettes sociologiques[15]afin de comprendre comment certaines catégories sociales se représentent la réalité dans laquelle ils vivent. Il suffit, - comme je l’ai fait dans les années 90[16] – de discuter avec les gens dans le cadre d’entretiens compréhensifs.[17] Voilà qui me fait associer avec une rencontre que j’avais fait, à cette période, avec un conducteur de métro parisien.[18]

Ce conducteur du métro gagnait environ 20 000 francs net[19] par mois, sans les primes, soit quatre fois le SMIC de l’époque. Propriétaire d’un pavillon en banlieue acheté à crédit, marié à une enseignante, il se vivait comme un privilégié, voire comme un « petit cadre », occultant complètement les aspects négatifs de son métier : la monotonie, la solitude, la peur des accidents ou des suicides, la répétition des mêmes gestes tout au long de la journée ; et surtout cette vie en sous- sol, dans le noir du tunnel, pouvant à la longue induire un état dépressif.

Ainsi, par ces représentations imaginaires, l’idéologie génère une fausse conscience des réalités, elle « fait faire », elle fait penser, et ce phénomène est inconscient. Le sujet est agi. On peut dire que l’idéologie est structurée par une opposition majeure entre l’idéologie dominante et l’idéologie dominée, laquelle est un sous-produit de l’idéologie dominante. L’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante, celle des capitalistes et des financiers. L’idéologie est une construction imaginaire sociétale, semblable au statut du rêve pour le sujet. Agissant sur l’inconscient de chaque sujet, elle suscite des consciences aveuglées et aliénées. On peut se demander comment et pourquoi les hommes utilisent ces constructions imaginaires pour se représenter leurs conditions réelles d’existence ?

De tous temps, il y a eu des hommes distillant des mensonges, ainsi, au XVIIIème siècle : « Pour que, croyant obéir à Dieu, les hommes obéissent en fait aux Curés ou aux despotes, le plus souvent alliés dans leur imposture, les curés étant au service des despotes. »[20]

Par conséquent, l’origine de cette perception imaginaire des conditions d’existence se retrouve toujours dans l’action concertée de quelques idéologues grassement rémunérés, imposant -comme vérités- leurs représentations erronées du monde, afin d’asservir les mentalités, et de perpétuer les conditions de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Pour cette reproduction de la domination, l’idéologie a besoin d’outils, il s’agit des Appareils Idéologiques d’Etat (AIE). Comme l’écrivait Louis Althusser en 1970 : « Ils ne se confondent pas avec l’Appareil (Répressif) d’Etat. Rappelons que dans la théorie marxiste, l’Appareil d’Etat (AE) comprend : le Gouvernement, l’Administration, l’Armée, la Police, les Tribunaux, les Prisons, etc…, qui constituent ce que nous appellerons désormais l’Appareil Répressif d’Etat. Répressif indique que l’Appareil d’Etat en question « fonctionne à la violence », du moins à la limite (car la répression, par exemple administrative, peut revêtir des formes non physiques. »[21]

Les AIE regroupent sous cette appellation des institutions distinctes, variées, et bien identifiées. Il y aurait :

. L’AIE scolaire et l’AIE familial, les plus influents car ils agissent sur l’enfance.

. L’AIE juridique.

. L’AIE politique et l’AIE médiatique qui génèrent la Doxa, nommée comme opinion publique, c’est-à-dire ce qui est politiquement correct de penser.

. L’AIE des réseaux sociaux[22], où interagissent le pire comme le meilleur.

. L’AIE religieux, lequel, dans certaines zones du monde, induit une violence inouïe et engendre la haine de l’altérité. En France, l’AIE catholique est en déperdition, et peu s’en plaindront.

. L’AIE culturel qui fonctionne avec l’AIE médiatique, il y a aussi une culture dominée, donc une idéologie des dominés.

. L’AIE du travail social, cette unité de soins palliatifs, aux fonctions contradictoirement instituantes et instituées, l’AIE du travail social est un agent double, à l’instar de ces mêmes travailleurs dits sociaux.

Dans cette pluralité des AIE, on peut se demander quelle en est son unité mobilisante. On peut aussi se questionner sur la différence de nature, entre les Appareils Répressifs d’Etat (ARE) et les AIE. La distinction qu’en fait Althusser est fondamentale :

« L’Appareil Répressif d’Etat fonctionne à la violence, alors que les AIE fonctionnent à l’idéologie. »[23]

La reproduction des rapports de production entre exploiteurs et exploités est organisée selon une division des tâches. L’ARE assure par la force et la violence (légale)[24]les conditions de la reproduction de la société duale (divisée en classes sociales antagonistes). L’Appareil d’Etat sera notamment garant du libre exercice des AIE ; et les AIE, par- delà leur diversité, œuvreront dans le même but qui est la reproduction des rapports de production de mode capitaliste, puisque ce modèle sociétal serait – selon l’idéologie dominante- indépassable. CQFD…en attendant, c’est bien cette idéologie capitaliste qui a gagné, et son arrogance n’a d’égal que son succès planétaire…et de ses dégâts dits collatéraux.

Ainsi, chaque AIE participe à l’obtention d’un résultat, celui que ce paradigme sociétal puisse continuer à être opérationnel, et sans cesse rebondir, se pérenniser et s’auto-reproduire, par- delà les crises financières qui sont structurelles et consubstantielles au capitalisme mondial. Les AIE travaillent dans l’ombre, le plus souvent sans en avoir l’air, sous des apparences de respectabilité et d’intérêt général, c’est très insidieux et efficace.

Afin d’illustrer mon propos, nous laisserons Louis Althusser évoquer l’AIE- Ecole :

« Elle prend les enfants de toutes les classes sociales, dès la Maternelle, avec les nouvelles comme les anciennes méthodes, elle leur inculque, pendant des années où l’enfant est le plus vulnérable, coincé entre l’AIE- Famille et l’AIE- Ecole, des « savoir-faire » enrobés dans l’idéologie dominante (le français, le calcul, l’histoire naturelle, les sciences, la littérature) ou tout simplement l’idéologie dominante à l’état pur (morale, instruction civique, philosophie) ».[25]

Il semble bien que l’Ecole, dans son alliance avec la Famille, soient les deux AIE les plus influents ; par- delà l’accès nécessaire au Symbolique, le « petit d’homme » sera formaté, formé et déformé, en vue d’un destin prédéterminé. Les lois de la reproduction (Bourdieu et Passeron 1970)) fonctionnent parfaitement, les fils d’ouvriers seront majoritairement ouvriers, et les enfants d’universitaires iront majoritairement à l’Université. En outre, la plupart des éducateurs – fussent-ils parents, instituteurs ou professionnels de l’éducation spéciale – ne soupçonne pas un instant qu’ils transmettent à leur insu une idéologie dominante qui, au bout du compte, assujettit, c’est-à-dire qui interpelle l’individu en sujet. Nul n’est maître en sa demeure, la liberté est un leurre qui se conquiert dans la différence, et l’idéologie agit toujours à l’insu du sujet, comme l’inconscient freudien.

Ainsi, et selon Althusser, le discours idéologique interpelle les sujets afin de les transformer en sujets idéologiques, et cette interpellation (de l’ordre du recrutement) produit des effets inconscients, autorisant les individus à une assomption de la fonction de sujets idéologiques, c’est-à-dire des esclaves consentants, mais à leur insu.

 Sous la houlette éclairée d’Althusser, nous constatons :

  1. L’existence de l’inconscient comme structure autonome, découvert et investi par Freud et ses héritiers en psychanalyse.

  2. Une articulation de cette structure de l’inconscient (structurée comme un langage) sur la superstructure idéologique.

En d’autres termes, l’existence du sujet de l’inconscient « est indispensable pour que fonctionne le système par lequel l’individu assume son rôle de sujet idéologique, interpellé en sujet idéologique, par le discours idéologique. »[26]

Cela veut dire que pour qu’il y ait des sujets idéologiques, il faut de l’inconscient et un sujet pris dans le langage. Ainsi, les chats et les chiens ne fonctionnant pas apparemment à l’idéologie, me les rendent très sympathiques et dignes d’intérêt.

Donc, et selon le même Althusser, l’inconscient s’articule sur le sujet idéologique, par conséquent sur l’idéologie, et il fonctionne pour beaucoup à l’idéologie,[27] comme un moteur à explosion fonctionne à l’essence. Cela renvoie à la thèse de Saul Karsz, leit- motiv central de ses séminaires : « L’idéologie et l’inconscient font nœud », et ce nœud s’incarne dans le sujet interpellé et assujetti par l’idéologie.

Ce nouage symbolique entre idéologie et inconscient renvoie – par association libre de la pensée – au concept de double aliénation développé par Jean Oury, par lequel il distinguait l’aliénation sociale et l’aliénation transcendantale (les psychoses). Auparavant, Freud avait déjà compris l’importance de la surdétermination, car tous les actes, toutes nos pensées, tous nos désirs sont déterminés par quelque chose d’invisible (l’idéologie) et pernicieux. Cette surdétermination est le facteur d’aliénation de l’homme social, encombré aux entournures par ses habitus,[28] et qui agira et pensera dans l’illusion de la liberté.

Par ce texte, j’ai surtout désiré « lancer » des pistes de travail qui pourraient à l’avenir être fécondes, il me semble que les recherches d’Althusser sur l’idéologie pourraient être approfondies, voire augmentées ; mais tout seul, il me sera difficile d’aller plus loin, et un jour, comme le disait le regretté Pierre Desproges, « J’irai vivre en Théorie, car en Théorie, tout se passe bien ».

Seule demeure cette intuition théorique qui est mienne depuis deux décennies : « L’idéologie serait à l’Autre sociétal ce que l’inconscient freudien serait au sujet ». Si cette formulation me semble juste, je ne peux pas m’empêcher de penser que si c’était vrai, ça se saurait, et personne – à ma connaissance - n’a jamais rien dit du même ordre ; bien que, en filigrane, il me semble qu’Althusser le suggère – entre les lignes -, comme un message posthume de son inconscient. Avec Louis, « l’avenir dure longtemps ».[29] Si cette hypothèse me plait, je ne saurais l’étayer, c’est une intuition, vous dis-je, et peut être invérifiable et inconfrontable à la réalité. Parce que ce ne sont que des mots, après tout…

(27/10/2019)

 

Serge Didelet, Psychanalyste, formateur et superviseur d’équipes.

 



[1] Le sujet ne serait même plus divisé, car un sujet divisé s’interroge sur le sens de son existence, marquée par l’incomplétude et le désir. 

[2] S. Freud, « Au-delà du principe de plaisir », 1920, in « Essais de psychanalyse », Payot 1981. 

[3] Né en 1931, Charles Melman est psychiatre et psychanalyste. D’orientation lacanienne, il est le fondateur de l’Association Lacanienne Internationale. 

[4] Charles Melman et Jean Pierre Lebrun, « L’homme sans gravité », Denoël 2002.

[5] Ibid. 

[6] Référence amicale à Guy Debord (1931-1994), auteur de « La société du spectacle » et inspirateur de l’Internationale situationniste. Il est à l’origine du slogan soixante huitard : « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves », largement récupéré par le capitalisme. 

[7] « Roland Barthes » par Roland Barthes, Le Seuil 1995. 

[8] Voici Saul Karsz, tel qu’il se définissait dans les années 90 : « Un peu polonais, un peu argentin, assez français », philosophe et sociologue, engagé dans la recherche d’une vie, où il tente d’articuler trois registres : philosophique, sociologique, et psychanalytique. Auteur de plusieurs ouvrages, il organise des séminaires, et il fut aussi Maître de conférences à l’Université Paris V. Sa thèse principale, « l’idéologie et l’inconscient font nœud » fut (et demeure) une source inépuisable de réflexions et de pulsion épistémophilique, c’est-à-dire une sublimation réussie ! 

[9] Serge Didelet, « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, 2017. 

[10] Il me plait de prôner la Varité, la vérité variable, mais je ne sais plus où j’ai « attrapé » ce néologisme pertinent…peut-être bien de Lacan ? 

[11] Laquelle n’est pas sans rapport avec le concept de « persona », de Karl Gustav Jung.

[12] Louis Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques d’Etat », in « Positions », Editions sociales 1972. 

[13] Georges Lukacs, « Histoire et conscience de classes », Editions de minuit 1960. 

[14] Qui n’ont pour seule richesse que leur force de travail. 

[15] Je suis passé par la sociologie des groupes et des organisations avant de me consacrer à la psychanalyse. Au début des années 2000, j’ai connu un glissement épistémologique dans mes centres d’intérêts, passant de l’étude des groupes sociaux à l’apprentissage de la psychanalyse, si toutefois celle-ci peut s’apprendre. Je préfère dire qu’elle se transmet. 

[16] Entre 1997 et 2000, j’ai mené une recherche-action sur les enjeux d’un loisir (social) culturel, facteur de développement des personnes. J’ai mené des dizaines d’interview, confrontant les dires à mes hypothèses théoriques. Cette recherche se déroulait dans le cadre du Diplôme des Hautes Etudes des Pratiques Sociales (DHEPS), à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). 

[17] Jean Claude Kaufmann, « L’entretien compréhensif », Nathan Université 1996. 

[18] Je travaillais alors pour le Comité d’entreprise de la RATP, qui était – comme nous le disions entre collègues – un des derniers pays du bloc de l’Est ! 

[19] 20 000 francs = 3048 euros 

[20] « Idéologie et Appareils Idéologiques d’Etat » (déjà cité). 

[21] Ibid. 

[22] Comme l’écrivait Umberto Ecco : « les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin, et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite, alors qu’aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles. »

[23] Ibid. 

[24] Alors que la violence instituante sera illégale et condamnable. Voir la répression du mouvement populaire des Gilets jaunes en 2019. 

[25] Ibid.

[26] Louis Althusser, « Trois notes sur la théorie des discours » (1966) in « Ecrits sur la psychanalyse », Stock/IMEC 1993. 

[27] Ou à l’idéalogie, l’Idéal du Moi ? 

[28] Habitus : Il s’agit d’un concept issu de la théologie médiévale. C’est un ensemble de dispositions acquises tout au long de la vie, elles sont durables et pérennes. Il s’agit aussi d’une illusion de la liberté de penser, d’agir et de choisir, conforme à des régularités objectives, « L’habitus étant engendré dans et par des conditions objectivement définies par ces régularités. » (Pierre Bourdieu). En d’autres termes : l’habitus fait faire, c’est le contraire de la liberté.

[29] Louis Althusser, « L’avenir dure longtemps »,Stock/IMEC 1992.

 

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23 juin 2019

Psychiatrie, santé mentale et psychothérapie institutionnelle

 

Ce texte est la transcription de mon intervention à l’IREIS d’Annecy le 20 juin 2019 

 

Bien en amont de cette intervention, j’avais prévenu l’IREIS de son erreur dans l’intitulé.[1] Bien sûr qu’il s’agissait de sourire : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », tel le titre éponyme de mon livre sur Jean Oury. Je n’ai jamais vu de schizophrène rire à gorge déployée, et dans la vie d’un schizophrène, il n’y a pas de quoi rire, il s’agit d’un effondrement existentiel parfois persécutant et le plus souvent effrayant. Un collapsus de la transcendance disait François Tosquelles. Alors, oui, le sourire, qui peut mettre des années à apparaitre, c’est cela, la temporalité d’une psychiatrie humaine, digne de ce nom. Le sourire, c’est important, mais là, il ne s’agit pas de sourire sur commande, d’avoir des sourires d’hôtesse d’accueil. Un sourire, c’est ce qui se donne, dans une certaine connivence, ce n’est pas du même ordre que le rire qui peut être agressif. Le sourire, ça évoque en moi le sourire du chat, qui est aussi le titre d’ une excellente autobiographie de l’éditeur-écrivain François Maspero. On peut se demander quel est l’usage qu’on fait du sourire du chat en PI ? Est-ce que le sourire ne serait pas corrélatif avec l’objet cause du désir ?

Quelques mots sur mon intervention dans le cadre de ces impromptus de l’IREIS. Aujourd’hui, je suis venu pour vous parler de la PI – donc de la psychiatrie- à travers l’un de ses acteurs princeps : le Dr Jean Oury, décédé en 2014. Mon intervention est structurée en trois parties :

  1. Les sources de la PI, c’est-à-dire d’où elle s’origine, d’un point de vue historique.

  2. Jean Oury et la clinique de La Borde.

  3. Un état des lieux de la psychiatrie contemporaine, enfin…ce qui en reste.

Alors, vous pouvez vous demander : qu’est ce qui m’autorise à venir parler de ça avec vous ? C’est Eric Miano, formateur à l’IREIS qui m’a sollicité suite-à l’édition de mon livre en 2017. Quant à moi, ce qui m’anime est de transmettre ce que j’ai pu réinvestir de mon itinéraire : mon socle épistémique – le cadre de référence – c’est l’éducation spéciale avec des jeunes placés par la Protection de l’enfance, puis un long détour par l’Université pour un Master de recherche sur les pratiques sociales, et surtout, une formation à la psychanalyse de plus d’une décennie qui n’est d’ailleurs jamais achevée, selon le principe qui m’est cher, celui d’une formation continuée tout au long de la vie. De même, et vous-mêmes, étudiants dans les formations qualifiantes du travail social, votre formation ne s’arrête pas à l’obtention du diplôme tant convoité. Face à la complexité du monde et de l’humain, induit par le malaise dans la civilisation, je ne peux que vous encourager à continuer à travailler, à lire, à écrire, et à réfléchir sur le sens de votre pratique. Comme le disait Oury : « Il faut être intelligent, sinon on est complice ! ». En outre, et d’un point de vue éthique, il me semble qu’un travailleur social sérieux et sincère ne peut qu’être dans une posture instituante, face à un institué qui tend à sacrifier l’humain tant il est investi par les questions économiques et financières. De cette dérive, nous en reparlerons tout à l’heure.

Quelques mots sur mon activité afin que vous compreniez d’où je parle. J’exerce la psychanalyse en cabinet, j’interviens sur site comme superviseur d’équipes et comme formateur, et j’anime régulièrement un séminaire, partage dans un petit groupe actif d’une question, ou d’un sujet que j’ai mis préalablement au travail durant une année, parfois plus…  Evidemment, et je ne peux pas m’en empêcher, j’ai travaillé sur cette intervention, et je suis venu avec un texte que j’ai rédigé. Il faut toujours que j’en passe par l’écriture, c’est pour ça que j’aime bien évoquer cette fonction épistémique de l’écriture, écrire permet de clarifier sa pensée et de réfléchir. Je vais essayer le plus possible de me décoller du texte, de m’en écarter de temps à autre. J’utilise le texte comme fil conducteur afin de rester cohérent et compréhensible. Mais de plus en plus, j’ai du plaisir à improviser, me distancier de mon texte, me laisser aller à parler, à associer. C’est une nécessité éthique qui s’est peu à peu imposée à moi ; dans le sens où ce que je dis doit être de l’ordre de ce je peux rendre compte de mon propre cheminement, ce avec quoi nous abordons l’Autre, Autrui, dans sa misère existentielle.

1 . Les sources de la PI.

On peut repérer trois évènements déterminants dans la naissance de la psychiatrie contemporaine. Je pourrais oser dire trois ruptures épistémologiques puisque nous avons à faire à des moments qui se veulent constitutifs d’une science ; et comme le disait Michel Foucault, il s’agit d’un monologue de la raison sur la folie. Donc, trois évènements, 3 ruptures :

  1. La naissance de la psychiatrie avec Philippe Pinel et Jean Baptiste Pussin qui – en 1795 - ont libéré les aliénés de leurs chaînes, d’abord à l’Asile de Bicêtre, puis à la Salpêtrière. C’est par leur action à visée humaniste (le fou n’est plus considéré comme un animal) que se développa l’idée d’un traitement moral de la folie. Le traitement moral supposé libérateur sera, selon le philosophe Michel Foucault, un nouvel enfermement où les chaînes de fer ont été remplacés par un discours normatif, produit par des psychiatres soucieux d’exercer leur plein-pouvoir médical.

  2. L’invention de la psychanalyse par Freud au début du XXème siècle, qui donna un modèle théorique d’approche du psychisme humain jusque dans ses ultimes limites.

  3. L’émergence du mouvement de la PI pendant la seconde guerre mondiale, qui a permis de repenser l’institution psychiatrique, et d’appliquer les concepts de la psychanalyse, à un traitement possible des psychoses. La politique du secteur qui naîtra dans les années 70 sera son complément afin de penser les modalités d’un extrahospitalier.

En 2019, quand la santé mentale tend à remplacer une psychiatrie moribonde, la visibilité de ces trois sources est de moins en moins apparente. Pinel et Pussin font partie d’une histoire ancienne, et ils disparaissent en même temps que le modèle de l’asile de fous. La psychanalyse est malmenée au profit d’approches fondées sur la biologie, le comportement et la socio-éducation, approches objectivantes et quantifiables. A ce titre, la HAS a qualifié la psychanalyse et la PI de non pertinentes, et peu efficaces dans le soin des autistes et autres troubles envahissants du développement, ; et à les interdire dans les établissements, exerçant pour se faire, un chantage aux subventions (si vous ne voulez pas crever, faites comme on vous dit…). Heureusement, le Conseil d’Etat a annulé ces décisions en 2014, ce qui constitue quand même un désaveu de l’outrepassement autoritaire de la HAS. Malheureusement, la psychanalyse a quasiment disparu de la formation des psychiatres et des infirmières. Elle survit dans quelques universités et dans la formation des psychologues cliniciens, elle est de moins en moins évoquée dans la formation des éducateurs. Et pourtant…pour moi, les fondamentaux psychanalytiques sont l’alphabet de ces professions du social, ces métiers de la relation.

            Quant à la PI, on peut se poser la question de son avenir. Si elle résiste en certains lieux emblématiques, elle est minoritaire, elle n’existe que dans le mouvement, c’est un processus sans cesse à bâtir, à interroger, c’est un vrai chantier, la PI, comme la psychiatrie, d’ailleurs. Elle est apparue dans un hôpital psychiatrique de Lozère, à 1000 mètres d’altitude, dans un village isolé plusieurs mois par la neige. C’est l’hôpital psychiatrique de Saint Alban. Pendant la guerre, il devint un lieu de refuge et de protection pour de nombreux dissidents. Ce fut l’asile, au sens littéral, un lieu d’accueil, face à une armée allemande qui occupait la région, face aux collabos à leur service.

            Outre les malades (environ 700), l’hôpital accueille des résistants recherchés par la Gestapo, des artistes, des écrivains, des philosophes : Paul Eluard, Tristan Tzara, Georges Canguilhem ont vécu à Saint Alban.  En 1941 arrive François Tosquelles, psychiatre catalan. La défaite de la République espagnole l’a obligé à migrer en France, il est condamné à mort par Franco. Il passera la frontière à pieds, par les Pyrénées, il sera fait prisonnier et interné au camp de Sept Fonds, puis il arrivera à Saint Alban. Il en deviendra rapidement le médecin-directeur. Tosquelles amènera deux livres dans sa valise, lesquels et à eux-seuls, peuvent symboliser les deux axes de travail qui seront entrepris à St Alban, et qui rayonneront ensuite dans toute la France pendant trois décennies sous l’appellation de PI. Le premier livre est la thèse de doctorat de Jacques Lacan : « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité ». Cette thèse illustre le regard de la psychanalyse sur la psychose, montrant que la production psychotique n’est ni insensée, ni due à un déficit, elle est une création humaine porteuse de sens et digne d’attention. C’est à l’institution de savoir se donner les moyens de l’accueillir. Le concept d’accueil est central en PI.

            Le deuxième livre est du psychiatre Hermann Simon, il s’intitule « Une thérapeutique active à l’hôpital psychiatrique ». H. Simon, fondateur de l’ergothérapie, distingue ce qui, dans les maladies mentales, est dû à la personne malade, et ce qui est induit par l’institution elle-même. Il énumère les trois maux générés par l’hôpital psychiatrique : l’inaction du patient, l’ambiance défavorable, et le préjugé d’irresponsabilité du malade par les soignants. Il pense que seule la vie collective peut fournir la base d’une vraie thérapie. Cette thérapie s’appuiera sur trois principes : liberté de circulation du patient, responsabilisation, et analyse des résistances émanant de l’établissement lui-même, ce que l’on appellera plus tard l’analyse institutionnelle.

            Donc, dans ces deux ouvrages apportés par Tosquelles, nous trouvons le germe du fondement princeps de la PI : la théorie de la double aliénation, l’aliénation mentale et l’aliénation sociale ; c’est pour cela que l’on peut dire que la PI marche sur deux jambes : Marx et Freud.  Dans cette naissance de la PI, on ne peut pas occulter les circonstances historiques . Beaucoup d’infirmiers ont connu la déportation et les persécutions, cela leur a fait prendre conscience que l’hôpital psychiatrique était un univers carcéral et anxiogène ; que l’ambiance délétère et de déréliction produisait des pathologies, ce qui renvoie au concept de pathoplastie cher à Jean Oury : il s’agit de pathologies générées par l’ambiance. On ne peut pas soigner quelqu’un dans un milieu qui est nocif, d’où l’évidente actualité du mot d’ordre de la PI : Pour que l’hôpital soit thérapeutique, il faut soigner l’hôpital.     Et soigner l’hôpital, c’est aussi prendre soin de ceux qui y travaillent, à l’inverse de ce qui se passe actuellement : l’institution thérapeutique qui rend malade ses propres agents, c’est pour vous dire que tout va bien !

            Tosquelles arrive à St Alban, et en quelques mois, l’ambiance a changé. Il n’y a plus de pavillons fermés, et puis, s’en est fini des séparations sémiologiques où étaient concentrés les malades dans des lieux-poubelle : les aigus, les chroniques, les agités, les furieux, les gâteux…taxonomie délibérément ségrégationniste qui faisait régresser les malades. Tosquelles fera tout le contraire en fabriquant de l’hétérogénéité. Il est remarquable que dix ans avant la naissance des neuroleptiques, il fut possible de calmer l’agitation et la jouissance mortifère, et simplement en modifiant l’ambiance.            Ainsi l’hôpital de St Alban fut la Mecque de la PI pendant quelques années, il sera aussi un lieu de formation pour de nombreux psychiatres qui auront à cœur d’essaimer cette praxis psychiatrique dans les divers établissements où ils travaillent. C’est ainsi que Jean Oury, en 1947, il a 23 ans, il est à la fin de ses études médicales, et il passera deux ans à St Alban, et sa rencontre avec Tosquelles sera déterminante et infléchira toute sa vie. St Alban fut son socle épistémique, sa propédeutique psychiatrique. En 1949, à la demande de Tosquelles, il part pour un remplacement à la Clinique de Saumery…je pourrais en dire quelques mots, afin que vous compreniez le contexte, à la fin, si nous avons le temps.      En 1953, c’est ce que j’appelle dans mon livre la nef des fous, le mythe fondateur ouryen : il ouvrira la Clinique de la Borde et il y mourra 61 ans plus tard.

 

2. Jean Oury et la clinique de La Borde.

En PI, et s’il y avait un signifiant-maître, ce serait l’accueil. L’accueil, ce n’est pas l’admission qui peut dans certains cas devenir un anti-accueil. L’admission a une dominante administrative, il s’agit de l’enregistrement d’une arrivée, c’est d’essence bureaucratique. Il existe des admissions qui vont à l’encontre de l’accueil : admissions dépersonnalisantes, déshumanisées, voire humiliantes. Voir ce qu’il en est de l’admission dans beaucoup de services psychiatriques, avec la fouille des affaires personnelles comme préalable, suivie de l’obligation de porter un pyjama (souvent de couleur bleue) ; stigmatisation par le port obligatoire de cet uniforme qui peut être ressenti comme la marque de l’indignité, voire de l’infamie.

Une admission se déroulant ainsi est un anti-accueil. Mais qu’est-ce que l’accueil ? Ce ne doit pas être une formalité, c’est un processus subtil qui ne se réduit pas au jour d’arrivée, c’est une fonction continuée, ça n’est jamais fini, accueillir est une posture qui fonctionne de pair avec l’écoute. L’accueil, c’est collectif, et cela nécessite une disponibilité non feinte de la part du personnel soignant. Les schizophrènes ont des antennes questionnantes, ils sont très sensibles, ils ne s’y trompent pas, ils sentent tout de suite qui est là, qui a le désir d’être là, et qui ne l’a pas. Ce qui compte, c’est l’expérience personnelle de chaque soignant, cela n’a rien à voir avec un diplôme, même s’il est recommandable de passer les diplômes.

Quel est « l’arrière-pays » des gens qui travaillent à la clinique de la Borde ? Plus qu’un diplôme, ce qui compte beaucoup pour Jean Oury, c’était par exemple d’avoir traversé une vraie dépression ou une décompensation psychotique, il disait que c’était une chance dans la formation personnelle de quelqu’un, de pouvoir traverser un épisode de ce genre et de s’en sortir, c’était l’occasion de ne pas finir idiot. En outre, ce savoir expérientiel qui n’est enseigné nulle-part peut servir aux autres.La pensée d’Oury s’articule à partir de deux axes : celui d’une théorisation permanente de la clinique des psychoses, dans laquelle une psychanalyse – d’inspiration freudienne et lacanienne – tient une place essentielle, et celui de l’analyse institutionnelle permettant l’organisation et la mise en œuvre du travail quotidien en psychiatrie. Pour Oury, la psychanalyse est l’alphabet de la psychiatrie.

Yannick Oury, fille de Jean Oury définit ainsi la clinique de la Borde :

 « La clinique de La Borde est une clinique destinée à accueillir les malades psychotiques, grâce à un dispositif institutionnel tenant compte de l’extrême complexité de ces pathologies. »

            Diverses instances dans l’établissement, des commissions, le club thérapeutique, des contre- pouvoirs, des espaces du dire, un collectif, des activités, et une analyse institutionnelle permanente… hiérarchie horizontale et transversalité. Penser autrement un lieu de soin. Au-delà de l’établissement de soins, il y a de nombreuses institutions au travail.

La vie quotidienne est aussi une activité. Les soignants, quels que soient leurs diplômes sont appelés « moniteurs ». La Borde, c’est un collectif fait de plusieurs institutions au sein de l’établissement. A ne pas confondre avec une collectivité. Les collectivités ont tendance à se refermer sur elles-mêmes, c’est le syndrome de la forteresse assiégée, il faut sans cesse prendre garde à ce qu’il y ait une greffe permanente d’ouvert. Tosquelles disait : « l’établissement, ce sont les murs ; l’institution, les murmures… »

            Il ne faut pas confondre établissement et institution. L’établissement renvoie à la collectivité, à l’établi, c’est de l’ordre de la logistique, de l’organisationnel, c’est en rapport avec les normes sociétales dans la mesure où un établissement de soin a un contrat avec l’Etat. La Borde est une clinique psychiatrique, un établissement agréé par la sécurité sociale, donc soumis au prix de journée, par conséquent, hétéronomes aux tutelles, et Jean Oury s’est battu avec les tutelles pendant plus de soixante ans…des tutelles qui essayaient de l’empêcher de travailler.

            Si l’on reste à ce niveau-là, on reste pris dans l’homogénéisation, de la ségrégation, du primat des statuts, et des hiérarchies pyramidales. Le statut, c’est légal, c’est le diplôme, c’est inscrit en haut de la fiche de paye. Le rôle, ce sont surtout les autres, les collègues qui vous le donnent pour que vous trouviez votre utilité au travail. La fonction, en PI c’est la fonction soignante, elle est partagée, et elle ne doit pas être la propriété du directeur, ni des médecins. A la Borde, il y a un potentiel soignant, qui vient non seulement des moniteurs salariés, mais aussi de certains patients qui prennent soin de leurs pairs. Il y a beaucoup de solidarité entre les pensionnaires de la Borde. On pourrait parler de sympathie, certains ont évoqué la gentillesse. Un des mots-clés de la PI, c’est l’hétérogénéité. Si le milieu n’est pas hétérogène, on est dans le cloisonnement. Pour qu’il y ait de l’hétérogène, il faut de la libre circulation. Il faut lutter contre la tendance à l’homogénéisation, ce qui est intéressant, c’est la tuché, la rencontre réelle de ce qui n’est pas soi. Mettez des alcooliques ensemble, ils n’auront qu’un désir, celui de boire ! Regrouper les malades par pathologies, c’est une tendance héritée de la bureaucratie. Lorsque Tosquelles est arrivé à Saint Alban, il y avait le pavillon des agités, des gâteux, des aigus, des chroniques ; il a ouvert toutes les portes et a mélangé les patients, et cette bouffée d’air frais a supprimé les artefacts…le gâtisme, l’agitation, et cela, avant l’arrivée des neuroleptiques…et l’on n’entendait plus les fous hurler d’un pavillon à un autre.

Le collectif labordien s’efforcera d’éviter tout ce qui sépare, tout ce qui cloisonne, tout ce qui tend à homogénéiser coûte que coûte. Les schizophrènes manquent de point de rassemblement, ils sont disloqués, éparpillés, dissociés, effets de la Spaltung (Bleuler). La dissociation est le pilier des symptômes primaires de la schizophrénie. La dissociation, contrepoint à l’association libre de la cure analytique, comme quoi il vaut mieux pouvoir associer que d’être dissocié. Le patient, soumis à un processus primaire de dissociation, s’en défendra en produisant des symptômes secondaires tels que le délire paranoïde ou les hallucinations, constituant, de ce point de vue, une tentative d’auto-guérison. Oury disait que dans la psychose, c’est le transfert lui-même qui est dissocié. Tosquelles parlait de transfert multiréférentiel. Le travail, c’est de tenir compte de ces multiples investissements transférentiels, par conséquent, il est nécessaire d’avoir un milieu de vie multiple, pluriel, varié, hétéroclite et hétérogène. Un établissement où tout est cloisonné empêche le patient de circuler, de passer d’un point à un autre, de faire des choix, d’investir un objet transférentiel.  Avec les psychotiques, il faut du bric à brac.

La topique de ce vécu d’enfer schizophrénique est ce qu’Oury appellera « le point d’horreur », situé derrière un miroir qui ne joue pas son rôle de rassembleur du corps éparpillé, dissocié, sous l’œil de l’Autre, le responsable d’autrui. A l’opposé, Oury propose « le point d’aurore », espaces de possibles rassemblements de l’image du corps, lieux d’accueil rendant possible une contenance des transferts dissociés et autres espaces du dire.

            Pour que les psychotiques puissent « habiter quelque-part » et s’arrimer à divers petits espaces transférentiels, il leur faut non seulement des lieux hétérogènes, avoir la possibilité du choix, et qu’ils puissent circuler sans contrainte, mais aussi il est souhaitable que les moniteurs ne se ressemblent pas, qu’eux aussi soient hétérogènes. L’hétérogène permet de passer d’un point à un autre. Il faut que les lieux soient différents, cette différence crée de la distinctivité. Si les patients peuvent circuler, ils peuvent faire des rencontres, c’est mieux que l’isolement. Sans un minimum d’analyse, l’ambiance propre aux établissements de soins peut être pathogène.

 A contrario, on voit parfois des malades dont l’état s’améliore très vite par un simple changement d’ambiance, de milieu de vie. La constellation transférentielle est une bonne illustration du rôle de l’hétérogénéité. C’est un petit groupe de personnes, investies positivement ou négativement, et qui parlent d’un patient. Imaginons qu’un patient psychiatrique devienne de plus en plus difficile, envahissant tout l’espace institutionnel, et de ce fait, remuant le contre transfert du groupe soignant. La constellation, ça nous vient de la clinique de la Borde. Le principe : plusieurs personnes se réunissent pour parler de quelqu’un en graves difficultés.

 La constellation aura d’autant plus d’efficacité si elle est hétérogène. Si l’on convoque six médecins, ça sera beaucoup moins efficace qu’un cuisinier, une maitresse de maison, une femme de ménage, un psychologue, un médecin et un éducateur. Il y aura là beaucoup plus de possibilités et d’ouvertures, de surprise, d’échanges, de manifestations et d’expressions. Le principe : convoquer des personnes différentes, aux fonctions différentes, mais qui toutes ont un lien avec le patient. Cela peut provoquer des changements extraordinaires, c’est la mise au travail d’une chose fondamentale qui est niée par la psychiatrie traditionnelle : la pathoplastie. Le milieu, ça se travaille. Hétérogénéité et distinctivité, deux états institutionnels qui autorisent la respiration. Alors vous verrez que suite-à cette constellation, la situation s’apaisera, et les fantasmes (imaginaires) perdront de l’ampleur, c’est quelque chose qui fonctionne, à inclure dans votre boite à outils, et c’est quelque chose de transférable à vos milieux d’intervention, moi-même, je l’ai utilisé en MECS, dans un foyer d’enfants de l’ASE.

Ce qui est frappant quand on arrive à La Borde, c’est l’ambiance. Vous êtes accueillis par les poissons-pilotes, il y a un accueil permanent à La Borde, et ce sont les pensionnaires qui l’incarnent.

Les anges-gardiens : ils accompagnent ceux qui vont le plus mal, cela renvoie à la fonction soignante du collectif tout entier. Ce sont les appellations insolites de la Borde : les anges-gardiens, les poissons-pilotes, les constellations, le club thérapeutique, le comité d’accueil, la commission des menus, l’association culturelle…il y a un vocabulaire labordien, une culture. C’est un lieu très singulier.Pas de blouses blanches, ni badges, on ne sait pas à qui on a affaire et ça peut être cocasse. Pas de distinction soignants/soignés, ça induit sur l’ambiance. L’ambiance est un facteur déterminant de guérison, au même titre que le bon usage des médicaments, de la psychothérapie, ou de la sociothérapie. Puisque l’aliénation est double (psychopathologique et sociale), le travail avec le patient s’appuie à la fois sur des thérapies individuelles (psychanalyse par exemple) et sur un travail en collectif, à travers diverses instances langagières, et notamment sur la qualité de la vie quotidienne.

C’est important, l’ambiance. Ce n’est pas la même chose d’être attaché sur un lit, dans une chambre d’isolement, que de pouvoir circuler librement, avoir des relations sociales en différents lieux, avoir la possibilité du choix, voire prendre des responsabilités. Comme le disait Oury : « l’ambiance, ce sont les entours, il faut les soigner… ». Comment faire vivre un lieu, ses pratiques, pour faire vivre autrement ceux et celles qui l’habitent ? Quand est-ce qu’un lieu devient pathogène et porte les symptômes d’une maladie grave qui ronge ceux qui l’habitent ? Répondre à ces questions, cela renvoie à l’analyse institutionnelle qui doit être quotidienne, l’AI, analyse de l’aliénation.

L’ambiance, ça renvoie à la pathoplastie, peut-être le concept le plus important de la PI : la création par l’ambiance de la symptomatologie morbide, d’où l’importance de l’ambiance dans la vie quotidienne.

Veillance et disponibilité sont les mots d’ordre princeps de la PI. Consentir à se faire secrétaire de l’aliéné, comme le conseillait Lacan, être attentif à la qualité de l’ambiance. Il faut aussi de la connivence, c’est à dire une complicité positive. Ne pas être omnipotent, ne pas avoir l’air d’être (trop) là comme un personnage providentiel, mais être pourtant bien présent, disponible et veillant. La fonction – 1 , fonction vacuolaire de l’institution : il faut une case vide pour que ça puisse bouger, qu’il y ait des échanges. Cela renvoie à la nécessité qu’il y ait des espaces vides de toute incitation ou contrainte. La fonction – 1 est celle du désir, celle du manque, celle du désirant. Il vaut mieux être désirant que désirable. La bienveillance, Oury s’en méfiait, au nom de la bienveillance, on peut faire les pires choses…comme utiliser les psychotropes comme camisoles chimiques, ou attacher quelqu’un sur son lit tout au long de l’année, comme nous l’avons vu il y a deux ans à Bourg en Bresse. Cela renvoie à la qualité de la vie quotidienne, des quantités de nuances qui jouent dans les entours.

S’il y a une fonction psychiatrique, elle est non seulement transdisciplinaire (en rapport avec tous les registres de l’homme : le biologique, le psychique, le social), mais elle est en rapport avec une connivence généralisée. « Ce qui devrait être le souci majeur de tout praticien : tracer chaque jour son champ d’action, redéfinir ses outils, ses concepts, lutter contre sa propre nocivité afin de préserver ce domaine toujours menacé : l’éthique ».

Quant à l’éthique, c’est l’adéquation de son désir propre, avec l’action menée ; et l’action, c’est, dans la relation thérapeutique, la responsabilité pour autrui. On peut dire aussi que l’éthique, cela consiste à ne rien céder sur son désir, comme le conseillait Lacan dans son séminaire 7.

De nos jours, dans de nombreux lieux psychiatriques, les bonnes volontés sont écrasées, empêchées, c’est une période de nihilisme thérapeutique, qui a commencé au début des années 80 : la clinique est réduite au DSM, ramenée à la description athéorique des symptômes, au détriment d’une psychopathologie qui tend à passer dans les oubliettes. Le sujet est hors sujet, sa singularité est niée, il devient un usager-objet de soins plus ou moins bien consentis. En outre, dans certains établissements pathogènes, les personnes de service ne doivent pas parler avec les malades. Pour parler, il faut avoir un des diplômes de la parole : éducateurs, psychologues, psychiatres. La fonction infirmière s’est appauvrie, il faut dire qu’il n’y a plus de formation d’ISP depuis 1992 . La suppression de cette formation diplômante marqua -selon Oury- le début d’un assassinat de la psychiatrie. Ces établissements, de plus en plus nombreux, ne sont pas en phase avec l’humain et sa folie, ils ne connaissent que les protocoles.

Nous sommes dans l’ère du « tout chimique », du « tout médical », avec les contentions et l’isolement pour juguler les débordements de la jouissance mortifère, et pallier au manque de personnel. La clinique est envahie par les protocoles, les procédures, les évaluations normatives, les ratios de fonctionnement et les recommandations de « bonnes pratiques » de la HAS. La psychiatrie se transforme en technocratie régulatrice des crises existentielles, une psychiatrie inhospitalière qui n’accueille pas. La psychiatrie publique a été structurée en « pôles », avec mutualisation des moyens entre plusieurs secteurs. Voilà qui fait des ravages : le pôle, structure administrative et financière est confondue avec l’idée de « service » qui est une structure clinique. La notion même d’institution a été oubliée, ne demeure que l’établi, l’institué conservateur, avec ses chefs de pôles qui parfois ne connaissent rien à la psychiatrie, et sortent fraichement diplômés de l’ENS de Rennes.

Le chef de pôle qui a des ambitions de carrière n’aura de cesse de satisfaire la direction de l’ARS, comme cette dernière fera tout pour satisfaire le ministre de la Santé ; et pour ce faire, il se dotera d’un DRH, d’un directeur des soins avec ses cadres de santé et ses médecins à sa botte. C’est ainsi qu’un projet managérial s’impose au médical, et les actualités récentes en sont une bonne illustration. Voir la souffrance au travail dans les services d’urgence.

La psychiatrie ne soigne pas, elle gère les crises psychiques.

Le secteur, faute de moyens suffisants, ne peut pas accueillir la folie. Les psychotiques sont à la rue ou en prison. Nous avons perdu 65 000 lits en quarante ans, ainsi comme le disait Oury, c’est l’antipsychiatrie qui a gagné.

Demeurent quelques lieux qui résistent, telle la clinique de la Borde, où tout le personnel (idéalement) est soignant.

Oury évoquait souvent le potentiel soignant du collectif ; il y incluait le potentiel soignant de certains patients. Oury n’aimait pas la distinction soignant-soigné, il préférait « payants-payés », c’est plus juste, car il y a eu des patients avec un meilleur potentiel soignant que certains salariés ; c’est pourquoi il préférait parler des fous-payants et des fous-payés, mais ça ne plaisait pas aux syndicats.

Oury, dans une interview filmée, disait que pour travailler en psychiatrie, il faut à la fois savoir être balayeur et pontonnier. Balayeur, pour une bonne asepsie, traquer, balayer les toxines mentales, tout ce qui pourrait être nocif, dans le fonctionnement institutionnel.

            Pontonnier, afin de faire des passerelles des uns vers les autres, d’éviter le cloisonnement, de faire des greffes « d’ouvert », afin de permettre à chacun de se délimiter. Si l’on est fermé, on est nulle-part, c’est le pontonnier qui permet quelque chose qui est de l’ordre de « l’avec », de « l’avec les autres ». D’autant plus que la spécialité des psychotiques, c’est de couper les ponts ! C’est peut-être le moment d’évoquer les clubs thérapeutiques, ils sont les outils paradigmatiques de la PI. Il s’agit de clubs intra hospitaliers, régis par la Loi de 1901, ils sont par conséquent indépendants de l’établissement. L’établissement psychiatrique traditionnel tel que Tosquelles le découvre en 1940 à Saint Alban, est marqué par des impératifs de ségrégation, de réclusion, et de contrainte. Pinel il y a deux siècles en parlait déjà de ce système concentrationnaire. Une hiérarchisation quasi militaire gérait des entités repérées : les gâteux, les agités, les travailleurs, les hommes, les femmes, les enfants-fous et anormaux, les hospitalisés libres. Création de ghettos aux effets mortifères : chronicisation et sédimentation. Au sein de ces établissements, le préjugé est roi, et le fou, mis en distance.

La faible sociabilité des lieux est imputée au déficit individuel de chaque malade alors qu’elle est induite par l’établissement. Le Club thérapeutique est l’antidote à l’ambiance pathogène générée par l’institué. Comme le disait Tosquelles : « Le club thérapeutique est le Cheval de Troie dans l’institué ». Par la remise en question du style de la vie quotidienne imposé par l’établissement et sa hiérarchie, le Club ouvre vers l’environnement, devient vecteur de culture, refonde le collectif, et de ces faits, par la fonction de remise en question des règles de vie, le phénomène de la Folie retrouve sa dignité.

            Ce travail en psychiatrie nécessite d’être sérieux, dans le sens de Kierkegaard. Le sérieux, c’est difficile à définir, c’est existentiel, c’est le sérieux existentiel. Si l’on quitte le sérieux, c’est la dérive, on peut alors transformer un hôpital psychiatrique en camp de concentration !  Oury répétait en boucle cette question existentielle : « Qu’est-ce que je fous là ? ». Cette question était pour lui quotidienne, essentielle, refus d’un « ça va de soi », et positionnement éthique de la fonction soignante. Qu’est-ce que je fous là ? Qu’est-ce que « je », le fou que je suis, fait là ? La PI prend en compte la double aliénation : par la psychothérapie et la sociothérapie. « Ainsi l’aliénation est double : l’une – dans la lignée théorique de Freud et Lacan – par l’entrée du sujet dans l’ordre du langage et de la problématique du désir. L’autre – dans la lignée théorique de Marx – par l’entrée du sujet dans l’ordre social, mais l’une ne va pas sans l’autre, même si leur logique n’est pas la même » (Horace Torrubia, 1992).

Cela renvoie à une réflexion nécessaire sur le soin. Qu’est-ce que soigner ?

Il y a une différence d’ambition entre la prise en charge et la prise en compte. De même, il y a une différence entre un établissement et une institution.

Entre le particulier et le singulier.

L’institution est toujours en avance par rapport à l’établissement.

L’institution est le phallus de l’établissement. Elle permet l’émergence des désirs et la confrontation entre instituant et institué, ce que l’on nomme processus d’institutionnalisation.

Pour conclure cette présentation de la PI, il ne s’agit pas de se demander comment faire de la PI dans votre établissement, mais plutôt comment la penser dans votre pratique, et de ça, nous pourrions en parler, à la fin de mon intervention. 

 

3. La psychiatrie contemporaine.

Pour conclure cette intervention : Quelques mots sur la psychiatrie aujourd’hui, on peut dire qu’elle est en danger, certains évoquent sa disparition.

En 1992, est supprimée arbitrairement la formation spécifique des infirmiers de secteur psychiatrique. Il aura fallu attendre cette décision politique annonciatrice d’une mort de la psychiatrie, pour que de nombreux psychiatres réagissent et s’expriment pour défendre la spécificité de ce métier et de sa formation, sans doute un peu tard, Oury accusera les psychiatres d’avoir laissé faire.

… et l’érosion du nombre de lits continue… comme le dit Oury : « La psychiatrie est en danger depuis toujours. Mais c’est vrai qu’il y a, depuis plusieurs années, la mise en place d’un processus de destruction dont l’étape fondamentale a été la fermeture des écoles d’infirmiers psychiatriques. » Alors, qu’en est-il de la psychiatrie aujourd’hui ? La disparition des 65 000 lits en 40 ans, la suppression de la formation des infirmiers sont des marqueurs d’une mort annoncée de la psychiatrie, qui peu à peu perd sa spécificité, réduisant sa clinique au DSM, pour ne devenir, à moyen terme, qu’une branche dévalorisée de la médecine. Les places sont rares en intra-hospitalier, un psychiatre de mes relations ironisait récemment sur « le jeu des chaises musicales » : dans son EPSM, pour que quelqu’un soit admis, il faut qu’un autre sorte, et les choix sont parfois draconiens, mettant en danger la vie des patients avec le risque suicidaire. Ainsi, les hospitalisations sont de plus en plus courtes, il s’agit dans l’urgence de « gérer » la crise psychique, (ce qui n’est pas l’accueillir) de la stabiliser en quelques jours, puis le patient, muni d’une prescription, sera renvoyé dans ses foyers, devra affronter le Réel qui pourra se montrer terrorisant et menaçant, avec comme perspective un suivi extrahospitalier en CMP ou en hôpital de jour. Dans certaines situations et de plus en plus fréquentes, il s’agit de non-assistance à personnes en danger.

Actuellement, nous assistons à un triple phénomène : 

. Une rationalisation économique et managériale de la santé publique, se traduisant par une désinstitutionalisation, observable par un externement généralisé.

. Une indigence du « secteur » à être en contact des malades gravement touchés par la marginalisation et l’exclusion sociale. La vie dans la rue et la misère, ça rend le plus souvent fou. Des milliers de psychotiques vivent dans la rue et sans aucuns soins.

. Une augmentation inquiétante de systèmes de repérages des malades mentaux, afin de mettre en place des systèmes de classification, de statistiques, dans un but diagnostique ; codifications normatives des comportements observés, en lien avec des prescriptions psychopharmacologiques, censées être la seule réponse adéquate aux symptômes. Nous sommes loin d’une culture phénoménologique, psychanalytique, et psychiatrique, qui respecte le sujet dans sa position subjective ; loin d’une psychiatrie de l’homme.

En outre, il y a de nos jours une prolifération de cas de maltraitances, de nombreuses pratiques en matière d’isolement ou de fermeture des portes sont contraires aux réglementations en vigueur, en matière de droits des patients. Depuis une vingtaine d’années, nous assistons à un retour des pires pratiques asilaires, et en particulier suite au discours de Sarkozy en 2008, qui accéléra et rendit accrues les nouvelles mesures sécuritaires en psychiatrie : retour de plus en plus fréquent des contentions, utilisations abusives des chambres d’isolement, camisoles chimiques, chantages aux permissions de sortie, c’est-à-dire des lieux où le sujet n’a plus la parole, où il n’est plus qu’objet hétéronome d’une équipe de soins, ayant perdu son libre-arbitre. « Isoler le patient dérangeant peut parfois offrir la possibilité de ne pas avoir à penser les modalités de son accompagnement, ni d’analyser ce qu’il y a de mortifère dans l’institution, d’aliénant dans certains comportements vis-à-vis des symptômes des malades (…).

En travaillant ainsi, le soignant croit se libérer, mais il se déresponsabilise, il perd le sens de son travail, et il peut ainsi échapper à la relation transférentielle qui le lie au patient, il est vrai que c’est parfois « lourd » à porter, mais tout le monde n’est pas obligé de travailler en psychiatrie. Je sais aussi que la PI est – en certains lieux thérapeutiques – la mauvaise conscience des équipes, lesquelles se réfugient dans le passéisme, évoquant sans cesse « l’avant » ; mais continuent à être impuissantes et fatalistes dans le présent, confondant principe de réalité et principe de résignation. En outre, il y a une culture psychiatrique qui se perd, il faut réagir, le niveau est devenu très bas, je connais des jeunes psychiatres de bonne volonté, mais complètement paumés, sans points de repères, faute d’une culture psychiatrique conséquente.

Après, en 2004 et 2008, il y a eu le voyeurisme de la société spectaculaire marchande qui a exploité deux faits divers. Cela marqua un tournant inquiétant, s’originant à deux drames qui ont considérablement nuit aux représentations collectives sur la psychiatrie : à Pau, en 2004, un patient schizophrène qui n’était plus en soins à l’hôpital, tua une aide-soignante et une infirmière, avec beaucoup de sauvagerie. Quatre ans plus tard, en 2008, un malade du CHS de Saint Egrève (Isère), pendant une « permission », assassina un homme en plein centre-ville de Grenoble. La psychiatrie devint le mauvais objet de Sarkozy – et de l’idéologie dominante distillée par les médias – pour de prétendus manquements face à la dangerosité des fous. Sarkozy préconisa que tous les services soient sous clés, voulut imposer un durcissement des conditions d’hospitalisation, il véhicula une idéologie ségrégationniste qui stigmatisa les malades psychiques et leurs familles.

2008 fut marquée par le primat de la préoccupation sécuritaire au détriment des ambitions éthiques du soin psychique. La Folie fut associée à la dangerosité sociale, en assimilant la maladie mentale à la délinquance. Cette orientation sécuritaire est de plus aggravée par l’inégalité de l’accès aux soins, et par la mainmise gestionnaire et technocratique sur la psychiatrie. Enfin, grâce à Sarkozy (mais ni Hollande ni Macron n’y changeront quelque chose), ce qui est adressé aux psychiatres, c’est cette injonction : « Attention danger, sécurisez, enfermez, contraignez, et surtout n’oubliez pas que votre responsabilité sera engagée en cas de dérapage ».

 L’antidote au fléau sécuritaire, c’est la PI, là où elle existe. Son principe fondateur est : si nous voulons soigner des malades psychiques, il faut en passer par le traitement de l’institution, et notamment par la praxis de l’analyse institutionnelle. Oury parlait souvent d’asepsie, non pas d’une asepsie émotionnelle, mais l’asepsie, au sens de « faire le ménage », se débarrasser de tout ce qui est mortifère, aliénant et pathogène dans le fonctionnement. La PI est à la psychiatrie ce que l’asepsie est à la chirurgie. L’asepsie, c’est traquer les toxines mentales, éviter toutes les mesures d’isolement, et les routines aliénantes ; et au contraire, favoriser les conditions d’une ambiance qui ne soit pas nocive, prendre soin des entours, où chacun peut exister comme sujet, et être partie prenante de la vie collective, dans le quotidien. Nous assistons maintenant à une banalisation des pires pratiques asilaires (isolement, contentions, camisoles chimiques), et ce constat est consubstantiel à la dérive managériale où le souci de rentabilité est roi, où l’établissement de soins devient une entreprise, où chaque acte est tarifé et payé. D’où une recrudescence des électrochocs en certains lieux : leur facturation élevée optimise non seulement les finances des établissements, mais aussi « technicise » l’image d’une santé mentale en recherche de légitimité scientifique.

Jean Oury conclura cette intervention  : « Les conseils qui sont donnés dans les hôpitaux, c’est de revenir à la psychiatrie d’avant - guerre, à peu de choses près ! De différencier, de faire une ségrégation étagée : les aigus, les demi-chroniques, les chroniques, les déments, les foutus, les vieux…ils n’ont pas ajouté le four crématoire, mais ça viendra ! Et puis, sur le plan du personnel, si vous voulez davantage de personnel, vous pouvez lourder quelques infirmiers diplômés pour prendre trois ASH, c’est plus économique ! Ce sont les conseils ministériels ! C’est pour dire que tout va bien ! »

Merci de votre attention et d’être resté jusqu’à la fin. Nous pouvons discuter et échanger à bâtons rompus. Je peux aussi essayer de dissiper quelques difficultés ou incompréhensions, clarifier certains points. Après le « dit », faisons place au « dire », et « qu’on se dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend », cette phrase est de Jacques Lacan, du coup, c’est lui qui conclura, mais Jean Oury ne s’en plaindrait pas…

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Eric Miano, responsable de formation à l’IREIS s'en explique, évoquant un lapsus énorme, et si l'acte est manqué pour l'intitulé de l'intervention, il est réussi pour l'inconscient de son auteur, qui m'explique qu'il était dans un état de jubilation à l'idée de faire entrer le loup dans la bergerie, heureux à la perspective d'un moment instituant qui va un peu bousculer l'établi et ce qu'il considère comme une ambiance de plus en plus scolaire et normative. Alors il était content, sans doute pris dans la jouissance, le rire fut inscrit, au détriment du "sou" du "sourire"...

 

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30 mai 2019

Une conférence sur la psychothérapie institutionnelle...

 

JEUDI 20 JUIN 2019

De 17h30 à 19h30 

 

A l’IREIS de la Haute Savoie

1 bis Boulevard du Fier

74000 ANNECY 

 

J’anime une conférence-débat avec un auditoire de travailleurs sociaux en formation :

« Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes »… 

 

Dans le cadre des « impromptus » de l’IREIS.

 

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