Le 6 février 2014

 

Je ne serai peut être jamais…

Psychanalyste…

Je ne vivrai pas cette imposture personnelle

Consistant à se prendre pour un (A)utre

D’abord, c’est quoi, un psychanalyste ?

Comment peut-on être un psychanalyste ?

Sans céder à la tentation

D’être titulaire de l’inconscient des autres

Des petits autres qui souffrent,

Alors que j’ai tant à faire avec le mien, d’inconscient,

Et que le réel présent,

Hic et nunc,

Est un intolérable ? Un impossible à vivre ?

Peut-on, doit-on, se dire psychanalyste ?

Suffirait-il d’accepter cette place de guérisseur des âmes ?

Du sorcier qui sait déchiffrer

Tel un hiéroglyphe apocryphe,

Les arcanes de l’inconscient, structuré comme un langage,

Pour le devenir ?

Non…à la place de cette imposture personnelle,

J’irais plutôt finir ma vie

En Unités de Malades Difficiles

Au Vinatier, à Cadillac, à Henri Colin.

J’aurais initialement éliminé,

Avec rage et méthode,

Dans l’acharnement désespéré du fou d’amour,

Tous les serpents lubriques, de haute Savoie, et d’ailleurs,

Les exhibants phalliques,

Les coincés du sentiment, les invalides affectifs,

Les tièdes, les frileux, les profiteurs, les charognards,

Voulant sacrifier leurs pulsions égoïstes, à l’autel de la Beauté incarnée,

Par ma Reine, ma Déesse, ma Colombe, mon Amour éternel, ma Déchirure.

La police m’a arrêté un beau matin, il était six heures, il faisait nuit,

Je les attendais,

Il y avait aussi des blouses blanches,

Ils étaient quatre, et déterminés…

HDT, ont-ils dit, transactionnels et froids…

Alors, je finirai en UMD ?

A Cadillac, au Vinatier, ou à Henri colin,

Habillé d’un pyjama bleu-azur,

Qui évoquera la couleur de tes yeux.

Je déballerai ma vie intime

A des experts emplis de morgue

Normalisatrice

Encamisolé, nourri, blanchi, abreuvé de tisanes, logé, éduqué, éducastré,

Je ferai la queue,

Trois fois par jour, pour les médoks,

Avec mes pairs, d’autre pyjamas bleus,

Mes alter égo

Ces disparus, ces oubliés,

Et nous chanterons la litanie des oubliés :

« Toc, toc, toc ! Voila les médoks ! »

Telle sera notre chanson quotidienne…

Je ne serai jamais psychanalyste,

C’est une imposture,

Chacun doit être à sa place dans le chaos universel,

J’ai nommé le réel.

Et je resterai seul

Avec mes yeux de fou

A ma place, enfin à ma place…

Dans mon étroit lit-cage, sanglé et sédaté,

Mis hors d’état d’aimer,

De cette façon déraisonnable ; inconvenue,

Gênante….

En posture fœtale,

Je passerai de l’idéal du moi,

Au moi idéal…