Depuis plus d’un mois, on ne saurait parler d’autre chose que du SARS-COV-2, irruption intempestive du Réel qui fait trou, effraction de ce trou-matisme, une béance que les personnes humaines s’efforcent de symboliser, de border, de comprendre, d’apprivoiser. Un Réel ayant des effets observables au niveau social, économique, culturel et psychique ; effets notamment du confinement, lequel, dans sa façon de le vivre, réactive des inégalités sociales flagrantes.

Tel un colosse aux pieds d’argile, la construction qu’était ma vie de superviseur, de formateur et de psychanalyste s’est provisoirement effondrée. Tous mes groupes de travail sont en arrêt, et je ne vois plus personne au cabinet, ce qui induit que je me sens un peu orphelin. Dans cette activité de « psychiste », je suis le désirant, non le désirable, et c’est une question éthique importante.

Par conséquent, je repousse d’une année mon séminaire annuel ; le séminaire sur l’aliénation, prévu le 20 juin de cette année aura lieu l’an prochain à la même période. Il faut dire que la conjoncture de crise sanitaire a impacté la motivation des sujets à s’engager pour cette journée, à ce jour, il n’y a que quatre inscrits alors qu’il en faudrait à minima une dizaine.

Il y aura des jours meilleurs. La preuve en est, puisque va paraître prochainement à l’Harmattan mon dernier livre :

« Psychanalyse et question sociale »

« Passages…fragments instituants »

…avec une préface de Joseph Rouzel.

 

« Ce présent texte s’inscrit dans le passage d’un état à un autre, celui qui va du passant au passeur. Ce passage est chemin de vie, une vie marquée par la subversion et l’opposition instituante à toutes formes d’oppression ; et si je me suis toujours opposé aux discours réifiants et aliénants, si j’ai toujours privilégié le « je » au trop suspect « on », et si j’ai eu la chance de rencontrer des passeurs d’avenir qui m’ont tiré vers le haut et m’ont aidé à faire advenir le sujet que j’étais ; à la longue, je suis aussi devenu un passeur, ce qui justifie à mon sens le sous-titre de l’ouvrage : « Passages…fragments instituants ». Derrière ce chaos apparent demeure un cheminement cohérent. Comme le disait le poète Bernard Dimey : « Quand j’ai bu, j’suis saoul mais logique ! »

Alors, en réponse au questionnement du lecteur potentiel, je dirais que ce livre nous parle du travail social et de la psychanalyse. Le corpus textuel, charpenté de chapitres, est entrecoupé et balisé par un intertexte autobiographique qui aborde les thèmes d’une vie socioprofessionnelle : le temps libre, le loisir, la supervision d’équipes,  le travail d’éducateur, la psychanalyse, l’idéologie funeste du néo capitalisme, les conduites riscogènes, la psychiatrie et son antidote, la psychothérapie institutionnelle, le travail des « sans grades », petites mains du travail social au service des personnes les plus vulnérables, c’est-à-dire les personnes très âgées.

Tout cela, inscrit dans le paysage d’un arrière-pays empreint par la tentation révolutionnaire, l’horizon des hautes montagnes et sa déraison ordalique, le risque de la folie et la pulsion de mort en butte à un instinct de vie inextinguible, chevillé au corps. Dans l’intertexte, ce livre raconte aussi le déroulement d’un processus civilisateur qui n’allait pas de soi au départ. »

 

 

 

Serge Didelet est psychanalyste et membre de l’association l’@Psychanalyse, il travaille aussi sur site comme superviseur d’équipes, formateur et conférencier. Il a déjà publié : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », Champ social Editions, Nîmes 2017.