Fureur scripturaire matinale évacuant les brumes oniriques où se rejouent sans cesse les duperies spéculaires de l’homme ; pulsions sublimées même si La Femme n’ex- iste pas - il n’y a que des femmes – n’en déplaise aux innocents, also sprach der psychoanalytiker. Oui, c’est ce qui arrive, lorsque les objets perdus jouent à l’incruste dans les rêves. Alors, apparaissent des femmes, éphémères et intrusives, feux follets insaisissables, éternel retour du refoulé ; restes diurnes de l’aube sale, déchets libidinaux et autres oripeaux de l’objet @ : « O revenez, amours envolées ; faites pas les cons, ya pas la place ! ». Ce matin, je suis dicté par un magnétophone branché sur les limbes, paysage mental qui me fait associer ; et associer, c’est préférable qu’être dissocié, éparpillé en petits fragments, comme quoi je ne suis pas le psychotique que vous croyez.

 La Femme, - terra incognita – et l’infinie Féminité mythologique ne sont que des émotiphages où l’homme, nu et désarmé, ne peut qu’éternellement se condamner à mort. Où s’entend, occulte la solution pour l’être, telle une absence de nomination relative à la supposée jouissance de l’Autre, ce lieu où se constitue le « je », pris dans l’étau sociétal de l’interlocution, c’est-à-dire celui qui parle avec celui qui entend. Ainsi cette juvénile et jolie schizophrène conversant avec « ses voix », pavillon Paul Lévèque, à Lagny sur Marne.

Je cherche et je ne trouve pas la tonalité d’une écriture de la fureur instituante qui saisirait le Réel, notations impossibles et inatteignables – horizon qui recule sans cesse – autant bouffer le semblant d’objet @ du livre, comme le peintre fou mange ses couleurs et devient peinture, en incorporant l’objet. Les mirages de l’amour et de l’amitié, marquent, balisent ce point de l’être vide, ce point où le rapport sexuel ne cesse pas de ne pas s’écrire.

Ça ne s’écrit pas, ça se gueule dans la rue du brouillard blême, ou comme Artaud le Momo, dans les corridors de Ville -Evrard ; ou ça se cherche dans l’Un solitaire, perspectives boutiquières de l’anachorète laïc, faites d’alambics et d’herboristerie, ritualisations maniaques faisant procédure à l’écoulement du temps ; assignation à résidence alors que dehors, la publicité solaire de l’été indien bat son plein, comme démenti à une mort annoncée depuis toujours. Arnaque mordorée de ce paysage de carte postale alors que Nanterre et ses insurgés, c’était si beau !

A rester chez soi, dans l’homéostase livresque, demeure cette jouissance singulière qui consiste à bouffer l’objet oral, faire de la fumée. D’où l’invention validée par la Doxa et l’endoxal millérien, hommage constant et assidu, mamelle-matrice d’une transmission freudo lacanienne en perpétuation, pour les siècles des siècles, Amen, Aum, Alléluia, Allah Akbar et Om Mani Padme Hum !

L’été indien a fait long feu, laissant place à un tableau monochrome, gris, glauque, fait de grises nébulosités. Station assise ou debout du solitaire en proie à sa mélancolie active :  marcher dans le petit matin, seul ! Emprunter chaque jour son chemin, libre.

C’est cela, réussir sa folie privée !

Psychogéographie animée de l’esprit de dérive, d’errance, courir aussi, au long cours, comme les Tarahumaras, dans ce même mouvement salutaire, qui tient à ne rien céder sur son désir.

Rester vivant.

 La solitude est ma configuration originelle. Mon logiciel, diraient – ILS dans leur novlangue managériale. Pour la sauvegarder, cette solitude, il m’a fallu tuer tous mes amis ; mais il en reste. Si je tue, c’est à bon escient, avec parcimonie.

Le dernier en date que j’ai liquidé ressemblait à un vieil échassier – en imitant bouffonnement le bestiaire de La Fontaine –, un héron déplumé, myope et ventripotent ; malade de l’être, et sous perfusion d’éthanol glucosé, et de narcissisme. Du style, il en avait, c’est indéniable, afin d’entretenir l’illusion et la captation imaginaire de l’autre, l’alter ego. Dans la séduction et le bagou, il avait du savoir-faire. Il aurait pu être forain, improbable Zampano, et montrer des serpents, dans une odeur de barbe à papa. Etron visqueux chu de l’anus du Diable, il cherche ; et c’est son Graal – à l’instar de nous-autres, autres étrons – il cherche à survivre, en se prenant pour un artiste. Pourquoi pas ? En outre, et s’il a été informé de la castration – il est censé transmettre la Loi - , il se démène au quotidien pour la contourner, ne renonçant jamais à la jouissance, illustration clinique d’une père version dirait l’impromptu de Vincennes, un jour de dissolution de la colle.

Chacun son bricolage, et à chacun son imposture, qui lui en voudrait ? Ce n’est pas facile d’être, je peux en témoigner ; de cette réitération du m’aime. Il faut bien un peu de transcendance. Et le Réel qui se répète, c’est un mode de jouissance mortifère, même si – paradoxe - on se lasse, en fin de vie, de la pulsion de mort.

Alors, table rase des faux semblants : je suis un autre mec !

Alors, tel Erostrate, j’ai flingué à tout va… N’empêche, la vie est plus facile pour moi depuis que j’ai fait « place nette », je me sens moins encombré aux entournures par les faux semblants sociétaux. Je respire mieux.

Comme l’écrivait Louis Althusser, ce fou de génie : « Une fois que le deuil est fait, la transaction avec le souvenir de l’objet est plus facile qu’avec l’objet vivant ».

A une exception près…autre histoire.

Ma vie fut parfois comparable à une entreprise de démolition. N’attendant plus rien de l’Autre, je me prépare au pire, en participant à l’entropie galopante : retour au nihil de mes vingt ans, ça permet d’être sujet et non objet. J’ai rencontré la varité – vérité variable – après six ans sur le divan : j’ai compris qu’Il n’y a Rien. Il n’y a plus rien. Reste le Verbe du commencement – alpha et oméga - et ces déserts en friche, à labourer du soc de ma plume Mont blanc. Avec des mots, toujours des mots – et les mots tuent La Chose - , des mots en deçà du Réel, cette palette de couleurs de l’écrivant. N’empêche…tout jeune je suis tombé dans cette marmite des signifiants. C’est plus fort que moi, les mots, j’ai envie de les étreindre, de les tordre.

L’écrivant génère un ajustement de la distance à l’Autre et à la sempiternelle question des jouis-sens qu’il conviendra de différencier, de garder bien distinctes, de déconstruire. L’état d’écriture est l’envers du désêtre, ça permet de faire danser la vie, dans le plus de jouir hypomaniaque. Mais comme il y a toujours un prix à payer, le sujet désirant sera confronté malgré lui à la crainte damocléenne que ça s’arrête, par l’irruption de la panne de désir, celle qui est toujours embusquée ; annonciatrice de la mélancolie stuporeuse, et de l’éternel et irrésistible désir d’un retour vers l’inanimé. L’homme tend à la mort, il faut le savoir, même si ça ne va pas de soi pour la multitude qui veut croire en plus belle la vie. La mélancolie, « c’est du lourd » et ça a plus de conséquences que le spleen baudelairien, même si, quand même, Gérard de Nerval, rue de la Vieille lanterne, ce n’était pas frimé !

Tombée en désuétude par un DSM a-théorique, la mélancolie se noie dans le marais indifférencié des troubles de l’humeur. C’est pourtant un état existentiel terrifiant, par lequel le sujet n’ayant pas pu faire le deuil de l’objet l’a haussé au plus haut niveau d’Absolu : alors, sans aide, il se laissera bouffer par lui, érosion terrifiante du Moi, ombre portée de l’objet perdu. C’est ainsi que l’on porte une Blonde en soi…à jamais…La Blonde avec le « La » barré. Si l’objet perdu a tant d’attrait pour l’inconscient, c’est parce que depuis toujours, il est perdu.

Au final, après un long travail de parlêtre : la forme supérieure de la critique, prenant l’allure du deuil des illusoires comblements et autres complétudes d’encombrement. Conscientisation et vérité. 

Vous qui entrez ici, abandonnez toute illusion !

 Cependant, il peut arriver que le mélancolique rencontre quelqu’un(e) qui déchainera - souvent à son insu – sa passion ambivalente : hainamoration enest son néologisme ; car cet autre semblera être détenteur de la Chose, depuis toujours absente, nous révélant ainsi avec beaucoup de clarté, l’affinité secrète entre la Passion de l’Amour Fou et la mélancolie.

Melancholia : la bile noire d’Hippocrate… 2400 ans après, la mélancolie d’Althusser…

La mélancolie, consubstantielle aux animaux parlants, est de structure.

Il y a un siècle, Freud nous avait pourtant prévenu – qui l’écoute ? -  : cet autre aura été élu sur une base narcissique et imaginaire ; ce qui en revient à dire que c’est encore lui-même que le mélancolique, pris dans les rets de l’Amour Fou – ou de l’amitié – croit avoir trouvé. On ne s’en sort pas, même lorsqu’on a compris que l’amour, l’amitié et la haine participent d’une même duperie spéculaire.

Le sujet n’y peut rien, il n’est pas maître en sa demeure : captation par l’image et corpo-réification, chosification à l’image du corps parlant. Demeure la psychanalyse, contre vents et marées cognitivocomportementaux, contre le nihilisme thérapeutique et le défaitisme. La psychanalyse que l’on croyait perdue ex-siste, je l’ai rencontrée ! A contre -courant des « ça va de soi » et des normopathes. Cette psychanalyse, c’est le lisible contre le visible, le mot contre l’image ; autant dire le pot de terre contre le pot de fer, dans ce monde iconophile où chacun, sous l’emprise de la jouissance scopique, est rivé à son écran dès l’âge de onze ans ; là où l’exhibition de la jouissance sans limites a supplanté le désir, faute de Re – Pères. Le point de repère, ça marche à la fonction paternelle, depuis longtemps aux soins palliatifs.

 Ce n’est pas l’objet, mais le manque d’objet qui structure le sujet et l’accompagne, de la nature à la culture : apprentissage de la castration, c’est-à-dire éducation, condition de ce qui fait civilisation. Mais dans ce monde parfait macronique, où chacun peut devenir milliardaire ; et lorsque l’injonction sociétale est de jouir sans limite des objets, c’est-à-dire de consommer, il ne saurait y avoir de manque. Il n’y a qu’à se servir dans l’hypermarché planétaire.

Profitez ! Et surtout : circulez ! Voilà ce que veulent les maîtres des flux.

 A manquer de manque, c’est avoir l’objet @ dans la poche, et ça peut porter à conséquences de ne plus désirer. Cette liberté est amère et n’augure rien de bon pour les sujets humains, quels qu’ils soient, mais après tout ils ne l’ont pas volé ! Amère liberté que confère le capitalisme, faillite de la pensée : aphanisis de l’intelligence, perte du libre arbitre et du sens critique, nivellement par le bas, principe de réalité mutant en principe de résignation…au nom du réalisme économique.

Où sont passé les hommes ? Les Raymond Aubrac ? Les Jean Oury ? Les François Tosquelles ? Les Lucien Bonnafé ?

Alors ? La transmission comme mot d’ordre.

Perchés sur le gibet des amours avortés, ils sont beaux et fiers ces oiseaux du malheur qui passent leur journée à croasser des nouvelles du monde inquiet ; troublant la sépulcrale ambiance de novembre, quand le ciel de plomb, bas et lourd est le paysage mental des pauvres gens qui se terrent, pour se cacher de la mort.

La journée est passée, marquée par ce texte iconoclaste, auto-parodique et fictionnel s’il en est. Aux lecteurs hypothétiques : ne pas prendre tout « ça » à la lettre, ce n’est que vagabondage et exorcisme. Prenez-ça, si vous le voulez bien pour un poème. Mais quand même, ce soir, je suis fatigué des mots, et je me laisserais bien tenter par la contemplation béate d’images. De plus, à la longue, das Ding, ça rend dingue ! Pour ce soir, je passe la main, et je donne ma langue au ça !

 

Serge DIDELET (7/11/2018)