« [Les ennemis inconscients de l’enfance qui militent dans les établissements d’éducation] pullulent autour des enfants en danger « moral », délinquants ou inadaptés. Partisans sournois d’un ordre social pourri et qui s’écoule et qui s’écroule de partout, ils s’affairent autour des victimes les plus flagrantes des éboulements : les enfants misérables. Importuns et tenaces, ils se rassemblent comme des mouches et leur activité bourdonnante et bienfaitrice camoufle un simple besoin de pondre dans cette viande à peine vivante leurs propres désirs d’obéissance servile, de conformisme avachi et de moralisme de pacotille.

Ils emploient volontiers un terme magnifique, somptueux de bêtises, perle qui se grossit des sécrétions de mille comités accrochés à la table des administratives réunions comme des huîtres sur leur rocher : le redressement moral. Comme si les enfants avaient quelque part un morceau d’on ne sait quoi, bien droit chez les uns, tordu chez les autres et qu’on façonnerait en forme d’échine courbée à petits coups d’exemples, à petits coups de trois petit-beurre les jours de visite ou de grandes fêtes.

Tous ces administratifs petits pontes cachent la mollesse de leur caractère dans leur situation sociale comme le bernard-l’hermite protège son ventre dans une coquille empruntée. Eux qui sont des insuffisants sociaux docilement résignés à un emploi monotone notoirement inefficace, que peuvent-ils comprendre à des enfants qui ont l’invraisemblable audace de manifester des troubles du comportement ? »

 

- Fernand Deligny, « Le bien, le mal et leurs champions », in Les vagabonds efficaces (1947), pp.163-164.