PARAITRA DEBUT JUIN A CHAMP SOCIAL EDITIONS :

 

Serge Didelet [1]

 

« Jean Oury… celui qui faisait sourire les schizophrènes »

 

 

Préface de Joseph Rouzel

Postface d’Éric Jacquot

168 pages Prix public : 17 euros 

 

« Avec cet ouvrage, particulièrement exceptionnel par sa texture, son contenu et son approche, Serge Didelet met les pieds dans le plat. Tout en se préservant de   la pratique de l’encensoir, où à coups de panégyriques et autres salamalecs, les thuriféraires et zélotes du grand Jean ne pensent qu’à l’embaumer, parce qu’il commence à se décomposer et que la mort ça pue. Le cadavre ils l’auraient bien bouffé tout cru, dans un repas totémique, comme dit Papy Freud, mais ça la fout mal. Alors ils le statufient dans un reliquaire. Pour le neutraliser. Pour pas qu’il revienne nous faire chier encore et encore et encore avec les toujours mêmes questions : c’est quoi l’institution, l’ambiance, quelle est ta place ??? (…) Un acte. En voici un. C’est un acte d’écriture. Une écriture qui mobilise la première personne. « Faut pas écrire JE dans un travail scientifique sérieux », disaient-ils. Serge, lui, il ne s’avance pas masqué, ni bardé d’un battle-dress théorico-épistémique. Un acte, c’est nu. Serge, gonflé, qui n’a jamais rencontré Oury, en se livrant dans cet ouvrage, le rencontre enfin. Voilà la donne. A la nervure exacte du plus vrai du vrai de cet homme qui dévoua sa vie à la cause des psychotiques, sans jamais refermer la question dans un savoir de plomb (…)

Dans les effets de transfert, c’est avant tout l’ami Serge qui se déplace et qui nous déplace. Alors le lecteur peut comprendre qu’il ne s’agit pas d’écrire sur Oury, d’autres s’en chargeront, et lourdement, mais d’écrire sur ce qu’Oury nous fait, là où il nous touche, là où sa parole, bien vivante, chemine en chacun de nous. L’ouvrage de Serge Didelet du coup se fait passeur pour chacun qui s’en saisit, passeur de sa propre humanité, passeur de cette quête sans fin vers « l’inaccessible étoile » que Jacques Brel célébrait dans L’homme de la Mancha.

Dernier point que je soulèverai : cet écrit prend son envol entre deux morts. Oury est mort le 15 mai 2014 et l’analyste de Serge Didelet, Pierre Hattermann a trouvé la mort le 4 août 2016 des suites de ses blessures lors de l’attentat terroriste de Nice. Cet analyste avait soutenu activement la rédaction de l’ouvrage. A sa mort Serge faillit abandonner. Puis le sursaut d’un désir increvable est revenu, toujours neuf, toujours étonnant, qui l’a poussé à achever le travail, à frayer le passage entre ces deux morts, ces « deux places vides » qui assurent, comme l’écrivit magnifiquement le poète René Daumal, une « présence entourée d’absence ».

(Extrait de la préface de Joseph Rouzel)

 

 

 



[1] Serge DIDELET est actuellement superviseur d’équipes et formateur. Il exerce aussi la psychanalyse en cabinet à Sallanches (Haute Savoie).