Pierre Hattermann est décédé depuis un peu plus de trois mois, prémisses post-traumatiques du chemin de deuil, de cette épreuve de réalité qui – comme l’énonçait Lacan – « se conquiert dans un drame ». De la perte qui fait trou à l’absence nostalgique, le chemin est long, temporalité psychique vécue dans la solitude, qu’il faut bien assumer.

En attendant, Pierre me manque, comme il doit manquer à tous ceux qui gravitaient dans sa connivence. Pierre était un fédérateur, et il avait l’art de regrouper des gens hétérogènes. Depuis le mois d’août et la cérémonie au Plateau d’Assy, je me demande de plus en plus si « nous allons nous en remettre » du décès de Pierre ; si les réseaux relationnels, associatifs, et les nombreuses initiatives qu’il a inspirées vont pouvoir perdurer.

« Ça marche au désir ! »

S’il y a transmission - c’est sans doute ce qu’il désirerait si on lui demandait son avis, comme mort – c’est que ceux qui lui ont survécu auront dépassé « l’à-quoi-bonisme », le repli frileux dans l’individualisme, la pulsion de déliaison, composante de la pulsion de mort.

Pierhat – c’est ainsi que je l’appelais quand je parlais de lui – aurait désiré sans doute que nous dépassions cette difficulté existentielle. Mais il ne doit pas rester enterré au cimetière de Passy, aussi je me suis résolu à publier ces sept textes écrits par Pierre entre 2013 et 2016.

Son intérêt pour la psychanalyse et sons sens de la clinique du sujet sont sans cesse en filigrane dans ces différents textes. Ainsi, c’est le symbolique qui aura le dernier mot dans cette histoire ; et je vous souhaite – sur les traces de Pierre – une agréable lecture.

Serge DIDELET, le 8 novembre 2016.

 

 

 

Pourquoi une association pour une clinique freudienne du lien social ?

 

 

 

S’il y a lieu de créer une association pour une clinique du lien social, c’est que le lien social suscite notre intérêt et que nous pensons qu’il est susceptible d’une approche clinique que nous souhaitons promouvoir par rapport à d’autres approches possibles. Comment le sujet peut-il se situer dans les discours qui organisent le lien social, quels sont les effets de ces discours sur la subjectivité ? La promotion d’une clinique du lien social suggère que ce lien génère une souffrance, un malaise, pour reprendre le mot de Freud, qu’il y a lieu d’entendre.

Il nous faut donc définir ce que nous entendons par « approche clinique » et « lien social » en fonction du référentiel théorique que nous avons choisi, à savoir la psychanalyse freudienne et lacanienne.

Le mot « clinique » est importé du monde médical. Il signifie étymologiquement « au pied du lit du malade ». Il renvoie donc à une méthode basée sur l’observation de signes, qui renvoyant à d’autres signes, vont signifier quelque chose à quelqu’un. C’est la définition que Lacan donne du symptôme au sens médical du terme. Il oppose cette formule à celle du signifiant qui représente le sujet pour un autre signifiant. Que veut dire cela pour une approche clinique se référant à la psychanalyse ?

Cela signifie que la méthode clinique n’est pas une méthode empirique, basée sur l’interprétation plus ou moins intuitive de signes, en dehors d’une référence à une théorie précise. Elle s’appuie au contraire sur une théorie du sujet dans le Réel[1]. Pourquoi dans le Réel ? D’une part parce que le sujet est pris dans le jeu des signifiants, signifiants on ne peut plus réels, et répondant à une logique rigoureuse. D’autre part la clinique psychanalytique ne se contente pas de déchiffrer les phénomènes pour en délivrer le sens pour le sujet, elle prend également en compte ce qui ne peut être symbolisé, à savoir ce que Lacan a théorisé sous le terme de jouissance.

Le sujet qui nous intéresse est aussi bien le sujet singulier que le sujet collectif. Freud le montre dans son texte « Psychologie collective et analyse du Moi » qui donne les lignes de ce que l’on pourrait appeler une clinique du collectif, une clinique du groupe, une clinique du lien social.

Il a ainsi ouvert la voie à d’autres psychanalystes comme Bion qui dans son livre sur les petits groupes prolonge l’avancée de Freud. Lacan rend un hommage appuyé à Bion dans un article sur la psychiatrie anglaise pendant la guerre.

Une clinique psychanalytique du lien social est présente dans l’œuvre de Freud depuis « totem et tabou » jusqu’ à « l’avenir d’une illusion ». Freud est parti d’une clinique du sujet pris dans la névrose pour étendre cette clinique au collectif, ainsi qu’aux productions des sujets pris dans ce collectif, comme les œuvres d’art, la littérature…

Il existe donc, selon l’abord que l’on privilégie, une clinique du sujet, une clinique de l’institution, une clinique du sujet pris dans l’institution (institution est à prendre au sens large, de ce qui est institué et se matérialise dans différents dispositifs, différentes formes de liens sociaux, et est donc tributaire d’une idéologie, du pouvoir politique et économique).

Lacan poursuit cette théorisation qui permet une véritable clinique du lien social à travers sa théorie des 4 discours. Discours de l’hystérique, discours du maître, discours universitaire, discours analytique. Il y a rajouté le discours capitaliste.

Dans chacun de ces discours le sujet occupe une place différente, ainsi que le signifiant et la jouissance. Par rapport à quel discours dominant le sujet a-t-il aujourd’hui à se situer ?

Nous sommes dans ce questionnement-là. Nous voulons interroger les différents dispositifs institutionnels dans lesquels sont pris les sujets et le malaise qui en résulte et proposer une façon d’envisager les pratiques éclairées par une clinique psychanalytique du lien social pour redonner sens à ces pratiques aujourd’hui essentiellement subordonnées à des critères de performance et de rendement.

 

Pierre Hattermann (30/04/13)

 

 

 

Références bibliographiques :

 

BION W.R. : « Recherches sur les petits groupes », PUF, 1965.

 

FOUCAULT Michel : « Naissance de la clinique », PUF, 1963.

 

FREUD Sigmund : « Psychologie collective et analyse du Moi » (1921), Essais de Psychanalyse, PBP, 1981.

 

LACAN Jacques : « La psychiatrie anglaise et la guerre », 1947.

 

LACAN Jacques : « Séminaire III : les psychoses » (1955-56), le Seuil, 1981.

 

LACAN Jacques : « L’envers de la psychanalyse » (1969-70), le Seuil, 1991.

 

OGILVIE Bertrand : « Lacan, le sujet », PUF, 1987.

 

 

 

 

 

La psychanalyse comme antidestin

 

 

 

Argument pour une intervention dans le cadre du cycle de conférences organisé par l’Université Populaire de La Roche sur Foron.

 

« L’art est un anti destin » : André Malraux (« les voix du silence »)

 

« La psychanalyse est un anti destin » : Gérard Vachonfrance.

 

Cette substitution signifiante établit un lien entre l’art et la psychanalyse.

 

En quoi la psychanalyse est-elle un art, en quoi est-elle un antidestin ?

 

Une psychanalyse est une aventure, ce en quoi on peut dire qu’elle est un antidestin puisque le propre de l’aventure est qu’elle n’est pas écrite à l’avance. En cela elle se rapproche du jeu dont l’issue n’est pas connue d’avance. Elle est également création, au même titre que l’art, et là aussi, la création échappe au programme, au destin. Elle est une histoire qui s’écrit, se réécrit dans la relation entre deux sujets qui s’interrogent sur le sens qui se découvre et s’invente au fur et à mesure que cette histoire se déploie et envoie ses prolongements dans ce qui n’est pas écrit.

Une telle conception du sujet implique qu’il ne se réduit pas aux déterminismes de tous ordres qui voudraient l’enfermer dans un destin pré écrit, mais qu’il se révèle dans sa rencontre, lorsqu’il y consent, avec l’Autre, sous les différentes acceptions que prend ce terme. Un art implique une technique et des connaissances qui permettent à l’artiste, ou plus modestement à l’artisan de faire œuvre créatrice. Une clinique se référant à la psychanalyse pourrait-elle se définir comme un art, ou un artisanat de la relation, dont la visée serait d’ouvrir un passage vers un au-delà des déterminismes qui enferment le sujet ?

Cette pratique clinique, si elle obéit à certaines règles, ne peut être standardisée. Elle implique donc un engagement du praticien dans une expérience à chaque fois singulière. 

 

Pierre Hattermann le 03/11/13

 

 

 

 

 

 

 

L’apport de Jean Oury

 

 

Jean Oury est mort le quinze mai 2014. Fondateur de la clinique de la Borde, il était l’un des pères de la psychothérapie institutionnelle en France. Il est de ceux qui ont renouvelé l’approche de la psychiatrie en l’éclairant par la psychanalyse et l’apport de Lacan. Le questionnement de l’institution nous intéresse puisqu’il interroge l’articulation du singulier et du collectif, donc le politique. Il me semble qu’une association comme l’ACLIS, qui veut promouvoir une clinique du lien social peut prendre dans ses références la pensée de ce psychiatre et psychanalyste engagé.

Annie Staricki rend hommage à Jean Oury dans un article paru sur le site www.oedipe.org, dont je cite un extrait. Ce passage peut servir à ouvrir un débat à la suite du texte d’Éric Jacquot paru sur le site de L’ACLIS. En effet, les repères structuraux qui permettent d’identifier la psychose chez un sujet autorisent une clinique du sujet, et vont à l’encontre de l’étiquette potentiellement stigmatisante et réductrice : « le psychotique ». On pourrait peut-être dire que le psychotique n’existe pas, mais qu’il y a des sujets psychotiques...bien que J. Oury parle « du » psychotique, mais il s’agit bien là d’une façon de nommer un rapport au monde, aux autres et à soi-même qui a sa logique, et qu’il n’est aucunement question d’isoler des individus psychotiques mais au contraire de les aborder pleinement comme sujets.

Voici l’extrait :

« ...De là est né le mouvement de psychothérapie institutionnelle (terme que nous devons à Daumézon), où désormais une place et une responsabilité sont données au sujet psychotique dans le soin qui lui est apporté. L’institution psychiatrique est alors conçue comme le paradigme d’un monde possible, ancré dans l’Histoire du monde, et le collectif soignant est conçu comme une structure langagière, une possible adresse pour le patient. Ce collectif devant être lui-même traité par le langage pour que le patient puisse y être soigné. Oury aimait dire que « soigner les gens, sans soigner l’institution, c’est une imposture ». Le collectif devient un outil de soin, où peut se nouer la question du sujet et du lien social, de l’individuel et du collectif. Ainsi le patient pourra-t-il se reconstruire, construire des suppléances, là où la forclusion du Nom-du-Père a ravagé son histoire.

Jean Oury affirmait dans son livre Il, donc (1974) « qu’on ne mènera pas un psychotique, dans son trajet, plus loin que là où la structure collective en est », que si « l’analyse d’un psychotique marche mieux dans un système collectif, c’est à condition qu’il y ait une structure de critique permanente », « qu’on soit toujours ajusté dans une éthique, sinon ça fait des catastrophes », et que « le sujet supposé savoir ne se confonde pas avec le pouvoir ». Ainsi, poursuit Oury, « l’institution n’est-elle pas du domaine de la psychanalyse appliquée, mais elle est vraiment le champ de la psychanalyse ». Il fut attentif à ce qu’elle soit traversée par les événements politiques de l’histoire et ouverte au monde.

Jean Oury fut un homme de désir, de subversion, un homme dont la présence et l’écoute structuraient le fonctionnement de l’institution et soutenaient le transfert des patients. Marqué par la psychanalyse et sa référence à l’enseignement de Lacan, dont il était l’élève, il mit en pratique les théorisations de Lacan sur la folie : en 1946, « La folie est au coeur de l’être de l’homme », « Le collectif n’est rien que le sujet de l’individuel », en 1955, la structure du sujet psychotique dans le séminaire « Les structures freudiennes des psychoses ». Le collectif soignant devient ainsi outil thérapeutique qui signe le nouage de la psychiatrie et de la psychanalyse : le sujet fou y retrouve une place et une dignité humaine.

Jean Oury savait repérer et transmettre avec finesse les repères de la clinique de la psychose et comment le collectif soignant peut y répondre, en inscrivant l’hétérogénéité au niveau des lieux et du personnel. Je le cite, toujours dans Il, donc : « Ce corps dissocié de la psychose peut être réarticulé dans un système collectif, parce que le collectif fabrique des chaînes signifiantes qui font bord au déchaînement de la jouissance ». Et aussi : « le psychotique est dans un déchiffrement infini et inaccessible d’un texte à la limite non écrit : or, dans ce système hétérogène de lieux peut se recueillir les bribes de ce texte ; c’est le collectif qui tente d’écrire ce texte pour le psychotique ». Enfin, seule cette hétérogénéité, « par le choix quasi infini d’investissements » qu’elle offre, peut permettre de répondre à la nécessité « du transfert multiréférentiel du psychotique ». (Extrait de « Hommage à Jean Oury », Annie Staricky, Le portail de la Psychanalyse, www.oedipe.org)

 

Pierre Hattermann (juin 2014)

 

 

 

 

 

Quand la demande d’aide rencontre le dévouement, ou :

 

« L’enfer est pavé de bonnes intentions »

 

« Le mieux est l’ennemi du bien » Voltaire

 

« Rien n’est jamais perdu tant qu’il reste quelque chose à trouver » Pierre Dac : « Pensées »

 

« C’est manifestement l’autocratisme de personnalités si différentes qui fait obstacle à la régularité du succès thérapeutique ». Sigmund Freud : « Traitement psychique »

 

Je voudrais parler des dangers liés aux idéaux altruistes que véhiculent les notions d’aide et de dévouement. J’axerai ma démonstration autour du concept de transfert, au centre de la pratique de la psychothérapie, mais également central dans ces métiers réputés impossibles qui sont ceux du soin, de l’éducation, du social. Je partirai du postulat que le malaise des professionnels est avant tout symptomatique de la difficulté à répondre à la demande de manière satisfaisante pour eux.

Certes la demande a changé. Mais fondamentalement, structurellement, la demande est problématique, et rend le travail relationnel difficile, éprouvant.

En fait « la demande » recouvre des demandes multiples, contradictoires et intriquées :

 

Si je me réfère à la psychothérapie il peut y avoir :

 

  • La demande du patient

  • La demande de la famille, des proches

  • La demande institutionnelle

  • La demande du thérapeute

     Les choses se complexifient encore si l’on tient compte des différents niveaux de la demande, conscient et inconscient, et donc de son caractère ambivalent et paradoxal. Je m’en tiendrai, pour ma part à la demande du patient et à la demande du thérapeute.

 

La demande du côté patient :

Une demande suppose un autre, un autre supposé pouvoir répondre à la demande. Demander n’est pas, a priori, exiger. Cela suppose donc pour le sujet, de s’en remettre à un autre, à son bon vouloir, à son désir. Cela suppose, pour celui qui demande, de faire confiance, de penser que l’autre est animé de bonnes intentions à son égard. Nous avons là les éléments à partir desquels se crée le transfert.

Le transfert est la reviviscence inconsciente des premières relations affectives du sujet, dans un contexte actuel. La demande crée les conditions du transfert, du côté du patient mais également du côté du thérapeute, puisqu’ au-delà des personnes en présence la situation réactive la relation à un Autre. La prise en compte de ce grand Autre dans le transfert, permet de sortir des impasses de la demande.

Mais cet autre, bien réel, celui que j’ai en face de moi, voudra-t-il, ou pourra-t-il accéder à ma demande ? Lui demander quelque chose me met dans une position de dépendance à son égard. Donc demander implique de reconnaître une faille, un manque, et de la reconnaître face à un autre.

La demande est donc nécessairement ambivalente : on peut en vouloir à celui à qui on demande de l’aide. Ce serait tellement plus satisfaisant de pouvoir s’en passer. Et on peut d’autant plus lui en vouloir lorsqu’il ne répond pas à cette demande qui est une demande implicite d’auto- suffisance… Cette ambivalence rejoint le côté paradoxal de la demande : « aidez-moi à ne plus souffrir, mais je ne veux pas renoncer aux bénéfices de cette souffrance », la deuxième partie de la phrase étant inconsciente. Comment répondre à une telle demande ? Le danger serait d’y répondre par le dévouement, de tenter de coller à cette demande impossible, et de perpétuer la méconnaissance de la dimension du désir qui va au-delà de la demande d’aide, de la demande de guérison, qui va au-delà de la personne du thérapeute. La clinique montre bien les dangers d’une réponse trop adéquate à la demande : rechute, dépression, intensification des symptômes, dépendance au thérapeute…

La reconnaissance du désir, au-delà de ce qui est demandé, permettra de se libérer des bénéfices inconscients du symptôme. Un certain nombre d’expressions reprennent cette thématique de l’aide : avoir besoin d’aide, demander de l’aide, se faire aider, accepter de se faire aider, cette dernière expression étant particulièrement lourde de sous-entendus : véhiculant notamment l’idée qu’il faut déposer les armes, ne plus lutter, s’en remettre à un Autre, voire s’y soumettre, se faire l’objet de cet Autre et de son désir d’aider, donc lui donner satisfaction. La psychanalyse est en opposition avec la notion de relation d’aide. En effet il ne s’agit pas de se faire l’objet de l’autre, mais au contraire de regagner un statut de sujet ce qui est corrélatif de la dimension du désir. Accepter sous couvert de dévouement que le patient se fasse objet de soin revient à accepter que thérapeute et patient soient dans des positions symétriques actif-passif, sujet-objet, qui évoquent la pulsion, positions qui peuvent se renverser comme l’a montré Freud. Car qu’y-a-t-il derrière le dévouement ? Quelle pulsion ? Je ferai remarquer en passant que l’on peut décliner l’ensemble des pulsions partielles sur le modèle de « se faire aider » (se faire voir, se faire « bouffer », etc.)

 C’est ce que je vais aborder maintenant en examinant la demande du côté thérapeute.

Quelle est sa demande, à qui s’adresse-t-elle, quelle réponse en attend-t-il, quelle satisfaction, et quel est son désir ? Questionner le désir du thérapeute amène inévitablement à se poser la question du désir de guérir, et sa forme atténuée le désir de soigner. Cela permet d’emblée de distinguer demande et désir : on voit bien que la demande s’adresse à un autre, et non le désir. On demande quelque chose à quelqu’un, on désire quelque chose. Que demande le thérapeute au patient : d’être le bon patient qui en retour lui permettra d’être le bon thérapeute ? Et quel Autre se profile derrière le patient qui viendra valider le thérapeute : est-ce l’orthodoxie freudienne ou lacanienne, est-ce un système de valeurs, philosophique ou religieux ? Ou plus fondamentalement un Autre de la propre histoire du thérapeute qu’il faudrait satisfaire ? 

Désir de guérir : comme tout désir, le désir de guérir  s’origine dans la pulsion. L’objet cause du désir ne prend-il pas la forme chez le thérapeute de la souffrance située chez l’autre, le patient, mais renvoyant selon la théorie du transfert, de manière inconsciente à un Autre premier ? Si l’on prend les choses sous cet angle, il y a évidemment un deuil à faire du côté du thérapeute puisque le désir de guérir vise une souffrance qui est au-delà du patient, souffrance qu’il ne peut guérir par l’intermédiaire du patient. Faire ce deuil permettra par contre au thérapeute de s’interroger avec le patient sur le sens de cette souffrance. Ce cheminement permettra dans bien des cas que survienne une forme de guérison de surcroit, comme le soulignait Freud. Ne pas faire ce deuil, vouloir guérir ou soigner à tout prix, peut amener cet enfer dont je parle dans le titre. J’ai dit plus haut que le patient peut se faire objet de soin pour le thérapeute, donc objet du thérapeute. La situation peut aussi se renverser : le thérapeute se faisant objet de soin pour le patient, c'est-à-dire objet venant combler le patient, dans l’illusion de combler le manque qui  le fait souffrir. Cela commence par la tentation d’être pour le patient le « bon objet »…Cette fragilité, ce deuil non fait du côté du thérapeute, peut être perçu consciemment ou inconsciemment par le patient qui peut s’en servir là encore de manière consciente ou inconsciente pour arriver à d’autres fins que thérapeutiques, pour obtenir des bénéfices qui vont à l’encontre du processus thérapeutique. Ce que je dis là dans le cadre de la relation thérapeutique est transposable dans d’autres domaines où la notion d’aide est présente, dans le travail social, éducatif où les exemples ne manquent pas. Un exemple frappant est donné dans le domaine humanitaire où l’on voit des hommes et des femmes animés des plus hauts idéaux être pris en otage et parfois tués par les personnes qu’elles sont venues aider…

Répondre à la demande ne veut pas dire donner satisfaction et ainsi combler le patient. C’est en renonçant à cette complétude imaginaire que le thérapeute permet à son patient de renoncer aux bénéfices de ses symptômes et ainsi d’accéder à son propre désir. Ce qui valide l’acte du thérapeute c’est cette libération que vit le patient, ou l’analysant dans le cadre de l’analyse. Je vais illustrer mon propos par un cas clinique.

 Cette vignette clinique est constituée par une fiction, un roman d’Irvin D. Yalom, « mensonges sur le divan », qui, à mon avis pose la question de l’éthique d’une manière remarquable. Je ne vais reprendre que quelques éléments pour illustrer mon propos.

l s’agit de l’histoire d’Ernest Lash, psychothérapeute, en contrôle avec Marshal Streider, psychanalyste rigoureux, reconnu et ambitieux.  E. Lash est amené à participer à une commission d’enquête à propos du professeur Seymour Trotter, ancien président de l’association des psychiatres. De son côté Marshal Streider est amené à se prononcer sur des fautes graves de l’ancien président de la société de psychanalyse.Le professeur Seymour Trotter s’est rendu coupable, aux yeux de sa profession, d’avoir eu des relations sexuelles avec une patiente dans le cadre d’une thérapie. La découverte de l’infidélité de sa femme par le mari a provoqué la chute du professeur. Sans rentrer dans le détail, il se trouve que patiente et thérapeute étaient de bonne foi, patiente très difficile, suicidaire, et thérapeute expérimenté.

E. Lash quant à lui prend une nouvelle patiente qui est l’ex-femme d’un de ses patients, ce qu’il ignore. Cette jeune femme vient en fait pour se venger du thérapeute qu’elle pense être à l’origine de sa séparation. Elle va déployer toute son intelligence et tous ses attraits pour le séduire et le pousser à la faute.

Il se trouve que justement à ce moment, le thérapeute en proie au doute quant à sa pratique, décide de prendre quelques libertés par rapport à l’orthodoxie psychanalytique pour être plus proche de ses patients. Il rend compte dans le contrôle qu’il effectue avec Marshal Streider des thérapies et des cures qu’il mène…en omettant certains détails. Il voue une grande admiration pour Marshal notamment pour sa clairvoyance et sa rigueur. Irvin Yalom nous décrit les doutes et les tourments de ce psychothérapeute, travaillé par ses pulsions, ses appétits et son désir de reconnaissance. Mais bien qu’il fasse des entorses à l’orthodoxie, il reste profondément respectueux de sa patiente, qui au début, rappelons-le, est « une fausse patiente ». Il ne cède pas sur son propre désir de déchiffrer avec sa patiente l’énigme de son désir, ce qui fait qu’elle découvre les ressorts inconscients qui l’ont finalement amené dans le cabinet du psychothérapeute. Dans cette situation, le désir de vengeance qui se présente sous le déguisement d’une demande d’aide débouche sur la reconnaissance par le sujet de son véritable désir, du désir qui l’anime.  Marshal, lui, psychanalyste exemplaire, a mené semble-t-il à bien la thérapie de la jeune épouse d’un riche homme d’affaire, qui lui propose, pour le remercier, de lui faire profiter d’une opération financière particulièrement juteuse.

Marshall a quelques réticences, mais considérant que la thérapie est terminée et le transfert liquidé, il accepte. En fait il est la proie d’un couple de redoutables escrocs, et il perd tout. Cependant sa rencontre avec une thérapeute dont je vous laisse deviner l’identité va lui permettre de mettre à jour le point aveugle, non analysé, de son désir, son talon d’Achille et donc de rebondir.

Pourquoi Lash s’en sort-il mieux que ses éminents confrères ? Il me semble que c’est la prise en compte de cette dimension tierce, cette dimension du transfert, qui permet à Lash de ne se prendre ni pour celui qui va sauver sa patiente, ni pour l’objet qui va la combler. Il est juste là pour que dans le transfert sa patiente rejoue quelque chose de son désir, qui se dévoile parce que justement sa demande n’est pas satisfaite.

Ceci montre que la dimension éthique du respect du sujet qui suppose du côté du thérapeute de supporter le manque, donc d’avoir fait le deuil d’une réponse totale, prévaut sur les considérations techniques et sur les considérations sur le « bien » de l’autre.

En conclusion, je dirai qu’une faille est à l’origine du désir du thérapeute, et qu’il importe que le thérapeute cerne cette faille, ce manque, qui le rend vulnérable, pour en faire une force à mettre au service de la vérité du sujet.

 

 

 

Pierre Hattermann, psychanalyste, psychologue clinicien (12/12/14)

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

FERRANT, Alain : quelques enjeux du processus psychanalytique, nouvelle revue de psychosociologie, 2008/2 n°6, Eres.

 

LACAN Jacques : L’Ethique de la psychanalyse, Séminaire VII (1959-60), Le Seuil, 1986.

 

LEGAULT Jacqueline : article « Transfert » in : CHEMAMA Roland, VANDERMERSCH BERNARD : Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 1998.

 

YALOM Irvin D. : Mensonges sur le divan, Galaade Editions, 2006.

 

 

 

 

 

 

 

POUR UNE CLINIQUE FREUDIENNE DU LIEN SOCIAL

 

LES ARTISANS DU SYMBOLIQUE

 

 

 

Lorsque j’ai relu le livre de Charlotte Herfray, « La psychanalyse hors les murs » [1], cette belle expression « artisans du symbolique » est venue à la rencontre d’une conception du métier de clinicien, et plus précisément de celui de psychanalyste, que j’avais un jour évoquée avec mon analyste de l’époque : le psy comme artisan du psychique. J’ai eu l’impression que cette conception n’avait pas éveillé son enthousiasme. J’ai toujours eu une admiration pour les artisans : cette capacité de travailler la matière, de créer, de réparer, ce savoir-faire mis au service d’un idéal du travail bien fait. Certes il y a là idéalisation de ma part. Il s’agit là de la figure de l’artisan. Cet artisan quand il parle de son travail utilise un vocabulaire technique qui peut faire rêver le non-initié, les mots de l’art ont leur musique spécifique qui se distingue du brouhaha ambiant. Ce vocabulaire permet une approche toute en nuances de son objet et permet de désigner avec précisions les outils, les bons outils dont l’artisan a besoin pour mener à bien sa tâche. Une manière d’être initié à ce métier est de faire partie des compagnons du devoir. C’est à travers le compagnonnage que s’acquiert le savoir et le savoir-faire propre au métier. C’est un modèle qui privilégie la relation, le respect de l’autre, le respect du travail en tant que métier. La devise des compagnons est : « ni s’asservir, ni se servir, mais servir » Qui sont les artisans du symbolique ? A quoi œuvrent-ils ? Quel est leur devoir et contre quoi luttent-ils ? Quelle cause servent-ils ? Rappelons d’abord que le symbolique est ce qui signe l’humanité. L’homme est sorti de l’animalité lorsqu’il a édifié des sépultures pour ses morts. Le symbolique s’édifie sur fond de mort [2]. Toute civilisation repose sur un pacte symbolique qui suppose que soit respectées les lois de la parole. Ce pacte, ces lois de la parole, reposent sur un interdit fondateur de l’humain, un inter-dit, qui permet d’aller vers la vie, de s’extraire de la jouissance mortifère [3], d’y renoncer pour aller vers du plaisir, des « ré-jouissances » qui permettent de jouir de la vie et des plaisirs qu’elle procure. Cette jouissance interdite, dont le prototype est l’inceste, s’invite sous la forme du symptôme ou dans des configurations relationnelles comme certains couples ou certaines institutions où se rejoue l’incapacité à se vivre séparés, distincts. Lorsque la parole ne tient plus, tout devient possible, et en général ce n’est pas le meilleur. Le symbolique construit à partir des structures élémentaires de la parole grâce au langage est constamment menacé par la pulsion de mort qui œuvre de manière souterraine à saper les fondements symboliques de la civilisation, mais aussi de tout sujet en prise avec l’impensé et aussi une part d’impensable en lui-même, pris dans des liens insuffisamment symbolisés qui l’emprisonnent [4]. Ce qui donne son sens à l’acte de l’artisan en symbolique, c’est justement l’amour du symbolique, c’est cette matière là qu’il aime travailler. C’est en travaillant du côté du symbolique qu’il permet au sujet qui se prête à ce travail de se trouver, de se retrouver. La façon dont ce symbolique va être travaillé diffère selon que l’on soit pédagogue, éducateur, thérapeute ou psychanalyste. Je vous renvoie pour cette question à l’ouvrage de Charlotte Herfray [5]. Mais une référence commune nous unit : c’est la référence à la découverte Freudienne dont découlent une théorie et une éthique. C’est le choix que nous avons fait et qui nous réunit et qu’il nous faut assumer. Cela veut dire que pour être cohérents, à l’instar de l’artisan qui possède le bon vocabulaire et les bons outils pour travailler correctement, nous devons pleinement assumer le vocabulaire et les outils qui découlent de notre choix pour aborder de manière Freudienne les actes de nos champs respectifs, en les explicitant de manière claire de manière à pouvoir être entendus.

 

Pierre Hattermann, le 10/10/15

 


 

[1] Charlotte HERFRAY : « La psychanalyse hors les murs », Desclée de Brouwer, Paris,

 

[2] cf. Antigone

 

[3] « Jouissance » : Le terme lorsqu’il est employé par des psychanalystes, n’est pas à entendre dans son acception usuelle, encore qu’il n’en soit pas dégagé pour autant. Communément, en effet, le terme jouir renvoie à la jouissance sexuelle, et à ce titre fait bien entendre qu’il a partie liée avec le plaisir. Mais dans le même mouvement, la jouissance est au-delà du plaisir. Lacan a d’ailleurs indiqué que le plaisir était une manière de se protéger de la jouissance. De la même façon que Freud indiquait qu’il y avait un « au-delà du principe de plaisir ». Ainsi boire un vin de qualité peut être qualifié de plaisir, mais l’alcoolisme emporte le sujet vers une jouissance dont il sera surtout l’esclave… » Jean-Pierre LEBRUN, glossaire, in : Charles MELMAN, L’Homme sans gravité, folio essais, p. 252, Denoël, Paris, 2002

 

[4] « La Loi primordiale est donc celle qui en réglant l’alliance superpose le règne de la culture au règne de la nature livré à la loi de l’accouplement. L’interdit de l’inceste n’en est que le pivot subjectif (…) Cette loi se fait donc suffisamment connaître comme identique à un ordre de langage. Car nul pouvoir sans les nominations de la parenté n’est à portée d’instituer l’ordre des préférences et des tabous qui nouent et tressent à travers les générations le fil des lignées. Et c’est bien la confusion des générations qui dans la Bible comme dans toutes les lois traditionnelles, est maudite comme l’abomination du verbe et la désolation du pécheur. » Jacques LACAN, Fonction et champ de la parole et du langage, in : Ecrits, p. 277, Seuil, Paris, 1966

 

[5] Ouvrage cité, page 154

 

 

 

 

 

 

 

Quelques réflexions après le Tour de la Question du 15 mars 2016

 

Etablissement, Institution, Désir.

 

 

 

 

 

Même si nous étions peu nombreux lors de cette soirée, les échanges qui ont eu lieu ont montré la richesse du champ clinique qui s’offre à nous. Un champ qui reste en grande partie à défricher...et à déchiffrer, et qui comporte des enjeux majeurs dont la promotion d’une clinique qui tienne compte du sujet n’est pas la moindre. Ce qui m’est apparu à travers les témoignages des uns et des autres à propos de leur travail au sein des groupes, travail qui s’efforce d’articuler de la manière la plus rigoureuse théorie et clinique, comme en témoigne la ressource trouvée par le groupe " demande et pulsion" dans le retour au texte de Freud [1], c’est la capacité des acteurs à transcender statuts et fonctions, c’est à dire à les investir subjectivement [2], pour assumer un rôle dans lequel ils engagent leur désir référé à une éthique du sujet [3]. Si l’on choisit de référer ses actes à une clinique psychanalytique la question de l’éthique est centrale [4]. Il s’agit vraiment là de ce qu’implique "une psychanalyse hors les murs" [5]. C’est bien cette position qui permet le déploiement de toute une clinique, qui sans cela n’existerait tout simplement pas. Clinique qui demande à être approfondie, travaillée, et ouvre des perspectives de recherches passionnantes. Une clinique du sujet devient possible dans des lieux où, a priori, les conditions n’étaient pas réunies pour cela. Ceci suppose donc un engagement sous-tendu par un désir particulier de la part du clinicien. Son action serait donc "instituante" [6] comme les interventions d’Isabelle, de Guillaume et de Sébastien tendent à le montrer. Tout cela conforte ACLIS dans son rôle de promotion d’une réflexion clinique qui favorise et accompagne les initiatives prenant en compte une éthique du sujet. Il s’agit de diffuser et de favoriser les échanges autour de cette réflexion à travers des publications (articles, internet) et nos journées d’étude dont la prochaine aura lieu en novembre 2016.

 

[1] "Pulsions et destins des pulsions", "Pour introduire le narcissisme", "Au delà du principe de plaisir".

 

[2] cf. Séminaire GREFO animé par Serge Didelet : "Découverte de la Psychothérapie Institutionnelle, 2° partie, p.4.

 

[3] Ce passage d’un texte de Jean Oury, cité par Serge Didelet dans son séminaire est éclairant :"un établissement est un lieu, un collectif qui établit quelque chose. Selon les contextes linguistiques, un (état)blissement est quelque chose d’organisé qui passe un contrat avec l’état (...) Une fois établies commence vraiment la PI, dans le sens qu’on développe à l’intérieur de l’établissement un nombre incalculable d’institutions. C’est Hélène Chaigneau qui appelait ce développement un processus d’institutionnalisation : pour donner un peu de vie à l’établissement, ou une surface d’échanges, et de relations de toutes sortes, on va créer à l’intérieur un nombre d’institutions très variables selon le temps défini, les espaces et leur fonctions". Si l’on transpose ce texte à ce dont témoigne les participants aux groupes de travail, le clinicien se devrait d’avoir une position "instituante" au sein de l’établissement pour avoir une pratique "vivante".

 

[4] cf. le séminaire GREFO de lecture de textes psychanalytiques consacré au séminaire VII de Lacan, "l’éthique de la psychanalyse".

 

[5] Titre d’un ouvrage de Charlotte Herfray.

 

[6] Selon les termes de la psychothérapie institutionnelle

 

 

 

"la situation analytique ne souffre pas de tiers"

 

Réflexions « à chaud » après la réunion de travail du groupe « demande et savoir » du 31/05/16.

 

 

 

 « La situation analytique de souffre pas de tiers » S. Freud, la question de l’analyse profane.

 

Rapports de la psychanalyse avec la norme sociale, l’idéologie qui gouverne la norme, voire les lois du moment. La morale est contingente. L’éthique est structurelle. La psychanalyse est indépendante de la morale, comme l’art. Par contre, elle a une dimension éthique qui la fonde. Cette dimension éthique est donnée par les lois de la parole qui renvoient selon Lacan aux dix commandements. La psychanalyse n’a pas à cautionner, ou pire, à être instrumentalisée au service de finalités qui ne sont pas les siennes, sa finalité étant une émancipation du sujet, une libération, par rapport à des discours aliénants qui l’enferme dans la répétition. Elle n’a pas à être au service d’autres causes que la sienne : la libération, voire l’émergence du sujet. En cela elle est révolutionnaire. D’où la complexité de ses rapports avec l’institution ou peut-être plus exactement l’établissement au sens de l’establishment. D’où la position qui serait de ne pas répondre à certaines sollicitations du social, de ne pas apporter sa caution à certaines revendications de l’individu, ou à certaines exigences du social, que l’on soit psychologue, éducateur, pédagogue, soignant ou autre, à partir du moment où on se reconnait comme se référant à l’éthique psychanalytique. Exemple : les demandes de certificats ou d’attestations pour attester de préjudices psychologiques dans le cadre d’un procès, ou de démarches en justice… Autre exemple : les demandes d’institutions de rendre compte de ce qui se joue dans la relation singulière avec le patient à des fins à peine déguisées de contrôle. La psychanalyse ne vise certainement pas à la normalisation, elle n’est pas à visée adaptative, elle vise à promouvoir des sujets libres, ce qui peut sembler être un oxymore, puisque « sujet » implique assujettissement. Mais justement l’assujettissement à la Loi symbolique permet la liberté. Sinon ce n’est pas la liberté mais l’errance. Ceci voudrait dire que quiconque se réclame de la psychanalyse occuperait une position marginale, ne serait pas dans le « mainstream »… Pourtant nous avons à faire avec le social, « l’inconscient c’est le social » disait Lacan. Il ne s’agit donc pas de s’en abstraire, mais d’occuper au sein du social une position critique, et d’essayer de travailler avec lui de manière psychanalytique, c’est à dire ni du côté des bons sentiments, ni du côté du cynisme, pas du côté de l’idéologie, serait-elle libératrice, car on risquerait de se placer du côté des « grands libérateurs », on en a connu de sinistre mémoire, mais du côté de l’humain dont la psychanalyse nous a montré toute la complexité et de la nécessité permanente du travail de civilisation auquel nous pouvons contribuer en tant qu’ « artisans du symbolique ». Merci de réagir par vos commentaires, remarques et critiques. Pierre Hattermann, 01/06/16

 

 

 

… il s’agit vraisemblablement du dernier texte de Pierre… quel gâchis !

 

 

 

 

 



[1]  Jacques LACAN, séminaire III, page 211 : « le subjectif apparaît dans le réel en tant qu’il suppose que nous avons en face de nous un sujet capable de se servir du signifiant, du jeu du signifiant. »