Une assemblée chaleureuse et attentive

 

Le jeudi 26 septembre, au CMP de Cluses, nous étions 25 personnes réunies, pour cette présentation de l'ACLIS 74, cette initiative citoyenne encore toute jeune. Pierre Hattermann, Président d'ACLIS, ouvrit la séance, en invitant tout le monde à visiter notre site/blog internet, dans lequel quelques textes destinés à être lus, illustrent bien notre intention et notre objet : le sujet de l'inconscient pris dans le lien social. Constat est fait qu'il y a toujours une insatisfaction dans le lien social, et cette dernière est vécue et relayée par les professionnels de la relation, en prise directe sur le sujet, et le sujet, lui-même, pris dans ces dispositifs. Il faut donner réponse à ce malaise dans la civilisation, vecteur de souffrance ; non seulement  il n'y a pas de fatalité, et refuser de se laisser attraper par un fatalisme reproducteur des positions, c’est trouver des réponses, de les faire connaître, en débattre...d'où l'idée de l'ACLIS 74, qui défend une éthique, celle de la prise en compte du sujet dans le lien social. Nous devons sortir de la plainte solitaire, de la critique stérile, il est nécessaire de faire des propositions, prendre parti, être partie prenante, prendre part, prendre des positions, participer au débat public, s'ouvrir aux autres, et rencontrer d'autres personnes, c'est cela qui nous anime. A l'horizon de la fin 2014, nous projetons un colloque sur la demande. Cette demande convoque la clinique, une attitude respectueuse du sujet, qui autorise une posture d'écoute active et sincère, permettant au sujet, dans son étrangeté légitime (René Char) de pouvoir se faire entendre.

Alain Badiou évoque les attaques incessantes contre la psychanalyse, depuis une décennie, elles correspondent à une volonté politique de remplacer le sujet par l’individu. Mais si le sujet est porté par l’individu, il ne saurait s’y réduire. De plus en plus de personnes deviennent des individus privés de la capacité d’être sujets. Ils sont objets-consommateurs et spectateurs, objets floués, pris dans des flux. La clinique freudienne se caractérise par la prise en compte de l’inconscient et du sujet divisé ; comme l’énonçait Lacan, « l’inconscient, c’est le social », le sujet est intriqué dans le langage de l’Autre qui le divise, le dépasse, c’est à son insu, et il est sans cesse travaillé par cette singularité. Etre sujet, ça ne va pas de soi, et le lien social que nous évoquons est caractérisé par le discours, un discours qui détermine le sujet, sans qu’il en ait forcément conscience : le sujet est agi[1]

L’ACLIS se veut un lieu de rencontre et d’échanges ouvert à tous, c'est-à-dire à des professionnels d’horizons différents, mais des professionnels dans l’agir relationnel, et qui ont envie de s’engager, car ça ne va pas de soi. Donc, la demande, ce serait le fil conducteur de cette année. Il faut le décliner, ce concept, se l’approprier, le déconstruire. Il s’agit de la demande du sujet, qui s’adresse à autrui, celle du sujet social, celle de l’inconscient, et il faut se rappeler que certaines demandes peuvent annuler le sujet : l’idéologie et l’inconscient font nœud (Saul Karsz, Séminaire « Déconstruire le social », 1992).

 

A la suite du Président, le Trésorier d’ACLIS, Guillaume Peugnet, présenta les modalités du travail proposé cette année : un travail en petits groupes, animés par des questionnements singuliers, en prise directe avec la clinique de chacun. Beaucoup de questions se posent dès lors, nous sommes dans une phase expérimentale : Que montrer du travail collectif d’ACLIS ? Faut-il le publier ? Comment travailler cette groupalité ? Le mot-clé, c’est le débat. Il ne s’agira pas d’un travail consensuel, nous ne cherchons pas à produire du consensus mou, dans ce projet qui se doit d’être collectif, il y a un désir de réflexion, mettant en suspens- sans pour autant l’escamoter- la question utilitaire : « Comment faire ? » à une question radicalement autre et qui renvoie au sens : « Pourquoi faire ? » Notre originalité, ce serait la pluralité des points de vue, l’objet social ou/et psychanalytique doit pouvoir être regardé avec des regards croisés et pluriels. Dès lors, à partir d’octobre,  nous proposons un travail en trois temps[2] :

 

1)                 Une présentation d’une situation clinique (par quelqu’un qui n’est pas quelconque J.Lacan ).

 

2)                 Temps de retours individuels en rapport avec la situation évoquée, c’est aussi un temps de témoignage du savoir expérientiel de chacun, où le sujet peut évoquer sa propre pratique clinique.

 

 

  3) C’est le temps de retour au groupe, temps de reprise, de réflexion à ce qui s’est dit, c’est un moment de déconstruction, de réflexion collective. Chaque groupe doit pouvoir vivre à son rythme, dans le lieu qu’il choisira, et selon ses propres modalités. Chaque trimestre sera organisée une rencontre entre les groupes de travail, nous appelons cette instance « le tour de la question », ce qui explicite bien notre intention heuristique. Une question émerge dès lors : que ferons- nous de cette parole pleine ? Notre visée est l’organisation collective d’un colloque sur la demande, un colloque où serait rendu compte de notre « état de la question », après un an de travail en petits groupes. A ce propos, rendez-vous est donné pour le 17 octobre pour former des groupes de travail. A partir des propositions thématiques, fondées par la clinique de chacun, que vont présenter maintenant les membres du Bureau, il faut bien commencer le travail, toutes propositions autres seront accueillies.

Chaque membre du Bureau s’est ensuite présenté :

 

Serge Didelet, secrétaire d’ACLIS, son socle de référence, ce serait l’éducation dite spécialisée (en cheminant  par de nombreux détours : animateur socioculturel, directeur de maison familiale de vacances, professionnel de la montagne…) ; il a présenté son cadre d’intervention professionnelle actuel, à savoir l’analyse des pratiques, la supervision d’équipe, dans le social, le médico-social ; il évoquera ses actions auprès des soignantes des EHPAD, la souffrance au travail qu’il y rencontre, ainsi que les professionnelles de la petite enfance, et les équipes d’éducateurs des maisons d’enfants de l’ASE. Son objet de travail, en vue de constituer un groupe, porterait sur la demande d’analyse de la pratique, de la part des soignantes des EHPAD, pour ce faire, il faudra distinguer la demande explicite et la demande implicite ; et qui parfois ne rencontrent pas  la commande institutionnelle, qui elle, est souvent « à côté ».

 

Pierre Hattermann, psychologue clinicien, psychanalyste, responsable de GREFO Psychologie, et président d’ACLIS. Il exerce en libéral sur Sallanches et Annemasse et intervient auprès de différentes institutions dans le cadre de l’analyse des pratiques professionnelles. Il voudrait travailler sur les paradoxes de la demande de psychothérapie (pris dans un sens large et générique)…qui demande ? Comment travailler avec ce paradoxe ?

 

Isabelle Guer, est psychologue clinicienne, elle exerce en libéral à Domancy,  anime des groupes d’analyse des pratiques dans les champs éducatif, social et médical et elle travaille à l’hôpital de Sallanches dans différents services Adultes. Elle est associée au sein de GREFO Psychologie et vice-présidente d’ACLIS. Sa question a pour point de départ sa pratique hospitalière. Dans cette clinique de l’instant, le psychologue est convoqué lorsque  l’impasse relationnelle apparaît. Ce qui la questionne porte donc sur l’analyse de la demande, ou de l’absence de demande[3] autant que la nature des demandes immédiates. En somme quelles sont  les conditions de son émergence ?

 

Guillaume Peugnet, travaille dans le champ de la formation pour adultes, il est aussi le trésorier d’ACLIS, il aimerait faire s’articuler le champ pédagogique et l’approche psychanalytique, la demande sous-jacente concerne le réel institutionnel. Sa question centrale peut être formulée ainsi : Quelle serait la plus-value de l’association de formation, à reconnaitre cette demande sous-jacente ?

 

Jean François Viller travaille comme psychologue clinicien à l’EPSM de la Roche sur Foron. Il est secrétaire adjoint D’ACLIS. Sa question porte sur la rencontre entre le sujet sous contrainte judiciaire et le professionnel de la santé mentale.

 

En outre, deux invités avaient une place un peu particulière, car ils représentaient une institution et étaient de ce fait, invités comme tels : Mr Gander (Cadre infirmier psychiatrique en retraite) était présent, il représentait l’Université Populaire des Pays Rochois, il y avait aussi le Dr Dulac, pédopsychiatre, et Président de l’association Propsi. En 2014, et vraisemblablement à la fin de l’année, ACLIS, PROPSI et l’Université Populaire travailleront de concert dans le cadre d’un cycle de conférences, dont l’intitulé sera « vie psychique et relations sociales ».

La réunion s’est achevée par un grand tour de l’assemblée, par lequel chacun pu se présenter et s’exprimer quant à cette initiative à visée citoyenne. Cette première rencontre nous conforte dans le bien- fondé de cette initiative : cela renvoie à une éthique de l’humain, à une clinique qui prend en compte le sujet, un au-delà de la prise en charge….

 

Serge DIDELET, Secrétaire d'ACLIS 74



[1]Cela renvoie à une autre idée, celle que le sujet serait « travaillé » par l’idéologie, cette représentation du rapport imaginaire des individus à leurs conditions réelles d’existence (Althusser 1970). Le psychanalyste André Green, quant à lui, suggérait l’hypothèse que le sujet était traversé par l’idéalogie, c'est-à-dire l’idéal du moi.

 

[2]Une méthode qui n’est pas sans rappeler les trois temps de l’instance clinique, ce « bricolage inventif » conçu par Joseph Rouzel à propos de ses interventions en supervision et analyse des pratiques professionnelles…une méthode héritée des cartels de J.Lacan.

 

[3] Cette question évoque la situation de nombreux résidents en EHPAD : Aphasiques, déments séniles, Alzheimer, et autres vieux schizophrènes…quelle demande ?